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La vague de chaleur qui déferle sur l’Hexagone fait souffrir les animaux et les plantes, avec notamment des conséquences sur l’élevage et les cultures.

ROMAIN PERROCHEAU / AFP
En quoi cette canicule aura un impact « catastrophique » sur les espèces animales et végétales. (photo d’illustration de vignes à la Sauve Majeure, dans le sud-ouest de la France, le 18 juin)
La fournaise n’épargne pas les espèces végétales et animales. Difficile à supporter pour les humains, la forte canicule qui frappe l’Hexagone n’est pas plus tendre avec les plantes et les animaux. Déjà éprouvés par un coup de chaud précoce et inédit en mai, ils subissent de plein fouet l’emballement des températures avec de possibles conséquences sur la biodiversité et l’agriculture. Au point que dans une série de messages publié sur X le 18 juin, le docteur en agroclimatologie Serge Zaka s’inquiétait des « conséquences catastrophiques » pour « la vie animale et végétale ».
Chez les plantes, particulièrement chez les espèces peu habituées aux fortes chaleurs, ces vagues engendrent un « fort stress physiologique », explique au HuffPost Jonathan Lenoir, chargé de recherche en écologie au CNRS et affilié à l’Université de Picardie. « Certaines espèces sont adaptées et pas ou peu impactées », explique le spécialiste, citant l’exemple des « espèces méditerranéennes qui gardent l’eau au maximum au sein de leur organisme et la redistribuent peu ».
En face, les « arbres ou les plantes de forêts tempérées ne vont pas forcément bien réagir au manque d’eau ». « Beaucoup ont le réflexe de puiser beaucoup d’eau dans le sol pour réguler leur température par la photosynthèse », décrit Jonathan Lenoir. En clair : ces espèces acheminent l’eau vers leurs feuilles où elles la libèrent par « transpiration ». Cette technique, régule la température de la plante, mais aussi celle de son environnement proche. « Mais il faut que le sol ne soit pas trop sec et que de l’eau soit disponible », pointe Jonathan Lenoir, sinon la plante ne « prendra plus le risque de transpirer ».
Un redoutable effet « sèche-cheveux »
Cet arrêt de la transpiration rend les feuilles plus vulnérables à la chaleur : elles peuvent brûler ou tomber plus tôt. En forêt comme en ville, « la climatisation naturelle » permise par l’arbre est sévèrement réduite. Pire, l’arbre peut alors devenir une « petite fournaise » d’après le spécialiste, puisqu’il « emmagasine de la chaleur » et empêche en partie le brassage de l’air.
Cet effet se ressent particulièrement la nuit avec ce que Jonathan Lenoir décrit comme un « effet couette » : la canopée limite l’évacuation de la chaleur sous les branches, qui se sont elles-mêmes réchauffées au cours de la journée.
Serge Zaka soulignait un autre facteur agravant pour les plantes : le vent qui participe d’un desséchement des végétaux « à une vitesse fulgurante » et peut augmenter « le risque de feu de forêt et de moisson ». Interrogé par Paris Match ce mardi, il insiste sur la « répétition des évènements » météo qu’il juge particulièrement « inquiétante ». « On a déjà eu une sécheresse au printemps, une première canicule en mai, égraine le spécialiste, l’eau [...] va manquer. » La combinaison du vent, des températures élevées et du manque d’eau conduit à une « sécheresse éclair » – aussi appelée « effet “sèche-cheveux” » – désastreuse pour les plantes.
« On est face à quelque chose d’inédit »
La situation n’est pas plus rassurante pour les cultures. « C’est inédit », a prévenu Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri, agronome à l’INRAE, lors d’une conférence de presse fin mai, après la première vague de chaleur qui a déferlé sur l’Hexagone. Les « températures dépassent ce à quoi les plantes sont habituées » et frappent les cultures à des périodes où elles n’avaient, jusque-là, « pas du tout été confrontées » à une telle montée du mercure, a rappelé ce spécialiste de l’impact du changement climatique sur l’agriculture.
« Tous ces changements » rendent difficiles l’anticipation précise des conséquences des vagues de chaleur, a-t-il estimé, avant d’évoquer les effets que pourraient avoir les coups de chaud sur les cultures. « Pour celles d’hiver comme le blé ou l’orge, qui se trouvent dans la phase de maturation des grains, [...] on sait qu’on va avoir certainement des récoltes très précoces », a-t-il décrit.
Pour ce qui est des « espèces fruitières », l’effet sera « peut-être beaucoup moins marqué » pour celles « en fin de cycle », juge Iñaki Garcia de Cortazar-Atauri. Les espèces « en début de cycle » – encore en floraison ou qui l’ont terminée il y a peu – l’impact pourrait être plus marqué, notamment sur « la taille des fruits » ou avec des « pertes de qualité », notamment pour la vigne.
Les animaux suffoquent (et l’agriculture trinque)
Dans la fournaise de ce mois de juin, les espèces animales vont aussi payer le prix fort, comme l’a exposé le zootechnicien et directeur de recherche à l’INRAE, David Renaudeau, en conférence de presse fin mai. « La température a un peu de mal à descendre pendant la nuit » et les animaux, « comme l’humain », ont des difficulté pour « récupérer ». Pour les éleveurs, cela se manifeste par « une baisse du niveau de production de viande, de lait ou d’oeufs », a décrit David Renaudeau.
Ces effets ne se cantonnent pas à la seule vague de chaleur, ils « perdurent une fois qu’elle est terminée », a prévenu le zootechnicien. « La qualité des produits peut aussi varier », a-t-il ajouté, évoquant « des oeufs d’un plus petit calibre » ou « plus fragiles ». Ces effets peuvent, eux aussi, causer « des pertes de revenu pour l’éleveur ».
La flambée du mercure provoque aussi une « surmortalité des animaux », largement constatée lors de « précédentes vagues de chaleur en 2003 ou 2006, où on pouvait avoir 10 % de mortalité en plus chez les vagues laitières », expose David Renaudeau. « Les animaux confinés » comme les porcs ou les volailles sont aussi particulièrement à risque, « en particulier quand il y a un problème de ventilation dans les bâtiments », pointe le spécialiste. À ces conséquences déjà désastreuses de la chaleur s’ajoutent des « effets sur la disponibilité et la qualité des ressources végétales » et le risque d’observer une « réémergence de maladies de type zoonose » – de quoi, là aussi, « provoquer des pertes importantes ».
Les animaux hors élevage ne sont pas en reste. La chaleur va aussi faire des ravages chez certaines espèces sauvages, notamment les oiseaux. « On s’attend à une hécatombe », affirme Serge Zaka dans Paris-Match, rappelant que « les oiseaux [...] qui nichent sous les toits » sont « une très grosses problématique ». La canicule n’épargne pas non plus les animaux domestiques et les associations comme PETA appellent les propriétaires à la prudence, les invitant par exemple à ne pas les laisser dehors l’après-midi ou à surveiller leur hydratation.


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