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C’est la soirée des ailes de poulet à la Légion royale canadienne d’Ailsa Craig, dans le Sud-Ouest de l’Ontario. Ce rendez-vous attire petits et grands. Pendant que certains, l’eau à la bouche, attendent impatiemment l’arrivée de leur commande, d’autres discutent avec enthousiasme de leurs projets pour la période des Fêtes.
Comme tous les derniers vendredis du mois, la salle est bondée, mais cette fois-ci, une installation improvisée attire aussi les regards de plusieurs. Sur une table, de nombreuses coupures de journaux rendent hommage à un homme originaire de la région, dont une photo récente est bien mise en évidence : celle de Jeremy Hansen, l’astronaute canadien qui s’apprête à survoler la Lune lors de la mission Artemis II.

Au fil des années, les journaux de la région de London ont publié de nombreux articles qui détaillent le parcours de l'astronaute Jeremy Hansen.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Elizabeth Russell, qui lui a enseigné à l’école maternelle, n’aurait pas pu rater l’occasion. Elle garde le souvenir du petit garçon adorable qu’était Jeremy Hansen.
Il était très authentique dans tout ce qu’il faisait, raconte-t-elle.

Elizabeth Russell avait déjà remarqué une grande curiosité chez Jeremy Hansen quand elle lui enseignait à l'école maternelle.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
La naissance d’une passion
C’est sur une ferme tout près d’Ailsa Craig, dans le Sud-Ouest de l’Ontario, que Jeremy Hansen a passé les premières années de sa vie.
Son père, Gary, se souvient qu’à l’âge de cinq ans, [son fils] était intéressé par les avions et fouillait dans des encyclopédies, où il a fini par découvrir Neil Armstrong et la Lune dans la section A.
C’est là qu’il a dit qu’il deviendrait astronaute. On n’y porte pas vraiment attention, parce que lorsqu'on est jeunes, on dit tous qu’on deviendra ceci ou cela, n’est-ce pas? relate M. Hansen.

Nancy et Gary Hansen croyaient initialement que l'ambition de leur fils Jeremy de devenir astronaute ne serait qu'éphémère, mais ils l'ont tout de même encouragé à atteindre ses objectifs.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Son épouse, Nancy, se souvient pour sa part de l’appel qu’elle avait reçu du directeur de l’école que fréquentait le jeune Jeremy. Après avoir remarqué que ce dernier était vraiment bon avec les ordinateurs, le directeur lui avait demandé si le couple était en mesure de lui en acheter un.
À cette époque, nous n’en avions pas les moyens, mais nous avons fini par lui en donner un pour Noël, raconte-t-elle.
Un vrai rêve pour moi de survoler la Lune
Ces moments de jeunesse demeurent très précieux pour Jeremy Hansen. En transformant par exemple la cabane que lui avait construite son père en fusée pour faire l’exploration de l’espace dans [son] imagination, il nourrissait déjà sa passion, fait-il remarquer.
Toutefois, il ne serait pas devenu astronaute s’il n’avait pas fait une chose importante, c'est-à-dire en parler à [ses] parents, à [ses] enseignants et à d’autres personnes.

Jeremy Hansen s'est intéressé à l'aviation depuis son jeune âge, comme en témoigne cette photo de lui à un spectacle aérien à London vers la fin des années 80.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
Quand je regarde le passé, c’est évident qu’on m’a aidé en m’encourageant à essayer des choses, comme les cadets de l’air, me joindre aux Forces [armées] canadiennes, en tant que pilote pour l’Aviation royale canadienne, déclare-t-il.
Maintenant, ça va être un vrai rêve [accompli] pour moi de survoler la Lune l’année prochaine.
Le simulateur à bord duquel il s’entraîne lui donne d’ailleurs un avant-goût de l’aventure dont il parle avec émotion.
Voir la Terre à partir de la Lune, ça va être quelque chose. J’ai hâte de [vivre] ça, j'ai aussi hâte de prendre des photos et de les partager avec des humains, ici sur Terre, affirme l’astronaute, qui jubile à l’idée que sa participation à la mission Artemis II fera du Canada le deuxième pays, après les États-Unis, à envoyer un humain en orbite autour de la Lune.
Avec les trois autres membres de l’équipage, il contribuera ainsi à tester la technologie de la nouvelle capsule Orion en vue d’un véritable alunissage lors de la mission Artemis III, prévue au plus tôt en 2027. D’autres missions plus complexes devraient suivre, chacune visant à franchir une étape supplémentaire vers la planète rouge : Mars.
J’ai confiance que je vais voir des humains marcher sur la surface de Mars de mon vivant.

