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La masse des pétasses et des eunuques aura été robotisée avant d’être remplacée par le robot ou l’IA. L’apocalypse sur un simple timbre-poste. Agonie de notre Espagne et fin logique des voyages (revoir le Play Time de Tati). Théophile Gautier et la résistance au moderne : « C’est un spectacle douloureux pour le poète, l’artiste et le philosophe, de voir les formes et les couleurs disparaître du monde, les lignes se troubler, les teintes se confondre et l’uniformité la plus désespérante envahir l’univers sous je ne sais quel prétexte de progrès… Quand tout sera pareil, les voyages deviendront complètement inutiles, et c’est précisément alors, heureuse coïncidence, que les chemins de fer seront en pleine activité. À quoi bon aller voir bien loin, à raison de dix lieues à l’heure, des rues de la Paix éclairées au gaz et garnies de bourgeois confortables ? »

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Impeccable «magicien ès-lettres françaises», pour reprendre Baudelaire, Théophile Gautier incarne un refus artiste de la modernité, de l’ingénierie sociale, du politiquement correct , du culte de la science à tout-va. Il est celui qui dit non, et de la manière la plus provocante qui soit. Donnons-lui la parole. Dans sa fameuse préface à la demoiselle de Maupin, écrite à vingt ans, il s’en prend au culte du progrès :

« Mon Dieu ! que c’est une sotte chose que cette prétendue perfectibilité du genre humain dont on nous rebat les oreilles !… On dirait en vérité que l’homme est une machine susceptible d’améliorations, et qu’un rouage mieux engrené, un contrepoids plus convenablement placé peuvent faire fonctionner d’une manière plus commode et plus facile.

La machine ayant tendance à devenir obèse, et l’appétit à croître, par les temps qui courent, on donnera cette solution chirurgicale, proposée par le maître :

« Quel économiste nous élargira l’estomac de manière à contenir autant de beefsteaks que feu Milon le Crotoniate qui mangeait un bœuf ? »

Puis Théophile Gautier demande au roi d’abolir la liberté de la presse :

« Si Louis- Philippe, une bonne fois pour toutes, supprimait les journaux littéraires et politiques, je lui en saurais un gré infini, et je lui rimerais sur-le-champ un beau dithyrambe échevelé en vers libres et à rimes croisées ; signé : votre très humble et très fidèle sujet etc. »

Car, ajoute notre poète, qui n’avait pas lu Télérama ou les Inrocks,

« Le journal tue le livre, comme le livre a tué l’architecture, comme l’artillerie a tué le courage et la force musculaire. On ne se doute pas des plaisirs que nous enlèvent les journaux. Ils nous ôtent la virginité de tout ; ils font qu’on n’a rien en propre, et qu’on ne peut posséder un livre à soi seul… »

Au-delà de la drôlerie et de la verve, il y a un procès philosophique d’intention : Gautier voit poindre la destruction de tout par l’industrie, comme Balzac qui dans la superbe ouverture de Béatrix explique que les œuvres seront remplacées par des produits.

Dans son merveilleux, toujours actuel voyage en Espagne, l’auteur du Capitaine Fracasse écrit :

« Les esprits dits sérieux nous trouveront sans doute bien futile et se moqueront de nos doléances pittoresques, mais nous sommes de ceux qui croient que les bottes vernies et les paletots en caoutchouc contribuent très peu à la civilisation, et qui estiment la civilisation elle-même quelque chose de peu désirable. »

Bien avant nos bons esprits de droite et traditionnels, Gautier redoute l’homogénéisation et la mondialisation (et des vocables) : « C’est un spectacle douloureux pour le poète, l’artiste et le philosophe, de voir les formes et les couleurs disparaître du monde, les lignes se troubler, les teintes se confondre et l’uniformité la plus désespérante envahir l’univers sous je ne sais quel prétexte de progrès. »

Dieu avait en effet créé la diversité des races et des cultures :

« Nous croyons que tels n’ont pas été les desseins de Dieu, qui a modelé chaque pays d’une façon différente, lui a donné des végétaux particuliers, et l’a peuplé de races spéciales dissemblables de conformation, de teint et de langage. »

Notre réactionnaire progressiste ne se trompe qu’une fois, lorsqu’il surestime l’intelligence de l’homme moderne :

« Quand tout sera pareil, les voyages deviendront complètement inutiles, et c’est précisément alors, heureuse coïncidence, que les chemins de fer seront en pleine activité. À quoi bon aller voir bien loin, à raison de dix lieues à l’heure, des rues de la Paix éclairées au gaz et garnies de bourgeois confortables ? »

Quand tout sera pareil, les gens voyageront plus encore ; il n’y a qu’à voir à Grenade ! Et rappelons ce mot génial de Beckett : « on est tous nuls, mais pas au point de voyager ».

Nicolas Bonnal sur Amazon.fr

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