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Le gouvernement allemand en crise

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Le président allemand Steinmeier lors de la nomination des nouveaux ministres et la cessation fonction de leurs prédécesseurs. [Photo by Bundesregierung/Steins]

Jamais un chancelier allemand n'a été aussi impopulaire que Friedrich Merz. Après un peu moins de 15 mois en fonction, seuls 18 % de la population se disent satisfaits de son action, tandis que 78 % se déclarent insatisfaits. Il s'agit du taux d'approbation le plus bas jamais enregistré pour un chancelier en exercice depuis le début des sondages en 1998. Au même stade de son mandat, le prédécesseur de Merz, Olaf Scholz, affichait un taux d'approbation de 41 % et celui d'Angela Merkel s'élevait à 66 %.

Le mécontentement à l’égard du gouvernement se reflète également dans la «Question du dimanche». Si des élections législatives avaient lieu ce dimanche, l’Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne-sociale (CDU/CSU) recueillerait 21 % des voix et le Parti social-démocrate (SPD) à peine 12 %, selon l’institut de sondage Forsa. Avec un score cumulé de 33 %, la coalition au pouvoir serait très loin de la majorité. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), d’extrême droite, arrive en tête avec 27 %, suivie de la CDU/CSU, des Verts avec 16 % et du Part de la gauche (Die Linke) avec 13 %. Le SPD arriverait en cinquième position.

Merz a réagi à l’effondrement du gouvernement dans les sondages en remaniant son cabinet et en réorganisant la direction du groupe parlementaire CDU/CSU À la suite de la démission du chef du groupe parlementaire Jens Spahn, Merz a nommé son proche collaborateur Thorsten Frei — auparavant à la tête de la Chancellerie fédérale — pour lui succéder. Spahn a été contraint de démissionner après que son mari et lui ont eu un enfant par le biais d’une mère porteuse aux États-Unis, alors même que la gestation pour autrui est interdite en Allemagne et que la CDU, tout comme Spahn lui-même, s'y opposait publiquement.

La Chancellerie fédérale est désormais dirigée par l’ancienne ministre de la Santé, Nina Warken, qui, selon Merz, a démontré à travers ses réformes de la santé «qu’elle sait diriger un ministère et imposer des réformes même face à l’opposition». Warken a été remplacée au poste de ministre de la Santé par Carsten Linnemann, l’ancien secrétaire général de la CDU. Bien que titulaire d’un doctorat en économie, Linnemann n’a aucune expertise en matière de politique de santé et est considéré comme un fervent défenseur des intérêts patronaux. Sa tâche consistera à imposer les mesures d’austérité initiées par Warken face à une opposition généralisée.

Merz a limogé de manière humiliante le ministre des Transports Patrick Schnieder, ce qui a déclenché une vague d’indignation au sein de la CDU du Land de Rhénanie-Palatinat, où son frère occupe le poste de ministre-président. Le successeur de Schnieder est Steffen Bilger, originaire du Bade-Wurtemberg, un lobbyiste de l’industrie automobile qui s’est fait connaître comme opposant aux réglementations environnementales. De 2004 à 2007, Bilger a été président de l'organisation de jeunesse du Centre d'études de Weikersheim, un groupe de réflexion droitier fondé par l'ancien juge nazi Hans Filbinger.

Merz a également remplacé plusieurs secrétaires d’État ou les a mutés vers d’autres ministères.

Le remaniement, dont Merz n'avait apparemment discuté avec presque personne, a exacerbé la crise. Pour la première fois, le chancelier est publiquement attaqué et contesté au sein même de son camp. Les tensions au sein du parti atteignent un point critique. La manière autoritaire dont Merz a agi a également heurté les branches régionales de la CDU à l'Est et a fait que la panique contenue dans le parti se manifeste ouvertement. À quelques semaines des élections des Lands en Saxe-Anhalt, à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, les élus de la CDU craignent pour leur influence et leurs postes.

Les journaux proches de la CDU brossent un tableau dramatique. L’ambiance est « exécrable » et « désastreuse », rapporte le F.A.Z. : « Il règne au sein de la CDU une grogne latente qui couve et déborde par moments. »

Le journal Bild a noté: « Aujourd’hui, la perplexité suscitée par Merz l’emporte sur la crainte de nuire à sa fonction. Le risque personnel lié à une critique publique du chancelier est accepté, car garder le silence sur cette question n’est plus tenable et pourrait causer davantage de dégâts. Ce que Friedrich Merz perd ces jours-ci, c’est son autorité — comme chef de parti et comme chancelier. »

Der Spiegel, qui s’est entretenu avec des proches du chancelier et des dirigeants de la CDU/CSU, a écrit: « On peut désormais voir l’autorité du chancelier s’éroder presque d’heure en heure. … Même au sein des plus hautes instances dirigeantes de la CDU, presque personne n’est prêt à parier que le chancelier sera encore en poste d’ici Noël. »

Selon Der Spiegel, citant des participants à la réunion de mercredi du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, celle-ci a équivalu à une « mise au ban politique » du chancelier. Bien que le candidat de Merz, Thorsten Frei, ait été élu à la tête du groupe parlementaire — succédant à Jens Spahn, démissionnaire — avec 92 % des voix, la quasi-totalité des participants n’a eu que des critiques à l’égard de Merz. Personne ne l’a défendu.

