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Il est 15 h 30 et, comme chaque fin d’après-midi, la salle d’attente se remplit à la clinique externe de psychiatrie de l’Hôpital de Rivière-du-Loup, dans le Bas-Saint-Laurent.
Éric fait partie du groupe. Il en est à sa huitième séance de stimulation magnétique transcrânienne répétée (STMr) avec le Dr Jean-François de la Sablonnière.
Le psychiatre place une bobine de cuivre sur la tête d’Éric pour créer un champ magnétique dans une zone précise de son cerveau et chasser ses idées noires.

C'est dans le Bas-Saint-Laurent qu'il y a le plus de patients traités par stimulation magnétique transcrânienne au Québec par tranche de 100 000 habitants.
Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis
Ce n’est pas facile, mais c’est un passage obligé. Je veux juste retrouver au moins 50 % de ma vie d’avant, confie-t-il, les yeux humides et la voix tremblotante.
À côté de lui, une machine émet des bruits stridents, comme une série de courants électriques, toutes les huit secondes pendant plusieurs minutes.
Le traitement qu’il subit est mieux connu sous le sigle anglais rTMS (Repetitive Transcranial Magnetic Stimulation) dans le jargon médical.

Les traitements individualisés des patients sont programmés dans cet appareil de neuromodulation.
Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis
Cette technique de neuromodulation permet de traiter des gens qui souffrent de troubles mentaux légers à modérés, comme la dépression qui afflige Éric depuis des mois.
Ça fait plus d’un an que j’essaie des médicaments, ça ne fonctionne pas vraiment, je retombe en dépression, poursuit-il.
C’était les pilules après les pilules. Moi, j'avais des idées suicidaires. Je n'ai jamais été aidée comme ça. Je me sentais comme une autre femme.
Taux d’efficacité et d’innocuité reconnu
Les séances de rTMS sont une source d’espoir pour des patients qui ont essayé en vain au moins un antidépresseur.
On parle de 45 % à 50 % de rémission à l'intérieur de 4 à 6 semaines. Une rémission, ça veut dire que je baisse d’au moins 50 % mes symptômes dépressifs, selon une échelle standardisée, explique Jean-François de la Sablonnière, un pionnier de la stimulation magnétique transcrânienne au Québec.
Santé Canada a approuvé la rTMS en 2002, et le traitement est couvert par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) depuis 2013.
Les effets secondaires les plus fréquents sont la sensibilité du cuir chevelu et les maux de tête. Les patients doivent aussi se rendre à l'hôpital quotidiennement durant plus d'un mois, mais cette structure imposée favorise l'activation comportementale, reconnue en psychothérapie.
Plus la dépression est réfractaire aux traitements, plus le risque d’impact fonctionnel et social, d’altération de la qualité de vie et de suicide est élevé. Le fardeau pour les proches est également accru.
Au Québec, la prévalence d’un épisode dépressif caractérisé est de plus de 13 % chez les personnes de 15 ans et plus.
Il y aurait 65 000 Québécois aux prises avec une dépression réfractaire aux traitements (DRT), selon des données transmises au gouvernement provincial.
Écoutez le reportage de Catherine Paradis diffusé à l’émission Tout terrain, le dimanche 14 juin 2026 à 10 h HAE sur ICI PREMIÈRE.
Recommandation pour améliorer l'accès
Dans un avis officiel publié en janvier dernier, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) confirme la pertinence de la stimulation magnétique transcrânienne.
Compte tenu des données sur l’efficacité, de l’analyse économique et de la disponibilité variable des services entre les régions, l’INESSS recommande d’améliorer l’accès et d’instaurer des modalités de services de SMTr afin de répondre plus équitablement aux besoins des adultes qui présentent une dépression réfractaire aux traitements sur le territoire québécois, écrit l’Institut.
Il y a actuellement 17 appareils de stimulation magnétique transcrânienne au Québec.

Seulement sept régions du Québec ont des appareils de stimulation magnétique transcrânienne pour traiter les troubles mentaux comme la dépression.
Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis
Selon l’INESSS, il faudrait beaucoup plus d’équipements pour répondre aux besoins cernés dans les projections médicales.
Sur 5 ans, l’ajout de 27 appareils permettrait de traiter 7504 personnes de plus qui présentent une DRT, indique l’institut scientifique.
En 2025, 536 malades ont eu accès à ce type de neuromodulation au Québec, mais le nombre de patients pourrait augmenter de plus de 200 % s’il y avait plus d’appareils.

Le psychiatre Alex Cromer-Emond a contribué à l'offre de traitement en stimulation magnétique transcrânienne répétée à l'hôpital de Rimouski.
Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis
Après sa résidence, le psychiatre Alex Cromer-Émond a choisi de mettre en pratique sa spécialité à l'hôpital de Rimouski, en partie parce qu'il pouvait offrir la stimulation magnétique transcrânienne à ses patients.
On met des efforts, puis en réalité, elle est là notre paie. Ce n'est pas notre chèque de la RAMQ, c'est cette madame-là qui est contente. Moi, c'est ça ma paie.
Moins cher et moins intrusif que les électrochocs
Selon les estimations, le gouvernement du Québec devrait investir 51,9 millions de dollars sur 5 ans pour élargir l’accès à la stimulation magnétique transcrânienne.
La somme annuelle supplémentaire prévue pour les établissements représente moins de 0,25 % des coûts des programmes et services en santé mentale en 2023-2024, précise l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux.
Cette facture est trois fois moins élevée que celle liée aux traitements par électrochocs (ECT).
On associe quand même l'électroconvulsivothérapie à des expériences sociales traumatiques, on pense à Alys Robi. Il y a beaucoup de stigmates négatifs, mais il n'y a rien de plus efficace que l'électroconvulsivothérapie pour traiter un épisode dépressif d'intensité sévère, explique le psychiatre Jean-François de la Sablonnière.

Le psychiatre Jean-François de la Sablonnière est un des pionniers de la stimulation magnétique transcrânienne répétée au Québec.
Photo : Radio-Canada / Catherine Paradis
En traitant plus de patients en dépression légère ou modérée avec la stimulation magnétique transcrânienne, son département a tout de même réduit de plus du tiers le nombre de malades traités par électrochocs.
Ces personnes ont donc évité l’anesthésie générale et les effets secondaires importants liés aux méthodes plus intrusives.
L’INESSS est d’avis que la SMTrdevrait généralement être considérée avant l’ECT dans le parcours de soins et services des personnes [...] Elle pourrait aussi être considérée avant la kétamine.
Malgré ces plaidoyers, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) n’a pas encore pris de décision à ce sujet.
Le MSSS a pris acte du rapport de l’INESSS, mais n’a pas pris position sur l’efficacité, l’accessibilité et le développement de l’utilisation de la SMTr dans les établissements de santé et de services sociaux du Québec. Des travaux d’analyse devront être réalisés en conséquence, répond le Ministère par courriel.


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