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La plus longue frontière terrestre de la France n’est pas avec l’Allemagne ni l’Espagne, mais avec un pays d’Amérique du Sud situé à 7 000 km de Paris

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La France partage avec le Brésil sa plus longue frontière terrestre. Pas avec l’Allemagne (418 km), ni avec l’Espagne (646 km), ni même avec la Belgique (556 km), mais avec un pays situé à quelque 7 000 kilomètres de Paris, de l’autre côté de l’Atlantique. Le Brésil et la France partagent une frontière de 730 kilomètres en pleine Amazonie, qui court le long du fleuve Oyapock, de son estuaire à sa source, puis suit la ligne de partage des eaux du bassin amazonien jusqu’au point de tri-jonction avec le Suriname. Une anomalie géographique qui déconcerte, et qui dit beaucoup sur ce qu’est vraiment la France.

À retenir

  • 730 kilomètres séparent la France du Brésil dans la forêt amazonienne : plus long que la frontière franco-espagnole
  • L’orpaillage illégal cristallise les tensions frontalières avec des milliers de chercheurs d’or clandestins chaque année
  • La France est la seule puissance européenne à être un État amazonien, ce que peu de Français savent

Sommaire

  1. Une ligne sur la carte qui défie la géographie mentale
  2. L’Oyapock, fleuve-frontière au cœur de l’Amazonie française
  3. Une frontière sous pression permanente
  4. La France, puissance amazonienne

Une ligne sur la carte qui défie la géographie mentale

Demandez à n’importe quel lycéen de citer les voisins terrestres de la France : il répondra l’Espagne, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, la Belgique. Personne ne pensera au Brésil. Et pourtant. La frontière franco-brésilienne est la plus longue des frontières de la France, devant la frontière franco-espagnole, qui est plus courte d’environ cent kilomètres. Ce n’est pas une curiosité anecdotique : c’est un fait géopolitique de première importance, régulièrement ignoré dans les programmes scolaires hexagonaux.

Par son isolement et sa topographie (95 % de forêts humides), la Guyane (qui a depuis 1946 le statut de département français et est d’ailleurs, avec ses 83 000 kilomètres carrés, de très loin le plus grand département du pays) a tout d’une île. Cette immensité forestière, à peine peuplée, explique pourquoi la frontière reste si peu connue, et si difficile à contrôler. La France possède avec le Brésil sa plus longue frontière terrestre : une dyade de 730 kilomètres, dont 430 km des sources de l’Oyapock à son estuaire. Les 300 kilomètres de la frontière méridionale franco-brésilienne sont presque totalement dépourvus d’habitants.

En suivant son tracé, la frontière parcourt 730,4 km, ce qui fait d’elle la 121e plus longue frontière terrestre du monde, juste derrière la frontière finno-norvégienne et juste devant la frontière entre la Géorgie et la Russie. La France, puissance nucléaire membre du Conseil de sécurité de l’ONU, partage donc une frontière classée entre celle de deux pays scandinaves et celle du Caucase. Difficile de faire plus inattendu.

L’Oyapock, fleuve-frontière au cœur de l’Amazonie française

La frontière court plein est sur 303,2 km dans les monts Tumuc-Humac le long de la ligne de partage des eaux entre le bassin de l’Amazone et les fleuves guyanais. Elle borde ainsi la limite des communes françaises de Maripasoula et Camopi face au municipe brésilien de Laranjal do Jari. Elle rejoint ensuite le cours de l’Oyapock, qui coule en direction du nord dans la forêt équatoriale, et sert cette fois de frontière sur 427,2 km entre les territoires de Camopi et Saint-Georges d’une part et d’Oiapoque d’autre part.

De part et d’autre du fleuve, deux mondes. Une frontière de 730 kilomètres, essentiellement fluvio-forestière, met en contact la Guyane française et l’Amapá brésilienne, deux régions de confins aux densités de population très faibles, respectivement 1,88 et 4,9 hab/km². Le long de l’Oyapock, le peuplement clairsemé s’étire en petites communautés égrainées de part et d’autre du fleuve. Saint-Georges-de-l’Oyapock (France) et Oiapoque (Brésil) sont les deux plus importantes communes du bas Oyapock avec respectivement 4 218 et 19 941 habitants.