Les critiques à l'encontre de Merz ne visent pas sa politique, mais la manière arrogante dont il la met en œuvre. Ses détracteurs craignent qu'il ne provoque ainsi un soulèvement menaçant non seulement le gouvernement, mais aussi l'ordre capitaliste dans son ensemble. Ils soutiennent son programme de réarmement et de coupes dans les dépenses sociales, qui a des conséquences catastrophiques pour de larges pans de la population, mais, à l’instar du chancelier même, ils recherchent la méthode la plus efficace possible pour le mettre en œuvre — même en collaboration avec l’AfD si nécessaire.

Les résultats désastreux du gouvernement dans les sondages témoignent de l'opposition croissante à une politique qui n’a aucun soutien dans la population. L'escalade systématique de la guerre contre la puissance nucléaire russe en Ukraine, les sommes colossales consacrées au réarmement de la Bundeswehr (forces armées), les coupes drastiques des dépenses de santé et de soins, des retraites et des prestations sociales, ainsi que les suppressions d'emplois dans l'industrie automobile, se heurtent à une résistance croissante.

Seuls les super-riches s’en sortent mieux sous Merz. Le nombre de centi-millionnaires — ceux qui possèdent plus de 100 millions de dollars — est passé de 3 900 à 5 000 au cours de sa première année de mandat. Au cours de cette même année, la pauvreté a atteint un sommet historique, avec un taux de 16,1 %, soit 13,3 millions de personnes.

C'est dans ce contexte qu'il faut examiner la crise que traverse le gouvernement Merz. Ses détracteurs, à la CDU comme dans les médias, lui reprochent quasi unanimement des « erreurs techniques », une « mauvaise communication » et une certaine « maladresse ». Leur objectif est de rendre sa politique réactionnaire plus efficace. À l'inverse, l'opposition de la population vise le fond même de sa politique: le sabrage des services sociaux, la pauvreté, le chômage, le militarisme et la guerre.

Cette opposition ne trouve aucune expression politique dans la politique officielle. Le SPD fait partie du gouvernement Merz et y dirige deux ministères clés: la Défense et les Finances. Les Verts soutiennent tant la politique de guerre et le réarmement. S’ils ne sont pas au gouvernement c’est juste parce que leur présence n’est pas nécessaire pour garantir une majorité. Les syndicats collaborent étroitement avec le gouvernement et les organisations patronales pour imposer des licenciements massifs ainsi que des coupes dans les services sociaux, et pour étouffer toute résistance à ces mesures.

Cela permet aux démagogues d’extrême droite de l’AfD d’exploiter dans une certaine mesure la colère et la frustration des classes moyennes — et même des travailleurs — à leurs propres fins. Cependant, l’AfD n’est pas un parti d’opposition ; elle pousse bien plutôt à l’extrême les politiques réactionnaires de la classe dirigeante. Ce n’est pas un hasard si elle bénéficie du soutien de l’homme le plus riche du monde, Elon Musk, et du vice-président de Trump, JD Vance.

Ce n'est qu'une question de temps avant que l'AfD n'entre au gouvernement. Les autres partis lui ouvrent systématiquement la voie en adoptant ses politiques inhumaines à l'égard des réfugiés ainsi que son programme axé sur « l'ordre et la sécurité ». Ce qui l’empêche encore actuellement de former un gouvernement de coalition, c'est la crainte de protestations massives, et des divergences sur la politique étrangère.

Il est révélateur que même le Parti de gauche (Die Linke), qui était au bord de l’effondrement il y a quelques années encore, regagne du terrain. Il attire des électeurs et des adhérents, notamment au sein de la jeune génération, car il s'élève publiquement contre les coupes dans les services sociaux, le militarisme et la montée de l'AfD.

Mais le Parti de Gauche n’est pas une alternative politique, mais bien plutôt un paratonnerre et une soupape de sécurité. Ce parti débite des formules de gauche pour récupérer la radicalisation montante. Dans la réalité, il protège ce gouvernement haï; il a facilité l'accession rapide de Merz à la chancellerie et a même voté au Bundesrat (la chambre haute du Parlement allemand) en faveur des crédits de guerre voulus par le gouvernement. Partout où il exerce des responsabilités gouvernementales, il défend le capitalisme et soutient les programmes d'austérité. Par là, il renforce l'AfD. En Thuringe, où Die Linke a occupé le poste de ministre-président pendant dix ans, l'extrême droite est à présent à plus de 40 % dans les sondages.

Seul un mouvement indépendant de la classe ouvrière, luttant pour le renversement du capitalisme, peut briser le cercle vicieux du militarisme, de la guerre, des coupes dans les dépenses sociales et de la dictature. Le Parti de l’égalité socialiste (Sozialistische Gleichheitspartei, SGP) défend cette perspective dans sa campagne pour les élections au Sénat (Chambre des députés) de Berlin, le 20 septembre. Dans son programme électoral, le SGP déclare :

Nous n’adressons pas de vains appels aux fauteurs de guerre ni ne supplions pour obtenir des aumônes. Nous organisons la résistance contre les licenciements, les baisses de salaires et les coupes budgétaires dans les services sociaux et, avec nos partis frères du Comité international de la Quatrième Internationale, nous construisons un mouvement mondial contre la guerre et sa cause fondamentale: le capitalisme.

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