
Introduction
Les bombes « de maintien de la paix » américaines
Des ogives nucléaires tactiques B-61 « bunker buster » de fabrication américaine sont stockées et déployées depuis plus de 20 ans par six pays européens, dont cinq États non nucléaires – à savoir l’Allemagne, la Turquie, la Belgique, l’Italie et les Pays-Bas – et une puissance nucléaire officielle, à savoir le Royaume-Uni.
Les cibles officielles sont l’Iran et la Russie, ainsi que plusieurs États non nucléaires du Moyen-Orient.
La doctrine nucléaire est celle de la « guerre nucléaire préventive ». La guerre nucléaire comme moyen de légitime défense.
Les bombes anti-bunker à faible intensité B61-11 et B61-12 sont décrites comme des « bombes de paix », car l’explosion se produit (soi-disant) sous terre.
D’un point de vue militaire, le vecteur est dépassé, obsolète, voire « antique » en ce qui concerne les attaques à la B61 dirigées contre la Russie et l’Iran.
Ces armes nucléaires relèvent de la juridiction nationale, mais comme elles sont « Made in America », les cinq pays européens ne sont pas considérés comme des puissances nucléaires.
Officiellement, il existe deux puissances nucléaires européennes, à savoir le Royaume-Uni et la France.
Bien que l’Allemagne ne figure pas sur la liste officielle, elle collabore activement au programme d’armement nucléaire français depuis une vingtaine d’années.
L’Allemagne : une puissance nucléaire de facto
Au cours des vingt dernières années s’est développé le Complexe militaro-industriel européen (EMIC), caractérisé par l’émergence de conglomérats privés dans le secteur du nucléaire.
Si l’Allemagne a participé activement au programme américain d’armes nucléaires tactiques B-61 (voir la carte ci-dessus), elle s’est également impliquée activement, au cours des vingt
dernières années, dans le déploiement de vecteurs nucléaires et d’ogives pour la Marine nationale française, initialement dans le cadre d’une coentreprise entre Deutsche Aerospace et l’entreprise française Aerospatiale Matra.
La Société européenne de systèmes aérospatiaux et de défense (EADS)
En 2005, les principaux actionnaires du conglomérat EADS étaient l’Allemagne, la France et l’Espagne. (Voir Michel Chossudovsky, février 2010, « Vers un scénario de Troisième Guerre mondiale. Les dangers de la guerre nucléaire », 2012)
EADS a ensuite été rebaptisée Airbus SE, qui a continué à fabriquer aussi bien des avions civils que militaires, ainsi que des missiles de pointe.
Bien que l’image civile soit mise en avant, la position officielle est qu’Airbus SE :
« produit des vecteurs nucléaires pour la Marine nationale française », ce qui renvoie au développement, depuis 2005, d’un programme franco-allemand d’armes.nucléaires
Le discours officiel sur les relations franco-allemandes est le suivant :
« Les ogives nucléaires radioactives sont produites par le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA), organisme public français — c’est lui le maître d’œuvre chargé de la livraison des vecteurs qui transportent et lancent ces ogives. » (Voir les sites Internet consacrés à EADS).
Voir également les références suivantes : Institut Delors et Nuclear Ban US
Les structures actuelles de « Airbus SE » laissent entrevoir l’existence d’une entité franco-allemande spécialisée dans les missiles nucléaires, qui entretient également des liens avec le Pentagone.

EADS, rebaptisé « Airbus SE », et ses différentes filiales constituent un « conglomérat privé spécialisé dans l’énergie nucléaire » qui entretient des relations avec diverses entités officielles du gouvernement français.
Comme indiqué ci-dessus, le Complexe militaro-industriel européen (EMIC) apporte son soutien à la production d’armes nucléaires « officiellement » sous l’égide du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) français.
Comme aux États-Unis, la tendance au sein de l’EMIC a été à la privatisation de la production tant des ogives nucléaires que des vecteurs, pour le compte du CEA français.
Ce qui suit décrit les débuts d’EADS (2005) et son rôle dans le développement proactif de l’alliance franco-allemande des puissances nucléaires, associée à une alliance avec l’Espagne.
En réalité, ce qui s’est mis en place au cours des vingt dernières années est une alliance complexe, à l’européenne, regroupant des conglomérats privés impliqués dans le développement d’armes nucléaires.
