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Des parents d’enfants sont désemparés après avoir appris avec un préavis de seulement 10 jours que la garderie privée de leurs enfants, sur le Plateau Mont-Royal, fermera ses portes. Une situation illégale, qui survient dans un contexte où de nombreux milieux de garde non subventionnés au Québec éprouvent des difficultés financières.
Le 20 juillet dernier, vers 18 h, les parents dont les enfants fréquentent la garderie privée Kiddo 2, sur le Plateau Mont-Royal, ont eu une bien mauvaise surprise. Un courriel envoyé par les directrices de la garderie les informait qu’à partir du 31 juillet, l’installation fermerait ses portes en raison de « circonstances indépendantes de [leur] volonté ».
« On était vraiment bouleversés », a raconté un parent, qui a demandé l’anonymat pour éviter d’éventuelles représailles de la part de la garderie. « Dix jours, ce n’est pas acceptable. C’est peut-être commun dans le système, mais, si c’est le cas, il faut changer ces pratiques. »
Du côté du ministère de la Famille, on a confirmé que la garderie Kiddo 2 « a informé le ministère de sa décision de cesser ses activités par courriel le 21 juillet 2026, avec une date de fermeture prévue le 31 juillet 2026 ». Ce faisant, le milieu de garde ne respecte pas le délai minimal de 90 jours entre l’avis au ministère et l’arrêt de ses services et il s’expose à des amendes allant de 2500 à 12 500 $.
Le ministère ne s’est toutefois pas prononcé sur sa décision de mettre ou non la garderie à l’amende, précisant que le dossier était encore à l’étude.
Des services déplacés
« Cette restructuration nous permettra de regrouper l’ensemble de nos activités au sein de notre installation située au 4411, avenue Papineau. Tous les enfants inscrits pourront ainsi poursuivre leur parcours dans un environnement offrant les mêmes services », peut-on lire dans le courriel envoyé aux parents, que Le Devoir a pu consulter. Mais pour beaucoup d’entre eux, la seconde installation — située à 25 minutes à pied de l’actuelle — n’est pas une option viable.
« C’est vraiment difficile pour nous. C’est éloigné, la cour est juste à côté de Papineau. […] Ce n’est pas du tout pratique », a déploré le parent, qui ne sait pas encore s’il y enverra son enfant.
Coincée entre un concessionnaire de voitures d’occasion et une pizzeria Domino’s, située directement en face d’un garage et sur une avenue très achalandée, l’installation Papineau de Kiddo 2 tranche tristement avec celle de la rue Roy, qui fermera vendredi. Cette dernière, sise à deux pas du métro Sherbrooke, dans un environnement calme avec une petite cour à l’ombre des arbres, semble offrir un cadre beaucoup plus accueillant.
Jointes par Le Devoir, les deux directrices de la garderie ont affirmé ne pas pouvoir divulguer la cause de la fermeture. L’émotion était toutefois vive dans la voix de l’une d’entre elles, disant qu’elles souhaitaient « tout mettre en œuvre pour offrir les mêmes services de qualité aux parents et aux enfants ». Elle a également affirmé que toutes les éducatrices de la garderie conserveraient leur emploi.
Des difficultés financières ?
En l’absence de raison donnée aux parents, ces derniers craignent que la situation ayant entraîné la fermeture de l’installation de la rue Roy puisse se reproduire à celle de l’avenue Papineau. Les rumeurs vont bon train sur les raisons à l’origine de cette décision, qui surprend tout le monde.
« On était très contents de cette garderie, le service était bon, les gens étaient très gentils, c’est pour ça qu’on a choisi Kiddo 2 », a affirmé le parent. « Je ne sais pas si c’est une pression du propriétaire de l’immeuble, mais si [les directrices] ne disent rien, ce n’est pas facile de comprendre. »
Le Devoir a appris que la garderie Kiddo 2 avait déposé au printemps une demande au ministère de la Famille dans le cadre d’un appel de projets visant à convertir 5000 places non subventionnées en places subventionnées. La décision de fermer l’installation de la rue Roy survient quelques jours à peine après l’annonce des résultats : Kiddo 2 n’a pas été retenue par le ministère.
Un système à deux vitesses
« Beaucoup de gens comptaient là-dessus pour survivre », a souligné Mona Lisa Borrega, vice-présidente du conseil d’administration de l’Association des garderies privées du Québec. Selon elle, on peut s’attendre à ce que d’autres garderies privées ferment des installations, incapables de rivaliser avec les nouvelles places subventionnées. « Quand un CPE ouvre à côté […], on ne peut plus compétitionner, peu importe la qualité des services offerts », explique-t-elle.
Dans le même quartier, la garderie privée Les Petits Lauriers a vu une baisse d’achalandage lorsque le CPE Saint-Louis, offrant 160 places, a ouvert ses portes juste à côté, il y a deux ans. « Les garderies privées se battent pour offrir le meilleur. Mais c’est sûr que, quand les parents ont le choix, si on leur propose [une place à] 9 $, il y en a beaucoup qui partent », explique Caroline Galiani, directrice de la garderie.
« Ce qu’on demande, c’est que les parents aient accès au même tarif. […] Comme ça, ils pourront faire un choix selon la garderie qu’ils souhaitent, et non pas juste en fonction du tarif », a-t-elle ajouté.
Si la conversion de 5000 nouvelles places subventionnées représente une bonne nouvelle pour les parents qui accèdent à des tarifs plus accessibles, le contrecoup est parfois trop dur à absorber pour les garderies qui ne sont pas choisies, et pour les parents qui y ont placé leurs enfants.
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