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France 2 propose un remarquable téléfilm de Gabriel Aghion, porté par Marie-Christine Barrault et Laurent Stocker.
« Quelle joie de célébrer les 30 ans d’ordination de Pierre-Marie, je vous promets que ce sera inoubliable. Je compte sur vous, mon jardin est comme le cœur de mon fils, assez grand pour tous… » Gabrielle de Miremont est radieuse. Cette grande bourgeoise catholique voit l’accomplissement du rêve d’une vie. Et pourtant, son monde patiemment construit ne va pas tarder à s’écrouler. Un article de presse révèle une affaire de pédophilie dans la région. Pierre-Marie est soupçonné, après les accusations d’un ancien scout (Xavier Robic, très juste)…
Gabriel Aghion, scénariste et réalisateur éclectique (de Pédale douce et Belle maman à La Vie devant elles ), adapte Je suis la maman du bourreau, un roman de David Lelait-Helo publié en 2022 (Éditions Héloïse d’Ormesson). « C’était un vrai challenge de traiter un sujet aussi âpre, douloureux, sensible », confie-t-il. Deux choses l’ont motivé pour s’en emparer : « Je voulais traiter ce silence atroce, comme obsédant. C’est ainsi que se sont développés les rôles des parents, de la journaliste, de l’évêque, du curé… Ils faisaient partie de ce silence. Je voulais raconter cette fabrique du mensonge. Comment ces secrets sont verrouillés de tous côtés et comment il est dur de faire sauter les boulons. Et je voulais raconter le chemin intérieur d’une femme, confrontée à une vérité qui vient bouleverser non seulement sa vie, mais aussi son identité de mère. Avec à la clé cette question vertigineuse, presque impossible à formuler, mais essentielle : comment aimer son enfant lorsque l’innommable surgit ? »
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Marie-Christine Barrault, prodigieuse, prête sa classe, le poids de sa formidable carrière, à cette femme installée, sûre d’elle, de son bon droit, arrogante même, qui défend d’abord son fils envers et contre tout. « C’est dans l’air du temps d’offenser l’Église », évacue-t-elle. Elle prône le mépris, Pierre-Marie veut se défendre. « Je dois vous croire sur parole ? », dit-elle encore à la journaliste qui lui retrace les faits. « C’est bien ce que vous faites avec la parole du Christ ! », réplique celle-ci.
Une relation opaque
Mais cette femme forte va perdre de sa superbe. Elle s’effondrera littéralement après le témoignage de la victime. Et c’est une vieille dame qui se relèvera. « Tu dois réparer, sinon tu me tues », lance-t-elle à son fils. « J’ai tout fait pour toi, je ne voulais pas être prêtre mais j’ai voulu ta fierté. Tu as fait de moi un prisonnier de Dieu », lui oppose ce dernier, tout aussi remarquable Laurent Stocker (le sociétaire de la Comédie-Française depuis plus de vingt ans se plaît à jouer pour le petit écran, dans Sous contrôle ou Jeux d’influences ). Il la renvoie à sa responsabilité, la culpabilise. Leur relation complexe, opaque, une relation amoureuse presque, est passionnante. Le sursaut de Gabrielle de Miremont aussi. « Ce n’est pas l’Église, ce n’est pas Dieu, c’est Pierre-Marie votre bourreau, ne perdez pas la foi », implore-t-elle.
« J’aimais ce rapport triangulaire, très fermé, déjà dans le livre, cette femme qui par le biais de la victime rejoint son fils dans l’horreur, analyse Gabriel Aghion. Elle va aller au bout de son chemin de Croix, tenir debout. Ça vient de son éducation solide et de sa foi très puissante. » Loin de toute pédagogie, loin de la fiction à thèse, La Maman du bourreau convoque l’émotion à l’état pur, aidée par la sobriété et la fluidité de la mise en scène. « Je ne voulais pas être au-dessus d’eux, note le réalisateur, mais avec eux, au cœur de la tourmente. »


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