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Mes chers libertariens de l'Absurdistan, la France vient d'inventer un genre de chantier que même Bruxelles, dans ses plus belles heures d'inspiration réglementaire, n'avait pas su concevoir : le chantier qui coûte plus cher à défaire qu'à faire. Quatre réserves d'eau, en Charente-Maritime. Cinq millions six cent mille euros pour les creuser en 2010. Dix millions pour les reboucher. Le tribunal administratif de Poitiers a tranché le 23 juillet : suppression totale, trois ans pour remettre les lieux en état.
En état de quoi, on n'ose pas demander. En état de champ.
Reprenons, parce que la mécanique vaut le détour. En 2010, neuf agriculteurs regroupés en association syndicale autorisée — le mot est dans le nom — achèvent quatre réserves pour irriguer huit cent cinquante hectares. Autorisées par la préfecture. Financées à soixante-trois pour cent sur fonds publics. En 2018, le préfet leur demande de régulariser et leur prescrit au passage des mesures pour garantir un niveau d'eau constant. En 2023, le Conseil d'État juge les ouvrages illégaux : surdimensionnés par rapport à la ressource. En 2026, on ordonne la démolition.
Miljaardedju. L'État a signé, l'État a payé, l'État a fait rectifier, l'État fait détruire. À aucun moment, dans cette histoire de dix-sept ans, l'État ne se retrouve devant un juge.
Le tableau ne s'intitule pas Ceci n'est pas une réserve d'eau. Il s'intitule Ceci n'aurait pas dû être creusé. Au mur, une horloge dont les aiguilles remontent, et sous le cadre une légende administrative que Magritte aurait trouvée trop belle pour être vraie : remise en état initial. Traduisons. Trois millions et demi d'argent public pour faire un trou. Dix millions pour faire disparaître le trou. Et au bout de vingt ans, un champ. Le même champ.
Imaginez la scène. Le géomètre déroule son plan sur le capot de la camionnette. Qui paie la démolition ? Les irrigants. Qui a signé l'autorisation ? L'administration. Qui a versé la subvention ? L'administration. Et que doit l'administration ? Rien. Elle a évolué.
Et l'asymétrie, mes amis du Pays-des-Cartésiens, l'asymétrie est splendide. On demande à neuf exploitants de réparer sur leurs deniers une erreur qu'ils n'ont pas commise, dans un pays où l'on ne trouve jamais personne pour réparer celles de ceux qui autorisent. Le bureau qui a instruit le dossier n'est pas redressé. Le préfet qui a signé n'est pas inquiété. L'agence qui a subventionné ne rend pas l'argent. Seul l'agriculteur qui a fait exactement ce qu'on lui disait de faire sort du tableau. La République ne corrige jamais celui qui l'a autorisée ; elle corrige celui qui l'a crue.
Et pendant que la chose s'écrit, le pays a soif, brûle par endroits, et s'apprête à dépenser dix millions d'euros pour retirer de l'eau du paysage.
Une dernière question, à méditer devant votre café tiède. Quand l'État aura fini de faire payer aux administrés le prix de ses propres autorisations, sur quelle base leur fera-t-il payer le prix de ses interdictions ?
Réfléchissez. Et n'attendez plus qu'un papier soit signé pour croire que vous avez le droit.





























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