Pour matérialiser cette frontière, un pont à haubans a été construit, symbole ambitieux d’une coopération franco-brésilienne longtemps espérée. Sa construction est terminée depuis août 2011, mais il n’a été inauguré qu’en mars 2017. Sa mise en service était pourtant prévue pour fin 2014, mais il y eut des retards dans le développement des infrastructures brésiliennes. Bilan réel ? Depuis son ouverture, le pont est surtout un symbole de la proximité diplomatique entre la France et le Brésil. Les promesses de relations commerciales plus étroites entre les deux puissances ne se sont pas concrétisées. Le pont de l’Oyapock n’a pas été facteur de rapprochement. Un pont sur un fleuve amazonien, entre deux villages, pour relier la France à la cinquième économie mondiale : le symbole est plus fort que le trafic.

Une frontière sous pression permanente

Les forces armées françaises ont pour mission d’endiguer l’immigration clandestine, et de contrôler les trafics en tous genres en provenance des pays voisins. Le contrôle de la limite entre la France et le Brésil tout comme celle avec le Suriname est rendu très difficile par sa longueur et par la nature des terrains. La canopée, dense et continue, rend toute surveillance aérienne partielle. Les patrouilles se font en pirogue ou à pied, sur des sentes forestières que la végétation reprend dès qu’on s’y arrête.

La question de l’orpaillage illégal cristallise toutes les tensions. Les « garimpeiros », chercheurs d’or clandestins en grande majorité originaires du Brésil, affluent dans la forêt amazonienne dans l’espoir de sortir de la pauvreté, au détriment de l’environnement et des populations locales qui paient le prix fort de l’utilisation du mercure pour l’extraction de minerai. Les chiffres donnent le vertige : en 2024, environ 8 500 personnes restaient impliquées dans l’orpaillage illégal en Guyane, avec un revenu médian estimé à 2 000 euros par mois pour les garimpeiros. L’année 2024 aurait vu l’extraction de 4,3 tonnes d’or illégalement produites.

La réponse militaire existe, mais ses effets restent limités. L’opération JARARACA, menée conjointement par les Forces armées en Guyane (FAG) avec les forces armées brésiliennes, s’inscrit dans le cadre de la coopération régionale pour la lutte contre l’orpaillage illégal. Durant cette opération, les militaires des FAG ont travaillé en coordination avec les forces armées brésiliennes, notamment avec le 34e BIS, régiment de l’armée de Terre brésilienne. Deux armées nationales, une même forêt, des centaines de chantiers clandestins disséminés sur des territoires grands comme des régions françaises entières.

L’orpaillage illégal mobilise environ 8 000 chercheurs d’or, pour un total de cinq à six tonnes extraites, et dévaste chaque année 150 hectares de forêt et 100 kilomètres de cours d’eau. Une destruction silencieuse, à 7 000 kilomètres de Paris, sur le sol d’un département de la République française.

La France, puissance amazonienne

Cette réalité géographique a une conséquence rarement mesurée : la frontière franco-brésilienne est la plus longue des frontières internationales partagée par une région française, un département français ou même une région ultrapériphérique de l’Union européenne. La France est, à ce titre, la seule puissance européenne à partager une frontière terrestre avec le Brésil, et à être, de fait, un État amazonien.

Les bases de cette frontière remontent aux traités d’Utrecht de 1713 entre la France et le Portugal, mais diverses interprétations quant au tracé de la frontière existaient. Trois siècles de droit international, de disputes coloniales et de cartographies approximatives pour aboutir à une ligne de 730 km dans une forêt dont 95 % reste impénétrable. La coopération transfrontalière existe, formalisée par l’accord cadre franco-brésilien du 28 mai 1996, avec l’État d’Amapá au Nord du Brésil, avec lequel la Guyane partage une frontière fluviale et terrestre de plus de 700 kilomètres. Mais la coopération peine à rattraper la géographie.

Ce que cette frontière révèle, au fond, c’est la nature réelle de la France contemporaine : un État dont le territoire s’étend sur trois océans, onze fuseaux horaires, et des écosystèmes aussi variés que les Alpes et l’Amazonie. La Guyane abrite d’ailleurs le Centre spatial de Kourou, dont la surveillance des frontières guyanaises constitue le premier cercle de protection. : la frontière la plus longue de France protège aussi le sol depuis lequel l’Europe envoie ses satellites dans l’espace.

Sources : cnes.fr | defense.gouv.fr

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Rédigé par L'équipe Sciencepost

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