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La personne la plus âgée au Canada est un vétéran de 110 ans

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Burdett « Burd » Sisler s’apprête à célébrer son 111e Noël avec sa famille. Le résident de Fort Érié, en Ontario, est devenu plus tôt cet automne le doyen du Canada, soit la personne la plus âgée au pays.

Il a cinq enfants, 11 petits-enfants, 22 arrière-petits-enfants — et même 14 arrière-arrière-petits enfants.

Il a survécu à deux guerres mondiales et deux pandémies.

Et ce qui peut surprendre : le vétéran de 110 ans n’a jamais mis le pied dans un hôpital. Je ne suis même pas né à l’hôpital. Je suis né sur une table de cuisine, rigole-t-il.

Burd Sisler est né le 14 avril 1915 à Akron, en Ohio. Lorsqu’il était tout petit, sa famille a déménagé à Toronto. Son père, qui travaillait pour le fabricant de pneus Goodyear, avait pour mission d’ouvrir une première succursale canadienne, en 1917.

Une usine en construction.

Au début des années 1900, le père de Burd Sisler avait été chargé de trouver un emplacement pour une usine de Goodyear Rubber Company au Canada. La famille s'est installée dans l'ouest de Toronto, à Etobicoke.

Photo : Bibliothèque publique de Toronto

C’est d’ailleurs là où il a décroché son premier boulot à l’âge de 18 ans. Il était responsable des commandes et s’occupait de distribuer le courrier entre les différents départements de l’usine de Goodyear.

Je gagnais 480 dollars par année. Ça représentait environ 35 cents l’heure. Beaucoup de gens ne gagnaient que 5 cents l’heure. J’étais un homme riche.

Il s’est marié à son épouse Mae en septembre 1939 — la même semaine que le Canada est entré officiellement en guerre.

Un vétéran de la Seconde Guerre mondiale

Quelques années plus tard, en 1943, Burd Sisler est appelé sous les drapeaux, d’abord comme membre de l’Aviation royale canadienne. Mais, comme il ne remplissait pas les exigences en matière de vision pour devenir pilote d’avion, il est finalement affecté à l’armée.

Le jeune Torontois s’est porté volontaire dans le cadre d’exercices très secrets, s'exposant au gaz moutarde. À l’époque, le Canada avait décidé d’étudier les effets des armes chimiques sur l’aptitude au combat des soldats.

Une étagère qui contient des artéfacts de la Seconde Guerre mondiale, y compris une photo de Burd Sisler et son uniforme.

Vétéran de la Seconde Guerre mondiale, Burd Sisler a été mécanicien spécialiste en radar, puis sergent au sein des Forces armées. Son uniforme est conservé à la Légion royale canadienne de Fort Érié.

Photo : Radio-Canada / Prasanjeet Choudhury

Après une formation sur les radars, il est devenu mécanicien en télécommunications et a éventuellement été promu au grade de sergent.

J'ai toujours voulu faire quelque chose de ma vie. À quoi bon rester assis à rêver tout le temps? Lève-toi et fais quelque chose.

Mais son expérience a laissé de profondes blessures : Il exprime parfois qu’il se sent mal pour les soldats qui ne sont jamais retournés à la maison, affirme son fils Norm. C’est inimaginable.

Après avoir quitté l'armée, Burd Sisler a fondé une famille. Il a travaillé pendant une trentaine d’années au sein de l’Agence des services frontaliers du Canada. J’aimais faire sourire les gens qui traversaient la frontière, dit-il.

Le maire de Fort Érié, Wayne Redekop, avait travaillé avec lui comme agent frontalier au début des années 70. À l’époque, j’étais dans ma vingtaine et je trouvais déjà que [Burd] était vieux, dit-il.

Je n’avais aucune idée qu’il allait devenir un jour le plus vieux des Canadiens, lance le politicien.

Les clés de la longévité?

Burd Sisler n’a pas de secret magique : l’essentiel pour vivre au-delà de la centaine, c’est de rester en bonne santé, selon lui. Il souligne qu’il ne fume pas et qu’il consomme très rarement de l’alcool. J’ai essayé une cigarette une seule fois [...] je n’ai pas aimé ça, se rappelle-t-il.

À cette époque, tout le monde fumait. L'air était imprégné de fumée. J'ai peut-être eu de la chance ou alors je ne respirais pas profondément, rigole-t-il.

Ses filles estiment que son mode de vie actif a aussi contribué à sa bonne santé. Il jouait aux quilles jusqu’à l’âge de 103 ans, lance Lorraine. Je crois qu’une des raisons qu’il s’est rendu à cet âge-ci, c’est qu’il a toujours repoussé les limites, renchérit Betti.

Les deux sœurs ajoutent que leur père aime beaucoup lire, consulter les nouvelles et tenter de résoudre des casse-têtes. Il jouerait toujours au sudoku s’il pouvait mieux voir, raconte Lorraine.

Un homme de 110 ans assis dans son salon, qui discute avec ses visiteurs.

Norm Sisler et sa femme Margaret rendent visite à leur père dans son appartement à Garrison Place, à Fort Érié, en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Philippe de Montigny

Reconnu à Queen’s Park

Burd Sisler est officiellement devenu doyen du Canada, le 25 octobre dernier, après le décès de Margaret Romans (nouvelle fenêtre). La Québécoise d’origine lettone avait 113 ans.

Le vétéran a formellement été reconnu en tant que Canadien vivant le plus âgé en novembre dernier à l’Assemblée législative de l’Ontario par son député Wayne Gates, un ami de longue date.

Tout le monde en Chambre s’est levé pour l’applaudir pendant un bon bout de temps, affirme le néo-démocrate. Burd s’est battu pour le Canada [...] On a beau avoir des différences politiques, une chose qui nous unit, c’est qu’on aime notre pays.

Le député néo-démocrate Wayne Gates.

Le député néo-démocrate de Niagara Falls, Wayne Gates, est un ami de longue date du supercentenaire Burd Sisler.

Photo : Radio-Canada / Prasanjeet Choudhury

M. Gates souligne que son ami a toujours été très impliqué au sein de la communauté, que ce soit au salon de quilles, aux déjeuners communautaires ou à la Légion royale canadienne de Fort Érié.

C'est le genre de gars que tout le monde aime bien.

De retour à son appartement, où il passe maintenant une bonne partie de ses journées, Burd Sisler se garde toujours à l’affût de l’actualité. Sous l'ombre d'un conflit commercial entre deux des plus proches alliés, il se dit heureux d'avoir quitté les États-Unis pour le Canada il y a environ un siècle.

Je suis triste de voir l'état dans lequel se trouve notre monde, affirme l’Ontarien. L’économie nord-américaine prend une volée. On se croirait presque en guerre.

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