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L’Iran à l’heure des choix

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Hamid Gharavi avocat aux Barreaux de Paris et New York, spécialisé en arbitrage international

Publié le 08 janvier 2026 à 15:57. / Modifié le 08 janvier 2026 à 15:57. 4 min. de lecture

A moins que plusieurs appareils sécuritaires aient pu être affaiblis par des puissances étrangères, la République islamique d’Iran ne semble pas pouvoir tomber. Du moins, pas cette fois. Le mouvement n’a pas assez d’ampleur. Les mécontents sont trop absorbés à boucler leurs fins de mois, frappés par l’hyperinflation, les privations matérielles mais aussi de liberté pour manifester. Ils savent qu’ils seront réprimés d’autant plus qu’à l’étranger, des ennemis revendiquent jouer un rôle dans cette nouvelle révolte, trop proche de la guerre des douze jours pour s’en dissocier. Ils savent aussi qu’il n’y a aucune opposition crédible et organisée. Le fils du shah que certaines puissances agitent, peut-être comme un chiffon pour masquer un autre plan, n’a ni la légitimité ni l’étoffe pour renverser et tenir l’Iran. Trop d’Iraniens encore craignent le chaos ou une mainmise étrangère. Si les Iraniens souhaitent un changement significatif et urgent, ils privilégient toujours une évolution interne. Mais pour combien de temps encore?

Frappés par les restrictions économiques et civiles depuis 1979, les Iraniens se persuadent que les risques à prendre sont justifiés, que le système n’est pas réformable et que même une mainmise étrangère serait plus acceptable que de subir leur sort ad vitam. Trump leur donne en plus quelques ailes en leur faisant miroiter un soutien militaire, certes peu probable, mais pas impossible, vu l’attaque américaine lors de la guerre des douze jours, l’intervention récente au Venezuela, et le fait que l’Amérique semble être en roue libre. Il y a aussi la redistribution des cartes en cours entre les grandes puissances, avec le risque pour l’Iran de devenir une monnaie d’échange entre les acteurs et non pas l’un d’eux. Et les autorités ne peuvent plus jouer la montre, exercice dont elles ont abusé. Dans ces circonstances, elles devraient être pragmatiques. Cela ne veut pas dire capituler et plier bagage, mais faire la paix. Tout d’abord avec les Iraniens.

Incompétence, clientélisme, pauvreté, isolement

La révolution de 1979 devait être fédératrice et respecter les libertés et toutes les tendances. Elle a été détournée vers un système qui a mis à l’écart beaucoup de libertés et d’Iraniens, dont la fraction laïque. Le pays et les postes sont mobilisés par et pour une seule composante. L’incompétence et le clientélisme sont omniprésents, tout comme la corruption, désormais dénoncée ouvertement. Personne n’est à sa place. Certains postes sont tenus, pour reprendre l’expression du président lui-même, par des personnes qui ne pourraient pas tenir une épicerie. Les services de renseignement sont partout et se trompent parfois de cibles ou de priorités. Tout le monde en fait les frais, au point de préférer l’inertie à toute action. Les citoyens les plus professionnels, les plus qualifiés et patriotes que comporte le pays, sont écartés. Ce au motif qu’ils sont d’une sensibilité différente ou possèdent, eux ou leurs enfants, une citoyenneté étrangère, ce qui se fonde sur une loi désuète promulguée dans un autre contexte. Règle dépassée mais aussi perverse, car la politique du pays a fait en sorte que le passeport iranien ne vaut plus rien, et que le seul moyen de voyager est d’obtenir une citoyenneté étrangère.

Le rial iranien ne vaut plus rien non plus. Les femmes iraniennes subissent la situation rétrograde que nous connaissons. Il n’y a plus de visiteurs étrangers. Aucun vol direct avec l’Occident. Les Iraniens sont coupés du système bancaire international. Nous sommes devenus pauvres. Pas d’eau. Pas d’électricité. Peu de joie de vivre. Les parents cumulent les emplois pour survivre. Les jeunes triment. La vente d’organes, la consommation de drogue, et la prostitution prospèrent. Même les plus apolitiques des familles fuient, éclatées et déclassées. Tout comme les talents et les capitaux. La qualité de l’enseignement a baissé. La voix de l’Iran ne compte pas assez. La population se méfie de la religion. Certaines infrastructures sont dans un état lamentable. En d’autres termes, c’est un carnage.

Faire la paix avec le peuple et un référendum pour le consulter

Si les autorités méritent du crédit pour avoir défendu l’intégrité territoriale et pour avoir su développer un arsenal militaire autonome et dissuasif, et bénéficient de circonstances atténuantes, quarante-sept ans plus tard, nous nous approchons du fond. Ceci n’est pas une invitation aux dirigeants à partir. Qui oserait. Celle-ci ne serait ni juste, ni fédératrice, et encore moins pragmatique. Mais c’est une invitation à la raison. A un acte patriotique.

Celui-ci pourrait prendre la forme du retrait de certains privilèges de la nomenklatura, notamment en privatisant certaines industries, et celui du clergé de certaines affaires politiques, comme l’avait envisagé au moment de la révolution l’ayatollah Khomeiny, en préservant quelques prérogatives constitutionnelles. Nul besoin de modifier fondamentalement la composante militaire qui a préservé l’unité territoriale. Il suffirait d’ouvrir la gouvernance aux autres fractions et aux professionnels iraniens hautement qualifiés, en Iran et à l’étranger, pour qu’ils puissent gouverner dans leurs domaines de compétence, et ce, dans un environnement réformé et plus laïque. Cela nécessiterait des ajustements constitutionnels, sous forme d’un référendum.

Faire la paix avec le monde

La puissance d’un pays et de son gouvernement vient de l’adhésion de son peuple, et non pas seulement de son arsenal sécuritaire. Elle vient également de sa puissance économique, qui fait aussi défaut, tout comme la place de l’Iran est insuffisante sur la scène internationale. Ce serait l’occasion de sonder le peuple sur ces questions et sur son degré d’attachement à l’enrichissement de l’uranium, l’autre volet à traiter, soit la paix avec le monde.

Les Occidentaux, y compris les Etats-Unis et Israël, n’ont pas vocation à demeurer nos adversaires stratégiques. Ils ne sont d’ailleurs pas nos ennemis historiques mais des anciens alliés avec lesquels nous sommes fâchés et avec lesquels nous avons des sujets à traiter, dont la ligne rouge est l’indépendance, qui ne passe pas forcément par un enrichissement démesuré, la ligne rouge de l’Occident. A moins que ces lignes ne soient des prétextes, nous pouvons, et devons, donc nous entendre.

Hamid Gharavi est spécialisé en arbitrage international et règlement des différends impliquant les Etats. Il est notamment intervenu comme conseil ou en tant qu’arbitre dans des différends impliquant l’Etat et les entités iraniennes.

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