António Lobo Antunes est mort à Lisbonne, sa ville natale, le 5 mars, à l’âge de 83 ans. Il y est enterré aujourd’hui, le samedi 7 mars, décrété jour de deuil national. Son œuvre immense a été saluée par quantité de prix et de distinctions mais les reconnaissances qu’il désirait le plus lui ont échappé: le Prix Nobel de littérature, décerné en 1998 à un auteur portugais de bien moindre envergure, José Saramago; et l’entrée de son vivant dans la Pléiade, un symbole pour celui qui faisait rétribuer ses conférences en beaux volumes reliés de cette collection qu’il vénérait.
Issu d’une famille de la grande bourgeoisie lisboète, où régnait une haute idée de la culture, António Lobo Antunes a cependant dû faire des études de médecine, comme son père, professeur et neurologue célèbre. Aîné de six garçons, António a hérité de son grand-père le titre de vicomte de Nazaré et la charge de chef de la fratrie. De son père, homme austère, il disait: «Je ne me souviens pas d’avoir reçu la moindre part d’affection de sa part. Pas plus que de la part de ma mère.» Cette enfance a creusé en lui une insatiable demande d’amour. Le catholicisme de son grand-père adoré, la dévotion enfantine à Antoine de Padoue, leur saint patron, a adouci cette enfance dévote. Il lui doit peut-être la conviction qui imprègne son œuvre: le monde des morts et celui des vivants sont poreux.


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