Jeremy Hansen (à droite) sera un des membres de l'équipe de la mission Artemis II avec les Américains Christina Hammock Koch (à gauche), Reid Wiseman (assis) et Victor Glover. (Photo d'archives)
Photo : NASA/Josh Valcarcel
Dans cette perspective, le périple de 10 jours dans lequel il s'embarquera bientôt en vaut la peine, malgré des risques qui peuvent aller jusqu’à la perte d’équipage et qui rendent d’ailleurs sa mère très nerveuse, de l’aveu de cette dernière.
En plus de deux ans de préparation – la mission a connu des reports –, Jeremy Hansen et ses collègues ont appris à réduire les risques le plus possible, note-t-il, suivant même des formations en soins dentaires et en médecine d’urgence.
Un modèle pour les jeunes
Le parcours de Jeremy Hansen est suivi avec grand intérêt par la jeune Alethia McFarland, à Ingersoll, où l’astronaute a fait ses études secondaires après le déménagement de sa famille.
L’adolescente a du mal à croire que quelqu’un qui survolera bientôt la Lune a marché quotidiennement dans les mêmes couloirs qu’elle à l’Ingersoll District Collegiate Institute, il y a plus de 30 ans.
Ingersoll, c’est une petite ville : nous sommes surtout connus pour notre fromage. [...] C’est vraiment inspirant, dit-elle.
Dominic Espino, qui fréquente la même école, dit surtout admirer la détermination de Jeremy Hansen.
Cela me montre que même si on vient d’une petite ville, on peut accomplir de grandes choses, dit ce jeune homme qui rêve de devenir avocat.
Ces derniers propos résonnent chez l’enseignant Phil Raven, qui enseigne à cette école depuis 15 ans.
Ces jeunes sont généralement fiers de venir d’une petite ville, mais ils ont parfois l’impression d’être limités. [...] Jeremy Hansen nous montre que nous ne sommes même pas limités par cette planète, note-t-il.

Professeur d'anglais à l'Ingersoll District Collegiate Institute, Phil Raven a toujours été fasciné par l'espace. Il explique régulièrement à des groupes d'élèves l'objectif de la mission Artemis II.
Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga
C’est pour cela qu’il décrit régulièrement à des groupes d’élèves les grandes lignes de la mission Artemis II. Il tient d’ailleurs à leur souligner la diversité de l’équipage, qui comprendra aussi un premier Afro-Américain et une première femme à participer à une mission lunaire.
Il y a longtemps, il n’aurait pas été courant de voir nos élèves s’intéresser à la menuiserie, à la soudure et à la mécanique automobile autant qu’aujourd’hui. [...] C’est important de répéter aux élèves de tous les parcours qu’ils peuvent choisir la discipline, les sciences, les technologies ou les métiers qu’ils veulent, explique M. Raven.
L’école compte d’ailleurs organiser une séance de visionnement en direct du décollage de la capsule Orion. Une première fenêtre de lancement pourrait s'ouvrir dès février.
Becky Boyse, résidente d’Ingersoll, sera au rendez-vous devant son écran. Elle a versé quelques larmes en apprenant que son ami de longue date ferait partie de la mission Artemis II, parce qu’elle savait à quel point il l’avait souhaité.
Elle l’a rencontré au début de l’école secondaire, dans un cours d’anglais avancé. Elle a du mal à s’expliquer comment elle y a atterri, affirme-t-elle en riant. Toutefois, elle a rapidement remarqué Jeremy Hansen, un élève très intelligent et très concentré, qui ne badinait pas comme le reste de ses camarades.
C’était assez évident qu’il ferait quelque chose d’important.
À la Légion royale canadienne d’Ailsa Craig, entre deux ailes de poulet, Gerry Barbe montre à ses amis l'autoportrait qu’il a pris au printemps 2018 avec Jeremy Hansen et qu’il conserve précieusement dans son téléphone. L’astronaute était alors de passage à Ailsa Craig et, malgré un emploi du temps chargé, avait accepté de faire une tournée du festival local de courtepointes pendant près d’une heure, guidé par M. Barbe.
C’est la personne la plus célèbre originaire d’Ailsa Craig. [...] Oui, nous sommes fiers de lui.


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