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Unamen Shipu tourne une page de son histoire avec la démolition du presbytère du père Alexis Joveneau. Pendant près de 40 ans, celui qu’on surnomme le « diable de la Côte-Nord » aurait profité de son influence pour agresser sexuellement des centaines de jeunes victimes parmi les communautés innues de la Basse-Côte-Nord.
C’est en entendant le son des craquements de bois que l'ancien chef de la communauté Bryan Mark a réalisé que le presbytère était en train d'être détruit. Selon lui, cette démolition soudaine ravive le besoin d'un processus de guérison qui est loin d'être achevé.
C’est un soulagement personnellement, mais en même temps, je suis un peu triste. Je pense que ça aurait été un moment important que les victimes puissent assister à la démolition [...] ça aurait fait partie d'un processus de guérison.

Bryan Mark était chef d'Unamen Shipu au moment des révélations concernant le père Alexis Joveneau. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Lui-même regrette d’avoir manqué la démolition de la partie avant du bâtiment, qui abritait la chambre noire du prêtre, décrite par de nombreuses victimes. Il perçoit, malgré tout, cet événement comme une opportunité d'écrire une nouvelle page d’histoire vers un avenir positif après les atrocités commises par le prêtre.
Bryan Mark se souvient du bouleversement causé par les révélations concernant le missionnaire oblat dévoilé lors de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées en 2017. À l’époque, il était dans son premier mandat en tant que chef.
De son côté, le directeur général d’Unamen Shipu, Normand Bellefleur, explique que la destruction du presbytère a été demandée dans un souci de sécurité. La communauté va bientôt accueillir plusieurs centaines de jeunes dans le cadre de jeux intercommunautés.
L'ombre du diable
Dans le cadre de ses enquêtes, l’ancienne journaliste et coautrice du livre Le diable de la Côte-Nord, Magalie Lapointe, a recueilli les témoignages d'une cinquantaine de victimes. Elle rappelle qu'il s'en serait pris indistinctement aux femmes, aux hommes, aux enfants et même aux femmes enceintes.
C'est le plus grand prédateur sexuel au Canada.

Magalie Lapointe est également à l'origine de la série documentaire Face au diable de la Côte-Nord. (Photo d'archives)
Photo : Vrai
Le traumatisme est tel que, dans certaines familles, plusieurs générations ont été agressées par le même homme sans jamais oser s'en parler, maintenues dans le silence par l'emprise du prêtre et la peur des représailles. D’après l’ancienne journaliste, les surnoms de diable et de monstre viennent d’ailleurs des victimes elles-mêmes.
Malgré la chute des murs du presbytère, l'héritage d'Alexis Joveneau demeure un sujet sensible au sein de la communauté, selon Bryan Mark. Si certains membres ont longtemps eu du mal à accepter la vérité, le soutien envers les victimes s'est renforcé avec les années.
Cependant, la trace la plus importante du prêtre aujourd’hui reste sa présence dans le cimetière d'Unamen Shipu. La tombe d'Alexis Joveneau divise encore profondément. Toutefois, l’ancien chef rappelle que, selon les croyances et coutumes de la nation, exhumer un mort porte malheur.
La disparition du presbytère marque la fin d'un sombre chapitre. Comme le rappelle Magalie Lapointe, les victimes demandaient cette démolition depuis longtemps. Elle espère maintenant que des rituels pourront être organisés pour clore cette épreuve et apporter, enfin, un peu de lumière à ceux et celles qui ont survécu au monstre de la Côte-Nord.


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