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Le papa, un atout pour la réussite scolaire

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Pour les enseignants Élyse St-Cyr-Morin et Philippe D’Aragon, la présence des pères dans l’environnement scolaire est primordiale. C’est pourquoi, ils lancent à quelques moments dans l’année une invitation personnelle aux pères pour s’amuser à Placote, Monza ou Guess who?

Une stratégie qui fonctionne puisqu’ils sont 18 à avoir répondu positivement à l’appel un vendredi après-midi. En s’adressant directement à eux, ils sont plus motivés à venir faire leur tour, remarquent les enseignants.

des papas.

Les papas écoutent les consignes avant le début de l'activité.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Si papa n’est pas disponible ou s’il est absent de la vie de l’enfant, un oncle, un grand-père ou un parrain est aussi le bienvenu. Parce que les études le démontrent, la présence masculine est bénéfique, particulièrement pour les garçons, rappellent les deux enseignants qui forment un couple dans la vie. Ça favorise la motivation et la réussite, lancent-ils convaincus.

La communauté en soutien

Motivés et engagés, Élyse et Philippe ont pris l’habitude de solliciter le soutien de la communauté pour les aider à mener à bien leur mission éducative. N’ayant pas toujours toutes les ressources à leur disposition pour répondre aux besoins grandissants des enfants, ils font des parents et des adultes de la communauté leurs partenaires. On se demande comment répondre aux besoins de tous nos élèves. On essaie d'être créatif, précise Élyse.

deux enseignants dans une classe.

Monsieur Philippe et madame Élyse, enseignants de première année à l'école Val-de-Grâce d'Eastman.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Des adultes viennent par exemple régulièrement faire de l’aide à la lecture individuelle en classe. Les enfants apprennent beaucoup, ils améliorent vraiment leur fluidité en lecture, constate Philippe. Mais au-delà de ça, il y a le lien qui se crée avec l'adulte. Mais ce sont généralement des femmes qui lèvent la main pour ces tâches éducatives. Les hommes, eux, semblent plus confortables dans l’aspect ludique de l’éducation, comme les activités extérieures.

C'est sûr qu'on les voit plus, les papas, dans nos sorties de plein air, mais pour qu'ils rentrent vraiment dans la classe, on essaie les jeux de société.

Des enfants et des papas heureux

Visiblement comblée de se retrouver face à papa dans sa classe pour jouer à un jeu de société, la petite Anna est toute souriante et se lève pour faire un gros câlin à son père, Patrick. Ce dernier, qui a pu cette fois se libérer du boulot, est ravi de passer ce petit moment avec sa fille. Je suis là pour lui faire plaisir, mais aussi pour me faire plaisir. On aime beaucoup les jeux de société. C'est super important de participer.

une petite fille serre son papa.

Anna est comblée par la présence de son papa dans sa classe.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

À la table voisine, un petit garçon tout aussi heureux me lance qu’il est content de partager son papa avec un de ses amis, le temps d’une partie. Parce que l’objectif de l’activité est de permettre à tous les enfants, même ceux qui n’ont pas la chance d’avoir une figure masculine significative dans leur vie, de partager cet instant multigénérationnel.

deux grands-papas.

François et Mario, deux grands-papas qui ne voulaient pas manquer cette occasion.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Honnêtement, c'est très le fun, me dit un grand-père, François. C'est sûr qu'on est quand même déjà pas mal présent dans la vie de notre petit-fils. On participe aux activités, mais c’est bien de voir la dynamique de la classe et l'interaction avec les autres enfants.

La figure paternelle s'implique plus, pas mal plus que nos parents pouvaient le faire.

Des modèles qui persistent

François a raison de dire que l’homme occupe une place plus importante dans l’environnement des enfants, mais il se cantonne encore généralement dans un rôle plus limité et spécifique, rappelle la doctorante en sociologie à l’UQAM, Claire Alvarez.

un papa avec son fils et un ami dans une classe.

Un papa, son fils et un ami.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

C'est très documenté, il y a une division nette des tâches. Si les enfants ont des activités sportives ou culturelles, généralement l'homme va prendre en charge le transport, donc d'amener l'enfant de la maison à l'activité. Mais qui va inscrire l'enfant? Qui va se renseigner? Généralement, ce sont les femmes.

Il y a plus d'implication qu'avant des papas, ça, on ne peut pas le nier. Mais au niveau où ils s'impliquent et comment ils s'impliquent, il y a encore de grosses différences.

Les mères continuent d’assumer davantage les tâches associées aux contraintes familiales comme l’organisation domestique, la santé et les devoirs, indique pour sa part, la professeure titulaire au Centre Urbanisation Culture Société à l’Institut national de recherche scientifique de Montréal, Laurence Charton.

