«All the world’s a stage – le monde entier est un théâtre», écrit Shakespeare dans Comme il vous plaira. Ces jours-ci, ses planches semblent être celles des navires les plus performants de la planète, son décor un océan, et ses acteurs des marins aux prises avec la force brute des éléments. Cette impression s’impose lorsque l’on réalise que, à deux jours d’intervalle, deux trimarans Ultim ont franchi le cap Horn. D’un côté, Sodebo et l’équipage de Thomas Coville, lancés depuis Ouessant le 15 décembre à l’assaut du Trophée Jules Verne, ce défi qui récompense le tour du monde à la voile le plus rapide. «Plus c’est simple à dire, plus c’est difficile à réaliser», résumait Coville. De l’autre, dans le sens inverse, d’est en ouest, face aux vents et aux courants dominants, le Breton Guirec Soudée. Parti de Brest le 23 décembre, le skipper s’est lancé dans une tentative de record du tour du monde avec une route choisie à rebours, qui transforme la navigation en épreuve frontale.
Si, aujourd’hui, on passe davantage les caps pour se mesurer au monde et en boucler la géométrie, on finit parfois par se perdre dans la multiplication des tentatives de records. Mais la rencontre de ces deux bateaux rappelle pourtant qu’il y a chez les sportifs de haut niveau comme chez les explorateurs, une volonté précise de rendre le monde plus lisible. Car pour l’aventurier, comme pour le skipper, la règle semble être celle de la beauté. Avec la beauté comme valeur cardinale, il devient plus facile de se maintenir sur la bonne voie.


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