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Une page web du site du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sur la vie nocturne, intitulée « Sortir en toute sécurité », contenait jusqu’à récemment le message suivant : « Pas de corrélation entre agression sexuelle et GHB. Le GHB n’est pas la drogue du VIOL. »
Radio-Canada a questionné le SPVM pour savoir ce qui lui permettait de faire une telle affirmation. Depuis, le passage, en gras dans l'image ci-dessous, a été retiré.

Cette capture d'écran du site web du SPVM a été prise le 26 décembre 2025, avant que le message soit retiré.
Photo : Radio-Canada / Capture d'écran
À la suite de vos questions, nous avons procédé à une vérification interne concernant l’information publiée sur notre site web, écrit le SPVM dans une réponse par courriel. Nous confirmons que la fiche en question doit être mise à jour, notamment afin de retirer la phrase citée.
Bien qu’elle ne soit pas inexacte, elle ne reflète pas adéquatement l’état actuel de nos communications ni les nuances nécessaires sur ce sujet sensible.
Le SPVM précise que la page web nécessitait une mise à jour afin de refléter l’évolution des connaissances, des pratiques et des observations terrain.
Lorsque la fiche web a été rédigée en 2022, l’unité spécialisée en agressions sexuelles du SPVM faisait état d’un nombre très restreint de dossiers confirmant un lien entre le GHB et des agressions sexuelles, explique l’organisation.
Faute d’éléments matériels considérés comme suffisamment probants, l’organisation estimait qu’il n’était pas possible d’établir un lien formel.
Depuis, le SPVM a ajusté sa position. Il reconnaît désormais l’existence d’une corrélation possible entre l’utilisation de GHB et certains cas d’agressions sexuelles, et ce, même si le nombre de dossiers confirmés demeure très limité.
Toujours par courriel, il explique vouloir intégrer les nuances nécessaires, notamment en lien avec les limites liées à la détection du GHB (qui ne peut se faire que dans les 12 heures suivant sa consommation).
Le SPVM souhaite aussi mieux refléter les observations cliniques et celles effectuées sur le terrain, ainsi que les données scientifiques disponibles.
En ce qui concerne l’expression drogue du viol, il est important de souligner que, selon des données scientifiques, d’autres drogues, comme la cocaïne, sont plus souvent identifiées dans les cas d’agressions sexuelles que le GHB.
L’alcool demeure par ailleurs la substance sur laquelle les agresseurs comptent principalement.
La difficulté d’étudier le GHB
Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé à l’école de psychoéducation à l’Université de Montréal, étudie la question des drogues du viol depuis plus de vingt ans. Selon lui, il est évident qu’il existe une corrélation entre le GHB et les agressions sexuelles.
Dans les études portant sur les agressions sexuelles facilitées par l’intoxication involontaire, le GHB est pourtant rarement recensé.
Il faut faire la différence entre ce que les statistiques disent et ce que la réalité, qu’on ne connaît pas trop, nous dit, estime Jean-Sébastien Fallu. Effectivement, si on regarde les statistiques, le GHB est souvent en fin de liste ou absent, parce qu’on ne le détecte pas.

