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Hódmezővásárhely, son nom imprononçable pour les non-Hongrois, son splendide hôtel de ville aux allures de château, sa grande rue commerçante, noire de monde ce mardi soir à la nuit tombée. La foule scande des "Árad a TISZA ! " en attendant Péter Magyar, en retard pour son quatrième et dernier meeting d'une journée ordinaire de campagne pour lui. "La Tisza déborde !", comme l'affluent du Danube qui coule non loin de la ville, mais surtout comme le nom de son jeune parti, créé il y a moins de deux ans et dont la vague menace d'emporter le Premier ministre nationaliste-conservateur Viktor Orban aux élections le 12 avril.
"C'est la première fois que je vais à un rassemblement politique. J'étais un peu anxieuse, mais l'ambiance est très cool en fait", constate Evelin, vingt ans, apprentie pâtissière, qui n'a jamais connu personne d'autre que Viktor Orban au pouvoir. Elle n'avait pas l'âge de voter il y a quatre ans, lorsque le parti de ce dernier, le Fidesz a largement remporté ses quatrièmes élections d'affilée, face à une large coalition d'opposition. "On n'a jamais parlé politique chez moi, mais j'ai décidé de me politiser et de prendre mon avenir en main. Ça a même contaminé ma mère, qui va aller voter pour la première fois de sa vie !"
Voter pour Peter Magyar bien sûr, l'avocat de quarante-cinq ans issu du sérail du Fidesz et qui jure, aujourd'hui, de faire rendre gorge à son "système de criminalité national".
Peter Magyar, le renégat en croisade contre Viktor OrbanUn habile tribun
Le voilà qui remonte la rue et fend la foule, drapeau national en main, sous les applaudissements. Dans cette ville de quarante mille habitants, située dans le sud de la Hongrie à quelques dizaines de kilomètres de la Roumanie et de la Serbie, plusieurs milliers de personnes sont venues voir le phénomène.
"Je ne les ai pas vus, ils sont garés où les bus ? Vous n'êtes pas venus avec les "Fibus" de l'agence de voyages du Fidesz ?" lance-t-il une fois sur scène. Rires dans l'assemblée où des centaines de torches ont été allumées, comme à chacune de ses railleries contre ses adversaires. À la peine, le parti du Premier ministre affrète en effet des autocars de toute la région pour mobiliser ses partisans. Avec un sens aigu de la démagogie et de la formule, le challenger moque les tendances autoritaires et paranoïaques du pouvoir, ringardise ses caciques et leurs méthodes "pires que celles des heures les plus sombres du communisme", et ridiculise Viktor Orban, le "Dracula des fonds publics".
L'espoir d'un changement
Présent trois jours plus tôt dans la ville, le Premier ministre a été reçu par un comité d'accueil hostile composé de militants Tisza, qui perturbent désormais chacun de ses rassemblements, aux cris de "Bâtards de Fidesz !". En guise de réplique, le bras droit de Viktor Orban, le ministre des Transports Janos Lazar, grand propriétaire terrien et figure politique locale, a filé la métaphore : la Tisza prend sa source en Ukraine, elle charrie des déchets ukrainiens, et si elle déborde rapidement, son niveau baisse encore plus vite après les crues.
L'ascension de l'opposant hongrois Peter Magyar oblige Viktor Orban à redescendre dans l'arène politiqueSi Peter, un retraité très élégamment vêtu, est venu, c'est "pour entendre une autre voix que celle de la peur, à la télé et à la radio" et parce que "ces élections sont tout ce qu'il reste de notre démocratie". Dans l'espoir également que ses enfants partis à l'étranger puissent revenir dans un pays qui n'est pas pillé par un clan. À la "politique de la peur", Péter Magyar oppose délibérément un projet fraternel et rassembleur pour les citoyens, qu'ils soient "chrétiens ou athées, de gauche ou de droite, des villes ou de la campagne… "
Promesse de "nettoyage"
Dopé par des sondages mirobolants (qui lui donnent jusqu'à vingt points d'avance), le jeune prétendant au pouvoir fait dans la surenchère. "Plus que dix-neuf jours avant notre grande victoire. Tic-tac tic-tac…", égrène-t-il. Président de la République, procureur général, présidents de tribunaux, de la Cour des comptes, membres de la Cour constitutionnelle… ll promet de les destituer tous une fois au pouvoir. Ainsi que la prison pour les têtes du régime. "Menottes, menottes, barreaux, barreaux", menace-t-il, après les révélations d'une nouvelle "barbouzerie" contre son parti, le matin même.
Le média d'investigation Direkt36 a en effet mis au jour une sordide opération destinée à prendre le contrôle des outils informatiques de Tisza pour saboter la campagne du parti. Les services secrets hongrois auraient manipulé la police pour effectuer une perquisition chez deux supposés pédocriminels… qui sont en réalité des personnes en charge de la sécurité informatique de Tisza. "Pire que le Watergate, un Orbangate" selon Peter Magyar, qui s'apparente selon lui à "un coup d'État contre la Hongrie libre".
L'ombre du Kremlin plane sur une campagne électorale hongroise en surchauffeDans cette atmosphère délétère, Nóra, travailleuse sociale de 50 ans, redoute que les choses ne dérapent. "Ils sont prêts à tout pour conserver leur pouvoir : annuler les élections, contester les résultats, etc. " Comme tous ceux présents ce mardi soir, elle affirme ne plus supporter la haine et la division, les combats permanents contre des ennemis imaginaires. Notamment contre le président ukrainien Volodymyr Zelensky, désormais affiché dans tout le pays comme l'ennemi public numéro un. "Comme si ce n'était pas Poutine qui avait commencé la guerre… ".
Le 12 avril, Nóra espère dire au revoir à celui qui gouverne le pays depuis seize ans. Et, à l'instar de Peter Magyar et du slogan en russe qu'arborent les t-shirts de ses partisans, proclamer à son tour "Tovarisi konyec !" : "C'est fini, camarade !"
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