« EADS détenait 37,5 % [en 2005] de la société MBDA ». Cette dernière – spécialisée dans la production de missiles – était initialement composée de trois grandes entreprises :
Aérospatiale-Matra
– Le 10 juillet 2000, Aérospatiale-Matra a fusionné avec la société allemande DaimlerChrysler Aerospace AG (DASA) et la société espagnole Construcciones Aeronáuticas SA (CASA) pour former EADS.
– Matra BAe Dynamics (une division de British Aerospace) ou BAe Dynamics, société anglo-française
– La société anglo-italienne Alenia Marconi Systems.
« Alors que Matra avait fondé Matra BAe Dynamics… en 1996 en tant que groupe spécialisé dans les missiles, elle a maintenu en activité sa propre filiale dédiée aux missiles, Matra Missiles. Celle-ci allait devenir Aérospatiale Matra Missiles (AMM) en 1999, puis finalement EADS Aérospatiale Matra Missiles avant d’intégrer MBDA »
MBDA : le plus grand consortium européen. Développement et production de missiles
« présente en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis. … [MBDA] Elle est issue de la fusion, en décembre 2001, de la société française Aérospatiale-Matra Missiles (du groupe EADS), de la société italienne Alenia Marconi Systems (du groupe Finmeccanica) et de la société britannique Matra BAe Dynamics (du groupe BAE Systems).
Siège social en France : MBDA emploie 13 000 personnes (2023). Il s’agit d’un conglomérat multinational composé des entités suivantes:
MBDA France,
MBDA UK, MBDA Italie,
MBDA Allemagne,
MBDA Espagne,
MBDA Inc. États-Unis.
« En 2011, MBDA a enregistré un chiffre d’affaires de 3 milliards d’euros, produit plus de 3 000 missiles et atteint un carnet de commandes de 10,5 milliards d’euros. MBDA collabore avec plus de 90 forces armées à travers le monde [dont Israël]… MBDA dispose également d’installations aux États-Unis, où elle a choisi d’opérer via une filiale à 100 % dénommée [U.S.] MBDA Germany »


Relations entre EADS/MBDA et les entités de l’État français
Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA)
Direction générale de l’armement (DGA)
Selon le rapport de Jane’s (cité par Nettsteder), EADS avait conclu un contrat pour le développement du missile ASMP-A destiné à l’armée de l’air française. L’ASMP-A, qui signifie en français « Air-Sol Moyenne Portée », est décrit comme un « missile air-sol à ogive nucléaire ».
Selon Jane’s [anciennement Jane’s Information Group], l’ASMP-A « sera équipé d’une ogive nucléaire fournie par le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) du gouvernement français ». (Nettsteder)
L’Air-Sol Moyenne Portée (ASMP-A) est essentiellement destiné au lancement de têtes nucléaires à courte portée.
EADS a également participé au développement du missile M51 SLBM, un missile balistique lancé depuis un sous-marin français déployé sous l’égide de la Marine nationale.
Selon le rapport « Missiles and Rockets » de Jane’s (2 février 2005, cité par Nettsteder), EADS a également signé un contrat avec la Direction générale de l’armement (DGA) française, pour la production du missile balistique lancé par sous-marin (SLBM) M51
« Le contrat porte sur la production en série du système d’arme M51 pour une durée de 10 ans. D’une valeur de plus de 3 milliards d’euros (4 milliards de dollars américains), il comprend une tranche fixe et plusieurs options conditionnelles.
… Ces informations concernent le développement d’un nouveau système de missile (M51) destiné aux armes nucléaires stratégiques de la Marine nationale française. » (Jane’s, cité par Nettsteder).
Flash-forward : 20 ans plus tard. 2026
Les relations franco-allemandes en matière de guerre nucléaire ont une longue histoire, qui s’inscrit principalement dans le cadre des conglomérats privés EADS et MBDA.
Les médias occidentaux ont largement négligé de couvrir ces relations franco-allemandes liées à la guerre nucléaire.
Les populations française et allemande sont dans l’ignorance et mal informées.
En juillet 2026, la France et l’Allemagne se sont alliées sur le plan géopolitique en vue d’une guerre nucléaire contre la Russie.
