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C’est une découverte qui tient autant du miracle archéologique que de l’enquête policière scientifique. Alors que l’on pensait que l’histoire des grands félins dans la péninsule arabique s’était définitivement achevée sous les balles des chasseurs il y a cinquante ans, le désert vient de rendre des témoins silencieux du passé. Dans le nord de l’Arabie saoudite, des scientifiques ont exploré des grottes isolées et y ont trouvé un trésor inestimable : sept guépards momifiés naturellement. Ces corps, préservés par l’aridité extrême, ne sont pas de simples reliques ; leur ADN pourrait bien détenir la clé pour faire revenir l’animal sur ces terres.
Les fantômes du désert d’Arar
Pour comprendre l’importance de cette trouvaille, il faut remonter le temps. Historiquement, le guépard n’était pas exclusif à la savane africaine. Il régnait sur une immense bande de territoire allant de l’Afrique du Sud jusqu’à l’Inde. Mais au fil des millénaires, l’homme et le changement climatique ont réduit son royaume comme peau de chagrin. En Asie, son aire de répartition a chuté de 98 %.
Dans la péninsule arabique, la fin de l’histoire est datée précisément : en 1977, un chasseur omanais abattait une femelle adulte, marquant officiellement l’extinction locale de l’espèce. Depuis, le désert était vide de ses félins les plus rapides.
C’est dans ce contexte sombre qu’intervient l’équipe d’Ahmed Boug, biologiste au Centre national de la faune sauvage d’Arabie saoudite. En fouillant cinq grottes près de la ville d’Arar entre 2022 et 2023, ils ont mis au jour un véritable cimetière naturel : des ossements appartenant à 54 félins et, surtout, sept corps de guépards momifiés. Ici, pas de bandelettes ni de rituels. C’est la sécheresse absolue du désert et la composition minérale du sable qui ont empêché la putréfaction, figeant les animaux dans le temps.
L’ADN révèle une diversité insoupçonnée
Si les ossements les plus vieux remontent à 4 000 ans, les momies sont plus récentes, datant de 130 à près de 1 900 ans. L’état de conservation exceptionnel a permis aux chercheurs de réaliser une première mondiale : extraire et séquencer le génome complet de trois de ces félins momifiés naturellement.
Les résultats, publiés dans la revue Communications Earth & Environment, ont surpris les experts. Jusqu’à présent, le consensus scientifique voulait que seul le « guépard asiatique » (Acinonyx jubatus venaticus) ait peuplé cette région. C’est une sous-espèce aujourd’hui en danger critique, avec seulement une poignée de survivants en Iran.
L’analyse génétique a confirmé qu’une des momies appartenait bien à cette lignée asiatique. En revanche, les deux autres momies, plus anciennes, se rapprochaient génétiquement du guépard d’Afrique du Nord-Ouest (Acinonyx jubatus hecki), une sous-espèce que l’on trouve encore au Sahara. Cette découverte prouve que la péninsule arabique était un carrefour biologique bien plus complexe qu’on ne le pensait, où différentes lignées de guépards se sont peut-être croisées.
Crédit : Le désert a rendu ses morts : l'ADN de ces 7 momies intactes est le 'code' qui manquait pour ressusciter l'espèce
Un plan pour le retour du roi
Cette révélation génétique change tout pour les projets de conservation. L’obstacle majeur à la réintroduction du guépard en Arabie saoudite était le manque de « candidats ». La population iranienne de guépards asiatiques est trop fragile pour être prélevée.
Mais si les guépards historiques de la région partageaient aussi du sang avec leurs cousins africains, cela élargit considérablement les options. Les auteurs de l’étude publiée dans Communications Earth & Environment suggèrent que cette diversité génétique passée autorise, scientifiquement et éthiquement, l’utilisation de sous-espèces africaines pour repeupler l’Arabie. L’hybridation entre ces sous-espèces, capable de donner une descendance fertile, pourrait être la solution pour restaurer une population viable et robuste.
Ainsi, ces momies desséchées ne nous parlent pas seulement de la mort d’une espèce locale ; elles fournissent le mode d’emploi pour sa renaissance. En lisant le code génétique du passé, les scientifiques espèrent désormais corriger les erreurs du présent et voir, peut-être d’ici quelques années, le guépard courir à nouveau sur les sables saoudiens.


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