Un écart dans les perceptions

Claire Alvarez ajoute qu'au-delà du temps accordé réellement par chacun aux responsabilités parentales, il y aussi un écart dans les perceptions des rôles. 62 % des hommes estiment que les tâches sont réparties équitablement, contre seulement 42 % des femmes selon l’Institut de la statistique du Québec, mentionne la doctorante. Cet écart de perception s’accentue lorsque les parents sont séparés.

un oncle joue a des jeux de societes avec des eleves.

Un oncle est venu passer un petit moment avec sa nièce.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

La disparité se manifeste également dans les tâches de planification, d’évaluation et de négociation du travail domestique, lesquelles sont souvent initiées et menées par les femmes, ajoute Claire Alvarez. Ça ne veut pas dire que les hommes ne vont s’impliquer, mais ça va prendre quelqu'un pour les motiver à en parler et à faire les tâches.

La doctorante met toutefois certains bémols. Le partage des tâches ne doit pas se limiter simplement à un calcul. Plusieurs éléments entrent en ligne de compte. J'ai un peu de misère avec la répartition 50-50, c’est très mathématique, mentionne-t-elle. On vient imposer une norme alors que, dans certains couples, ce n’est peut-être pas cette norme-là qui va faire en sorte que la famille perdure et qu’il y a du bonheur.

des papas jouent a des jeux de societe en classe.

Les jeux de société permettent de développer des compétences enseignées en classe.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Claire Alvarez, qui travaille sur un projet de périnatalité dans l’arrondissement de St-Laurent à Montréal, constate, elle-même, sur le terrain, les défis de mobiliser les hommes que ce soit dans les centres de pédiatrie ou dans les organismes pour les familles.

Je trouve que c'est très dur de les impliquer. Ça reste un peu comme dans les représentations, comme si la famille ou les enfants, c'était d'abord le rôle de la maman et que celui de papa était plus secondaire.

Le rôle attendu

Comme quoi, la socialisation des individus, selon des modèles plus traditionnels, continue de contribuer à cloisonner chacun dans un rôle prédéterminé. C’est davantage une question de modèle appris et d’habitudes, plutôt que de compétences parentales, pense Claire Alvarez.

des grands-papas jouent a des jeux de societe dans une classe avec des eleves.

La présence de figures masculines profite à tous les enfants, peu importe leur situation familale.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Il y a cette idée qui persiste chez les pères que leur rôle est en soutien plutôt que coparental. C'est pour ça que dans les couples, il y a cette tendance de dire : va demander à ta mère, elle est meilleure que moi.

La doctorante en sociologie croit que le Régime québécois d’assurance parental (RQAP) pourrait permettre au couple de reconfigurer le modèle. En se partageant le congé, chacun pourrait s'inscrire positivement dans une parentalité plus mutuelle et consensuelle.

deux petites filles dans une classe.

Les enfants apprécient passer ce moment avec les papa.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Il y a comme des habitudes qui se prennent, des routines qui s'installent, ce qui fait que l'homme est plus absent de cette routine et pour l'enfant, il n’est pas un référent. Il va d'abord se tourner vers la maman. C'est comme un creuset d'inégalités.

Sortir de sa zone de confort

Claire Alvarez salue l’initiative lancée par les enseignants de l’école Val-de-Grâce d’Eastman. Elles croient toutefois que de manière générale, il serait profitable de revoir les modèles.

Ça aiderait les familles, et plus généralement la société, qu'on sorte un peu de ces carcans.

Un point de vue partagé par la professeure Laurence Charton. Cette initiative [à l’école d’Eastman] semble intéressante, mais elle invite aussi, selon moi à réfléchir aux rôles parentaux qu’elle valorise ou reconduit.

L’enseignante Élyse St-Cyr-Morin souligne que la présence des deux parents dans l’environnement scolaire témoigne aux enfants de l'importance de l'école. Elle se souvient avoir déjà invité les papas à venir faire de la résolution de problèmes en classe, une expérience qui s'est avérée concluante. Parfois échanger les rôles peut faire sortir les papas de leur zone de confort, mais, finalement, après avoir vécu l’expérience, certains ont accepté de la répéter et sont revenus.

C'est comme si, cibler l’activité tout en les interpellant directement, permet aux pères de se sentir plus utiles et peut-être aussi plus à la hauteur.

des papas et des enfants jouent a des jeux de societe dans une classe.

Plusieurs papas déclarent jouer régulièrement à des jeux de société avec leurs enfants à la maison.

Photo : Radio-Canada / Réjean Blais

Loin de toutes ces considérations sur le partage des responsabilités et des perceptions, les enfants profitent à plein de cet instant précieux. La petite Philomène rit aux éclats alors que son père se plaint avec humour que c’est encore elle qui gagne.

Je trouve ça chouette que les parents puissent venir en classe. On peut jouer, alors que d'habitude, on doit faire des devoirs et travailler.

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