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L’entrée de Marc Bloch au Panthéon ramène le RN à ses origines (et l’oblige à se justifier)

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Fondé par d’anciens Waffen-SS, le parti d’extrême droite a été tenu à l’écart de l’hommage rendu à l’historien et résistant français.

Jordan Bardella en juin 2026.

WOJTEK RADWANSKI / AFP

Jordan Bardella en juin 2026.

Mardi 23 juin au soir, des invités triés sur le volet se sont pressés sous l’immense dôme du Panthéon. L’historien et résistant Marc Bloch, fusillé par la Gestapo en juin 1944, a fait son entrée dans ce temple républicain aux côtés de son épouse, Simonne. Parmi les VIP (ministres, députés, sénateurs...) venus assister à la cérémonie, aucun n’était membre du RN.

Et pour cause : le parti d’extrême droite a été tenu à l’écart par les descendants de Marc Bloch qui, compte tenu de son parcours, ne souhaitaient pas que cette formation politique soit représentée. « Le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père », avait tonné la petite-fille de l’historien, Suzette Bloch, le matin même sur France Inter. Selon elle, Marc Bloch était un « antifasciste », « un démocrate, un homme de gauche ».

Voilà qui renvoie le RN à ses origines, le parti ayant été fondé par d’anciens miliciens et des Waffen SS réunis autour de Jean-Marie Le Pen. Parmi eux : Pierre Bousquet, qui restera trésorier du Front national durant de longues années, François Brigneau, vice-président du parti pendant un an, ou Léon Gaultier.

En pleine opération de normalisation, et alors qu’il fait figure de favori pour la prochaine élection présidentielle, le RN d’aujourd’hui n’apprécie pas d’être constamment renvoyé à son histoire. Les propos de Suzette Bloch ont donc été (très) mal reçus en interne. La députée Laure Lavalette a même annoncé saisir l’Arcom. Jean-Philippe Tanguy a bien dénoncé des « propos indignes et faux », et Sébastien Chenu « regretter ce genre de propos et de polémique stérile », le mal est fait.

Même dans l’écosystème médiatique, parmi les éditorialistes marqués à droite ou à l’extrême droite, on tente s’insurge de la place réservée au RN. « Enrôler un homme mort sous les balles nazies dans l’antifascisme d’opérette d’aujourd’hui, c’est indécent », s’est indignée Élisabeth Lévy sur Sud Radio, quand Eugénie Bastié, chroniqueuse sur CNews, « trouve très choquant que la petite-fille de Marc Bloch ait refusé la présence du RN à cette cérémonie ».

« Réviser l’histoire de son propre parti »

S’adressant directement à Jordan Bardella, qui a salué l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi fait le lien entre le Front national d’hier et le Rassemblement national d’aujourd’hui. « Vos fondateurs ont essayé d’assassiner [le résistant]. Ne croyez pas qu’on va croire à votre déguisement électoral ». « Il reste à Monsieur Bardella à réviser l’histoire de son propre parti », a aussi taclé le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard.

Pour tenter de se défaire du passé de leur famille politique qui leur colle à la peau tel un sparadrap, les cadres du RN ont joué la carte du détournement. En réécrivant quelque peu l’histoire. Ainsi Jordan Bardella a-t-il accusé Francis André, « qui milita pour le Parti communiste français dans les années 30 », d’avoir dénoncé Marc Bloch. Y voyant là la preuve « des crimes de la gauche ». Problème : si Francis André a bien été membre du PCF dans l’entre-deux-guerres, il l’a quitté dès 1936 pour suivre Jacques Doriot dans sa dérive collaborationniste. L’homme est même devenu garde du corps de Philippe Pétain.

« On ne discute pas de la Résistance avec des héritiers de la collaboration, s’agace le sénateur communiste Ian Brossat dans les colonnes de l’Humanité. L’extrême droite, qui a été disqualifiée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale multiplie les rideaux de fumée pour tenter de faire oublier son passé ».

Un passé antisémite

Autre contre-feu allumé par le RN : une photo prise mardi soir, au Panthéon, montre Suzette Bloch poser aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et de plusieurs députés LFI. La preuve, selon l’extrême droite, des accointances politiques de la petite-fille du résistant tombé sous les balles nazies. « Jean-Luc Mélenchon est l’héritier du salopard qui a balancé son aïeul », a même osé le député RN Julien Odoul dans une invraisemblable réécriture de l’Histoire. Dans l’entourage du candidat LFI à la présidentielle, on applaudit au contraire « une belle, vibrante et émouvante cérémonie de panthéonisation », dixit Éric Coquerel.

Ce n’est pas la première fois que la formation d’extrême droite est contrainte de se justifier sur son passé peu reluisant. Depuis plusieurs années, Marine Le Pen et sa garde rapprochée s’emploient notamment à faire du RN un parti qui « protège les Français de confession juive », se posant même en « bouclier ». La réalité est que Jean-Marie Le Pen, président historique du Front national, a été condamné dès 1986 pour « antisémitisme insidieux ». Plusieurs de ses sorties, sur les chambres à gaz comme « point de détail de l’histoire » ou son jeu de mots sur Jean-Michel Durafour en 1988, l’ont conduit devant la justice.

Pas besoin de remonter si loin pour s’apercevoir que le groupe RN à l’Assemblée (présidé par Marine Le Pen) compte dans ses rangs un certain Frédéric Boccaletti, connu pour avoir vendu des ouvrages ouvertement antisémites dans une librairie qu’il tenait dans les années 1990. Bref, le sujet ne saurait être évacué si vite...

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