Jean-Sébastien Fallu est aussi chercheur à l'Institut universitaire sur les dépendances et au Centre de recherche en santé publique.
Photo : Radio-Canada / Étienne Côté-Paluck
À un moment donné, les anecdotes se multiplient, et j’en ai entendu des anecdotes depuis 25, 30 ans, beaucoup. [...] Ça m’a trop été rapporté pour que ce soit des mensonges.
Deux éléments principaux compliquent l’étude du phénomène. Ils expliqueraient pourquoi les études recensent rarement la présence de GHB dans les cas d’agressions sexuelles facilitées par l’intoxication involontaire.
Le premier, identifié par Jean-Sébastien Fallu et par de nombreux autres chercheurs, c’est la courte vie du GHB dans le corps humain. Pour que le GHB soit détecté dans l’urine d’une victime, il faut que le test soit fait dans les 12 heures suivant l’intoxication.
Parfois, ça peut prendre du temps juste de réaliser ou d'accepter que c’était une agression, explique M. Fallu. Ça joue contre la montre.
Et pour compliquer les choses, nous avons tous du GHB dans notre corps, ajoute le professeur. C'est une molécule naturelle du corps humain. Donc de savoir, si on fait des tests, si c'est un niveau anormal, ça devient vite difficile à évaluer avec certitude, d'autant plus si c'est 12 heures après.
Le deuxième élément de difficulté identifié par Jean-Sébastien Fallu est lié à la sous-déclaration des agressions et des intoxications involontaires. De nombreux cas ne sont jamais déclarés au système de santé et à la police.
Dans sa réponse par courriel, le SPVM reconnaît la difficulté de détecter le GHB. Sa métabolisation rapide contribue à un sous‑diagnostic significatif, d’autant plus que plusieurs victimes se présentent tardivement pour une évaluation médicale. Ainsi, le faible nombre de confirmations toxicologiques ne constitue pas un indicateur exhaustif de la situation réelle.
Le Service de police de l’agglomération de Longueuil, qui fait face aux mêmes obstacles, affirme par courriel éprouver des difficultés dans la collecte de données sur les agressions sexuelles impliquant du GHB. Il a toutefois recensé 14 dossiers rapportés d’administration d’une substance délétère en 2024, et 34 en 2025.
Depuis 2023, toutes les salles d’urgence du réseau de la santé du Québec doivent par ailleurs être munies de trousses pour détecter dans l’urine des traces d’intoxication à certaines substances, dont le GHB.

Une infirmière en pratiques avancées du CHU de Québec, Vanessa Vachon, tient une trousse de dépistage de substances disponible dans les salles d'urgence. La photo a été prise en 2024.
Photo : Radio-Canada / Camille Carpentier
Ailleurs dans le monde
Des études effectuées en Suisse, aux États-Unis, en Ontario et plus largement au Canada, entre autres, recensent une présence du GHB dans une très faible proportion des cas d’agressions sexuelles facilitées par l’intoxication involontaire.
D’autres drogues, comme les cannabinoïdes, la cocaïne et les amphétamines, sont plus prévalentes, rapporte-t-on. L’alcool demeure l’outil principal utilisé par les agresseurs.
Cela dit, la difficulté de retracer le GHB est quasiment toujours identifiée comme une limite qui peut fausser les résultats.
Les anecdotes rapportées par les victimes suggèrent que le GHB serait utilisé plus souvent que ne le laissent penser les statistiques. Le mouvement Balance ton bar a d’ailleurs vu le jour en France et en Belgique en 2021 après un déferlement de témoignages d’agressions au GHB sur les réseaux sociaux.

Le GHB se retrouve souvent sous la forme d'un liquide translucide, mais aussi parfois sous forme de poudre.
Photo : getty images/istockphoto / pcess609
Plusieurs cas d’agressions sexuelles facilitées par l’intoxication involontaire, dont certains par GHB, ont aussi été médiatisés un peu partout au Canada dans les dernières années. Plusieurs forces policières ont ce phénomène à l'œil depuis plusieurs années.
En 2013, après avoir saisi d’importantes quantités de GHB, le chef de police d’Edmonton, Rod Knecht, y voyait un potentiel lien avec l’augmentation des agressions sexuelles en ville.
La même année, la police de Vancouver avait cru bon d’émettre un avertissement (nouvelle fenêtre) aux femmes afin qu’elles surveillent leurs verres dans les bars. Encore aujourd’hui, sur sa page web, la police de Vancouver inclut le GHB dans la liste des drogues couramment utilisées pour les agressions sexuelles.
Plus récemment, en 2021, la police de l’Île-du-Prince-Édouard identifiait aussi le GHB parmi les drogues les plus fréquemment utilisées lors d’agressions sexuelles.
Le GHB est d’abord et avant tout utilisé à des fins récréatives par des personnes consentantes, rappelle Jean-Sébastien Fallu. Dans le cas des intoxications involontaires, le professeur ajoute que le vrai problème demeure l’agresseur, et non le GHB.


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