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Pour porter ses couleurs dans Terrebonne, le Parti libéral du Québec (PLQ) a annoncé vendredi la candidature de l’ex-conservateur Ange Claude Bigilimana, dont les prises de position passées tranchent avec celles de sa nouvelle formation politique.
Ingénieur de formation, père de famille, M. Bigilimana s’est notamment opposé à la possibilité, pour un parent, de se déclarer comme non binaire dans les documents scolaires de son enfant.
« Entre vous et moi : qui parmi nous n’a jamais porté une perruque pour ressembler à une femme ? Quelle femme qui n’a jamais joué à des jeux pour être un homme ? Il est temps qu’on laisse l’école en dehors de tout ça et qu’on laisse les jeunes s’épanouir », a-t-il lancé le 5 décembre 2024, alors qu’il se présentait comme candidat pour le Parti conservateur du Québec (PCQ) dans Terrebonne.
M. Bigilimana s’était alors dit inquiet de voir le « wokisme s’installer dans nos écoles ». Candidat défait pour le PCQ, il s’est, depuis, greffé au PLQ. Il dit notamment apprécier le « discours équilibré » de son chef, Charles Milliard.
Contrairement à son candidat, son nouveau parti a fait de la défense des personnes non binaires l’une de ses causes. La députée libérale Jennifer Maccarone s’est notamment battue pour que le marqueur « X » puisse apparaître sur les cartes d’identité au Québec.
Dans un échange avec Le Devoir vendredi, M. Bigilimana a déclaré qu’on « ne peut pas toujours être en accord à 100 % avec tout ce qui se passe dans un parti politique ». Il a toutefois dit souhaiter « réfléchir là-dessus pour comprendre ».
Une attaque contre le gouvernement Couillard
Dans le même discours tenu en 2024, M. Bigilimana avait affirmé que « les quatre partis qui sont à Québec, à l’Assemblée nationale, ils se supportent mutuellement, ils veulent juste se faire élire, ils ne représentent pas nos valeurs ».
Il reprochait aussi aux libéraux — comme au Parti québécois et à la Coalition avenir Québec — d’avoir « dilapidé [des fonds publics] en distribuant notre argent à quelques amis influents et ce, sans résultats significatifs ».
Il a donné « l’exemple du PLQ » et de la C-Series, dans lequel le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait investi un milliard de dollars américains en 2015.
Sollicité par Le Devoir, le PLQ a dit vendredi avoir l’intention de garder son candidat dans ses rangs. « Nous étions au fait de ces déclarations. Nous sommes fiers de recruter des candidats comme Ange Claude, qui proviennent de différents horizons. Notre cadre est clair : nos candidats adhèrent aux valeurs et aux positions du Parti libéral du Québec. Les déclarations citées ont été formulées dans un autre contexte, avant qu’il ne se joigne au PLQ, et n’engagent pas notre formation politique », a écrit son équipe des communications.
Divergences de valeurs
Dans une publication Facebook datée du 1er décembre 2025, M. Bigilimana s’en prend aux libertés individuelles. Le respect de celles-ci figure parmi les neuf grandes valeurs libérales — un socle devant guider les militants et élus du PLQ dans leurs décisions.
En entrevue, M. Bigilimana a dit ignorer l’existence de ces valeurs. « Je n’ai pas encore le temps de tout éplucher de A à Z », a-t-il plaidé. Il a ensuite rejeté la possibilité qu’il puisse s’en « prendre [aux] libertés individuelles ».
Sa publication de décembre 2025 affirme pourtant qu’il faut se méfier « de ce grand danger que nous miroite la libération du joug de la religion et des politiques oppressantes, et qui nous fait espérer une certaine fausse liberté au nom des libertés individuelles ».
« On n’encourage plus les naissances, mais on chiale contre l’immigration. On cherche des travailleurs qualifiés, mais nous n’encourageons plus nos jeunes à aller à l’école pour s’instruire correctement — et non avec des bonbons dans la bouche », y lit-on aussi.
Le 22 janvier, toujours sur Facebook, M. Bigilimana a attaqué les « derniers gouvernements », qui ont selon lui « tout débalancé » en matière d’immigration. « Personnellement, je ne vois pas de leaders politiques qui encouragent la natalité, la fondation des familles et une immigration équilibrée pour assurer la main-d’œuvre de demain. Les immigrants, étudiants internationaux et travailleurs temporaires, dont certains sont venus à la demande de nos gouvernants sous différents programmes récemment suspendus, dont le PEQ, causent aujourd’hui un grand tort à notre économie », a-t-il écrit.
Le candidat libéral a dit à présent croire le contraire de ce qu’il a écrit. « Moi, ce qui me dérange, c’est de faire venir les gens […] et du jour au lendemain, on leur dit : tout est fini pour vous », a-t-il expliqué au Devoir.
Réfléchissant tout haut, il a ajouté songer à relire ses publications avant de les publier, afin qu’elles reflètent mieux sa pensée. « Peut-être que j’ai manqué une virgule quelque part et puis, ça change complètement le sens [de mon propos] », a-t-il suggéré.
Le chef libéral, Charles Milliard, fait partie de ceux qui ont plaidé pour l’instauration d’une clause « grand-père » dans le dossier du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
« Mon char, mon choix »
Devant les militants conservateurs, en décembre 2024, M. Bigilimana avait aussi livré un plaidoyer en faveur de la liberté de choisir le type de véhicule qu’il conduit. « On l’a vu récemment quand le gouvernement de la CAQ a lancé son projet de règlement pour interdire la vente des voitures à essence en 2035. La seule personne que je connaisse en politique qui s’est levée, c’est monsieur Éric Duhaime, mon ami, en lançant la pétition “Mon char, mon choix” », s’était-il félicité.
Québec a, depuis, abandonné l’interdiction de vendre des véhicules à essence neufs à compter de 2035. Avant l’arrivée de M. Milliard, le PLQ avait marqué son opposition à cette politique en se disant prêt à repousser cette cible.


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