La Piazza Grande, c’est un peu les joyaux de la Couronne du Locarno Film Festival, effet «waouh» garanti et carte de visite internationale pour attirer de grands noms – on y a applaudi l’année dernière Jackie Chan et Emma Thompson, on y verra ces prochains jours Isabella Rossellini et James Gray. Celle qu’on qualifie souvent de plus belle «salle» de cinéma du monde, avec son écran géant, ses milliers de spectateurs et la voûte céleste en guise de plafond, est le visage glamour d’une manifestation qui est avant tout une terre de découvertes, un rendez-vous qui a, depuis sa création en 1946, privilégié le jeune cinéma et défendu des films politiquement et socialement engagés.
Au sein du circuit des grands festivals européens, il est aussi l’un des plus orientés vers le grand public, avec une programmation intégralement accessible et non pas réservée aux seuls accrédités. Depuis le début des années 2000, il a également renforcé son volet «industrie» tout en devenant le lieu de la prérentrée politique, un moment de réseautage et de rencontres informelles dans un canton, le Tessin, qui a souvent souligné qu’il se sentait isolé.
Un très secret «dîner républicain»
Chaque année depuis maintenant vingt-cinq ans, une association d’auteurs, réalisateurs et producteurs convie des parlementaires à un dîner politique leur permettant de faire un travail de lobbying autour des enjeux auxquels est confrontée la branche. Sur les hauteurs du Monte Verità, c’est une réception en l’honneur de la ministre de la Culture, Elisabeth Baume-Schneider, qui se tiendra cette fin de semaine autour d’un traditionnel risotto dégusté auparavant par son prédécesseur, Alain Berset. Et depuis plus de quarante ans, le journaliste et éditorialiste alémanique Frank A. Meyer organise un très secret «dîner républicain» auquel ont jadis pris part des politiciens étrangers, comme les anciens chanceliers allemands Helmut Kohl et Gerhard Schröder.
Lire aussi: Giona A. Nazzaro, directeur artistique du Locarno film Festival: «Notre programmation consiste à rompre avec la prévisibilité des algorithmes»La grande force du Locarno Film Festival tient dans cette cohabitation entre plusieurs publics. On peut croiser aux abords de la Piazza Grande des professionnels d’ici et d’ailleurs, des cinéphiles en provenance des quatre régions linguistiques suisses, des politiciens et des vacanciers. Il permet durant onze jours, dans une sorte de bulle protégée, des discussions et échanges décontractés. Dans un monde où les débats sont le plus souvent polarisés à l’extrême, où les politiques nationalistes s’attaquent à la culture, il est une vitrine importante, à préserver, de cette Suisse ouverte sur le monde qu’on appelle parfois «des bons offices».


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