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La maquette du Brézé est de retour à l’église Notre-Dame-des-Victoires après une longue escale au Centre de conservation du Québec (CCQ). L’analyse au carbone 14 de ce voilier miniature a révélé qu’il ne daterait pas de 1665, comme le voulait la tradition, mais de l’après-conquête du Canada.
L’examen des deux échantillons prélevés sur le vaisseau a donné des dates médianes de 1765 pour le plus ancien et de 1803 pour le plus récent. Il n’a pas été possible de procéder à une analyse dendrochronologique pour confirmer cette datation en raison de la taille réduite des pièces.
En grattant la coque du navire, les restaurateurs ont découvert jusqu’à 13 couches de peinture superposées allant du beige au bleu en passant par le rouge. « Il y a pratiquement toutes les couleurs », souligne le technicien en restauration Marc Girouard.
Le spécialiste des maquettes a nettoyé patiemment les cordages du vaisseau à l’aide de cotons-tiges. « Ils sont faits de toutes sortes de matériaux. Il y a du fil de couture, des fils métalliques et même de la ficelle de boucher ! » Le navire de trois mètres de long compte plus de 80 sabords. Sa coque ne renferme toutefois aucun canon.
Origines
Le retrait du navire à l’été 2023 a été remarqué par les habitués de Place Royale. « La première question qu’on me posait, c’était : “Il est où, le bateau ?” » explique le curé Jean Picher.
La maquette décrassée sera exposée à l’entrée de Notre-Dame-des-Victoires jusqu’en octobre afin de permettre aux touristes de l’admirer de plus près. Elle retournera alors dans les hauteurs du bâtiment érigé en 1688 sur le site où Champlain a fondé Québec 80 ans plus tôt.
L’artefact est exposé à l’église Notre-Dame-des-Victoires depuis le 8 septembre 1955. Il n’a guère laissé de traces dans les archives avant cette date. Entre 1947 et 1954, le navire se trouve chez le menuisier Clovis Plamondon, qui procède à sa restauration. La présence de contre-plaqué dans la maquette témoigne de son passage dans l’atelier de cet autodidacte basé dans le quartier Saint-Roch.
D’après le chercheur Yves Garneau, Clovis Plamondon aurait restauré l’artefact en s’inspirant de la silhouette de La Licorne, le navire imaginaire de l’ancêtre du capitaine Haddock, que l’on peut apercevoir dans la célèbre bande dessinée de Hergé parue en 1943.
Ex-voto
Selon la tradition, la maquette aurait été conçue à la demande du marquis Alexandre de Tracy, un militaire venu combattre les nations iroquoises du lac Ontario à la tête du régiment de Carignan-Salières. Cet officier l’aurait offerte à Mgr de Laval pour remercier la Vierge Marie au terme de sa traversée de l’Atlantique à bord du Brézé, en 1665.
Cet « ex-voto » aurait d’abord été accroché dans les hauteurs de la cathédrale Notre-Dame-de-Québec. Il en serait tombé avec fracas à l’été de 1759 lors du bombardement de la capitale de la Nouvelle-France par les artilleurs britanniques du général Wolfe.
Lourdement abîmée, la maquette aurait été entreposée dans le grenier du Séminaire de Québec jusqu’aux années 1940. Cet arc narratif épique est désormais remis en cause par la datation au carbone 14. La véritable identité du trois-mâts se trouve peut-être dans les archives du Séminaire, quelque part entre la Conquête et le début du XIXe siècle.


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