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FIGAROVOX/TRIBUNE - L’Italie présente un bon bilan économique en 2025. L’entrepreneur Edoardo Secchi note une seule ombre au tableau : la Bourse de Milan est fragilisée par la fuite d’entreprises et de capitaux.
Edoardo Secchi est entrepreneur et président fondateur du Club Italie-France.
L’année 2025 reste un exercice positif pour l’économie italienne, qui affiche une résilience supérieure dans certains domaines par rapport à l’Allemagne et à la France, mais révèle un paradoxe : alors que le pays bat des records d’exportation et d’emploi, la Bourse de Milan continue de perdre des entreprises, illustrant les tensions entre la solidité de l’économie réelle et les fragilités du marché financier.
Malgré un ralentissement en Chine et des incertitudes commerciales mondiales, le PIB progresse de +0,5 % selon l’ISTAT, tout en maintenant une résilience face aux difficultés rencontrées par plusieurs partenaires européens. Les comptes publics se consolident : le solde primaire passe de 9,6 mds€ en 2024 à environ 16 mds€ (+0,7 % du PIB projeté), tandis que le déficit recule à 2,9 % du PIB (contre 3,3 % estimé), validant la sortie de la procédure UE confirmée en 2026.
Le commerce extérieur maintient une dynamique robuste, atteignant 729 mds$ (selon l’OCDE, dollars courants), avec un excédent de 50,7 mds€ (+3,3 %, malgré les tarifs américains). Hors énergie, le surplus atteint un record de 97,6 mds€. Ce surplus hors énergie constitue un record absolu depuis 1993 : si la performance de l’époque était portée par la dévaluation compétitive de la lire, celle de 2025 scelle la compétitivité qualitative de l’industrie italienne sous l’ère de l’euro.
Fait marquant : l’Italie dépasse le Japon en valeur des marchandises exportées au troisième et quatrième trimestre 2025, devenant le quatrième exportateur mondial. Sur l’année, la progression italienne figure parmi les plus dynamiques du G20, juste derrière l’Argentine (+9,3 %). Par rapport aux principaux partenaires, la croissance dépasse nettement celle de la France (+7,3 %), des États-Unis (+6 %), de l’Allemagne (+5,4 %), du Japon (+4,7 %) et du Royaume-Uni (+2,6 %). La percée est particulièrement spectaculaire hors UE : Turquie (+25 %), ASEAN (+12 %) et pays de l’OPEP (+8 %).
Le déficit énergétique se réduit nettement (de -54 à -47 milliards d’euros), grâce à une part croissante des renouvelables (45 % du mix électrique) et à une baisse de 30 % des importations de gaz. Les projets de petits réacteurs modulaires nucléaires (SMR) prévus dès 2028 devraient renforcer cette tendance à moyen terme. Le marché du travail atteint un nouveau record : 24,1 millions d’occupés (+62 000 sur un an selon ISTAT). Le taux d’emploi atteint ainsi un niveau historique de 62,5 %, et le chômage recule à 6,2 %, une performance remarquable dans un contexte démographique difficile.
Les grandes entreprises et PME italiennes quittent la Bourse, attirées par la liquidité et les primes offertes par le private equity (capital-investissement).
La solidité de l’économie ne profite pas à la place financière de Milan qui déplore 29 delistings contre seulement 21 introductions en 2025. Malgré un record historique de capitalisation — 1 077 milliards d’euros en 2025 (+28,8 % sur un an), elle fait face à un véritable exode des capitaux italiens. En dix ans, plus de 100 milliards d’euros de valeur se sont évaporés de la cote officielle à travers 336 retraits. Les causes sont multiples. Les grandes entreprises et PME italiennes quittent la Bourse, attirées par la liquidité et les primes offertes par le private equity (capital-investissement). Pour de nombreux dirigeants, la cotation n’est plus un levier stratégique. Les contraintes réglementaires, la volatilité et les faibles valorisations renforcent cette tendance. Le financement familial domine (70-75 %), limitant le flottant et comprimant les cours : ce «modèle italien», longtemps valorisé pour sa stabilité, se retourne aujourd’hui contre Piazza Affari. Le coût du crédit bancaire demeure élevé, avec des taux supérieurs à la moyenne de la zone euro. Ce différentiel, qui atteint 350 à 400 points de base pour les PME, pénalise l’autofinancement et réduit mécaniquement l’attractivité de la cotation.
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En 2025, 80 % des delistings concernent des entreprises familiales, souvent rachetées à prix majoré par des fonds privés. Les multiples P/E (price-earnings), qui mesurent combien les investisseurs sont prêts à payer une action au regard des bénéfices qu’elle génère, demeurent en moyenne 30 % inférieurs à ceux observés sur les grandes places européennes, accentuant la vulnérabilité aux OPA.
Parallèlement, l’arbitrage réglementaire s’intensifie : des groupes emblématiques comme Exor, Ferrari ou Campari ont transféré leur siège ou leur cotation vers Amsterdam, utilisant des droits de vote multiples pour préserver le contrôle familial tout en attirant des capitaux internationaux.
Enfin, la transition générationnelle constitue une bombe à retardement silencieuse : près de 300 Mds€ d’actifs familiaux seront concernés d’ici 2033. Entre 80 et 90 % des entreprises italiennes sont familiales, générant 80 % du PIB et employant 75 % de la main-d’œuvre. Chaque année, 35 000 à 50 000 entreprises entament une succession, mais seules 30 % survivent à la deuxième génération. Le risque est clair : ces actifs pourraient alimenter des ventes privées plutôt que des IPO, compromettant le renouvellement entrepreneurial et la dynamique du marché coté.
Sans un engagement accru des acteurs financiers, ce paradoxe pourrait freiner la trajectoire positive de l’économie italienne et fragiliser durablement la capitalisation de la Bourse de Milan.


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