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L’IA en médecine : de plus en plus populaire, malgré les risques

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Les professionnels de la santé canadiens utilisent de plus en plus l’intelligence artificielle (IA) pour réduire leur temps passé aux tâches administratives. Malgré les risques de cet outil imparfait, des docteurs estiment qu’il est là pour rester… si les patients l’acceptent.

C’est une scène de plus en plus commune dans les cabinets de médecin partout au Canada.

La docteure ou l’infirmière praticienne accueille le patient dans la salle d’examen. Les deux échangent peut-être quelques mots, mais, avant d’aller plus loin, on demande : Consentez-vous à l’utilisation de l’IA pour documenter votre consultation aujourd’hui?

Si c’est le cas, un microphone enregistrera toute la conversation, la retranscrira en temps réel, et l’organisera en notes cliniques pertinentes dans le dossier du patient.

La Dre Geneviève Rochon-Terry, à l’hôpital St. Michael’s de Toronto, l’a rapidement intégré dans sa pratique : elle emploie un outil IA de transcription dans la moitié des rendez-vous.

Geneviève Rochon-Terry.

La Dre Geneviève Rochon-Terry trouve qu’elle économise du temps grâce à la transcription par intelligence artificielle.

Photo : Radio-Canada

Je trouve que ça enlève beaucoup de travail mental, j’ai moins besoin d’être sur mon clavier en même temps que de parler à mon patient, dit-elle.

Le temps ainsi libéré pendant l’entretien doit toutefois être récupéré après le départ du patient. C’est la responsabilité de la Dre Rochon-Terry de s’assurer que les notes correspondent réellement à ce qui s’est passé. Et ça n’est pas toujours le cas.

Parfois, l’IA peut créer des choses qu’on n’a jamais dites ou ajouter des mots ou des faits […] des pressions artérielles complètement fausses, affirme la Dre Rochon-Terry.

Il est donc nécessaire de systématiquement réviser ces notes après chaque entretien, confirme-t-elle.

Les hallucinations, un piège à éviter

Ces fantaisies de la part des modèles de transcription par IA ont fait l’objet d’un récent rapport de la vérificatrice générale de l’Ontario. Shelley Spence s’est penché sur la liste de fournisseurs de modèle approuvés par la province pour l’usage des professionnels de la santé.

Les évaluateurs ont relevé des inexactitudes dans les notes médicales générées par la plupart des systèmes de transcription par IA des fournisseurs approuvés, peut-on lire dans le rapport. Ces inexactitudes comprenaient des renseignements erronés, des fabulations d’IA et des renseignements complets.

La vérificatrice générale mentionne même des hallucinations qui auraient pu avoir un effet sur la santé du patient, s’ils n’avaient pas été repérés : des notes comportaient notamment l’affirmation qu’il n’y avait aucune masse trouvée, même si cette information n’avait jamais été mentionnée.

Le Dr Rajesh Girdhari, qui travaille pour l’équipe de médecine familiale de l’hôpital St. Michael’s de Toronto, corrobore ces constats.

Rajesh Girdhari.

Le Dr Rajesh Girdhari dit avoir constaté de rapides progrès dans la technologie de transcription au cours des cinq dernières années.

Photo : Radio-Canada

C’est vraiment important de relire toute la documentation qui est générée par l’IA, dit-il.

Le médecin torontois affirme toutefois avoir vu la technologie de transcription s’améliorer rapidement, en l’espace de deux ans.

C’est toujours en train d’avancer. Je ne trouve pas beaucoup d’erreurs, moins d’erreurs maintenant, affirme le Dr Girdhari.

Les professionnels de la santé n’ont toutefois pas le temps de faire le tri des différents modèles pour déterminer quels logiciels sont fiables, selon lui.

Cela fait justement partie de la mission d’Inforoute santé du Canada. Cet organisme indépendant entièrement financé par des subventions fédérales a fourni des licences gratuites de logiciels de transcription par IA à quelque 12 000 cliniciens à travers le pays.

Inforoute soutient avoir travaillé avec les provinces et les territoires pour arriver à une liste de fournisseurs préqualifiés, un gage de qualité qui épargne à chaque établissement de santé d’avoir à lancer un processus de procuration.

Un médecin décortique les notes prises avec l’outil de scribe médical.

Les médecins de famille sont de plus en plus nombreux à avoir recours à des logiciels d’intelligence artificielle dans leur pratique, comme ici à Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Antoine Proulx

Les solutions sont vraiment conçues pour soutenir. Ce n’est jamais de remplacer un jugement clinique, insiste la vice-présidente d’Inforoute santé du Canada, Krista Balenko. Les cliniciens restent responsables [de] la révision, [de] la validation et de finaliser la documentation avant que ça soit intégré dans le dossier du patient.

Selon les données collectées et colligées par l’organisme, l’adoption de cette technologie préqualifiée est un succès : quatre cliniciens sur cinq ont constaté une réduction de leur charge cognitive, et près de 70 % ont dit avoir vu leur fardeau administratif diminuer, malgré le travail de révision subséquent.

Qu’en est-il de la vie privée?

Rien ne force un patient à accepter l’utilisation d’outils de transcription par IA. En cas de refus, le professionnel de la santé n’aura alors qu’à écrire ses notes en temps réel ou après la consultation.

Mais pour ceux qui y consentent, la question du stockage des données se pose : par où passent les informations confidentielles du patient avant d’être condensées dans son dossier? En reste-t-il une trace dans un serveur externe?

Encore une fois, les établissements de soins de santé ontariens peuvent s’en remettre à la liste de fournisseurs approuvés par la province s’ils n’ont pas les moyens d’enquêter eux-mêmes sur la robustesse des contrôles de protection de la vie privée des outils de transcription par IA.

Cependant, la vérificatrice générale de l’Ontario a constaté des lacunes dans les contrôles de sécurité de ces systèmes. Un soumissionnaire pourrait même obtenir la pire note possible au critère de contrôles de sécurité et tout de même atteindre la note globale minimale exigée pour être approuvée à titre de fournisseur attitré.

Il revient pourtant au gouvernement de mettre en place des garde-fous pour s’assurer de la protection des données des patientes, estime le président de l’Association médicale canadienne, Bolu Ogunyemi.

Cela passe en partie par le soutien aux solutions locales, aux assistants par IA développés localement, car nous en avons les moyens dans ce pays, affirme-t-il.

Mark Carney essaie un simulateur de chirurgie, dans un hôpital de Toronto.

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a choisi un hôpital pour faire l’annonce de sa stratégie sur l’intelligence artificielle. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

La stratégie nationale sur l’IA publiée par le gouvernement fédéral plus tôt ce mois-ci comporte notamment des investissements dans la protection des données dans le secteur de la santé, et le développement d’outils fabriqués au Canada.

Quels qu’en soient les risques toutefois, la transcription par IA continue de séduire bien des cliniciens.

Pour la Dre Rochon-Terry, il n’y a plus de retour en arrière possible, même lorsque l’abonnement subventionné qu’elle utilise expirera.

S’il n’y a pas d’autres options qui se présentent, je pense que je vais l’acheter moi-même, conclut-elle.

D’après les informations de Mirna Djukic

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