Le théâtre des opérations. MBDA en Ukraine
Il convient de noter qu’en avril 2026 : « MBDA a annoncé qu’elle aidait la société ukrainienne Fire Point à développer des missiles. »
Créée mi-2022, Fire Point (avec le soutien de MBDA) avait participé au développement de : « systèmes aériens sans pilote haute performance ». …
« Fin 2024, Fire Point a dévoilé sa série FP-1 de drones de « frappe en profondeur » à longue portée, capables d’atteindre des cibles situées jusqu’à 1 600 km [à l’intérieur de la Russie]. …
En 2025, Fire Point a dévoilé le missile de croisière FP-5 “Flamingo», pesant 6 000 kg, doté d’une ogive de 1 150 kg et d’une portée maximale de 3 000 km », [sur le territoire de la Fédération de Russie].
L’annonce de l’aide apportée à Fire Point par MBDA ouvre-t-elle la boîte de Pandore ?
Elle met en évidence le soutien apporté par MBDA aux drones de frappe en profondeur à longue portée et aux missiles de croisière ukrainiens dirigés contre la Fédération de Russie.
D’un point de vue juridique, cela pourrait être considéré comme un acte de guerre contre la Russie de la part de MBDA.
Le missile de croisière Flamingo, développé avec le soutien de MBDA
Collusion franco-allemande dans le domaine nucléaire
Lors d’événements récents (juillet 2026), à l’issue de discussions entre le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron, les deux dirigeants se sont mis d’accord non seulement sur la participation de l’Allemagne à des exercices nucléaires français, mais aussi sur le déploiement d’avions de combat multirôles « Rafale » à capacité nucléaire sur la base aérienne de Nörvenich en Allemagne, ce qui constitue une première étape concrète de ce partenariat stratégique élargi. (voir image ci-dessous)
Affronter la Russie. Une dangereuse opération financée par les « grands capitaux » [Big Money]
L’Union européenne reste loin derrière la Russie en matière d’armement stratégique, tant en termes de nombre d’ogives (estimé à environ 20 pour 1) que de sophistication des vecteurs, domaine dans lequel la technologie balistique de Moscou est largement considérée comme ayant plusieurs décennies d’avance.
Et pourtant, Bruxelles poursuit une course aux armements de facto.
Il s’agit d’une opération « à gros budget » [Big Money] menée au nom du Complexe militaro-industriel européen (EMIC), composé de « conglomérats privés du nucléaire » financés par les gouvernements français et allemand, au détriment des dépenses civiles.
Au cours du second semestre [2026], le paysage sécuritaire européen a radicalement changé, comme en témoigne notamment la décision de l’Allemagne d’envoyer des troupes pour participer à des exercices nucléaires français.
Présentée comme une simple «étape de routine dans l’intégration de la défense européenne», cette initiative marque en réalité une étape majeure dans la remilitarisation du «vieux continent» dans le cadre d’un programme explicitement anti-russe.
L’implication de Berlin relève moins d’une vague notion de «sécurité européenne» que de l’affûtage de la lame nucléaire pointée directement vers les frontières occidentales de la Russie.
Présentée comme un approfondissement historique de la coopération stratégique franco-allemande (depuis 2000), cette initiative signale également que les deux puissances dominantes de l’UE ne se contentent plus de compter exclusivement sur la protection nucléaire américaine.
Ils se dotent de leur propre arsenal à plusieurs niveaux (conventionnel et nucléaire) sous le prétexte rhétorique de « réduire leur dépendance vis-à-vis de Washington DC ».
Confronting Russia. A Dangerous “Big Money” Operation
The European Union remains far behind Russia in strategic weaponry, both in warhead numbers (estimated at roughly 20:1) and the sophistication of delivery systems, where Moscow’s missile technology is widely regarded as decades ahead.
And yet, Brussels is pressing forward with a de facto arms race.
It’s “Big Money” on behalf of the European Military Industrial Complex (EMIC) integrated by privately owned “Corporate Nuclear Power Conglomerates” funded by the French and German governments, to the detriment of civilian expendiitures.
In the second half of the year [2026], the European security landscape has shifted dramatically, most visibly with Germany’s decision to send troops to participate in French nuclear exercises.
Marketed as just “another routine step in European defense integration”, this move in fact marks a major milestone in the remilitarization of the “old continent” under an explicitly anti‑Russian agenda.
Berlin’s involvement is less about vague “European security” and more about sharpening the nuclear blade aimed directly at Russia’s western borders.
Presented as a historic deepening of Franco‑German strategic cooperation (since 2000), this initiative also signals that the EU’s two dominant powers are no longer satisfied with relying exclusively on US nuclear protection.
They are constructing their own layered arsenal (both conventional and nuclear) under the rhetorical cover of “reducing dependence on Washington DC”.
S’il est difficile de dissocier tout cela de la stratégie globale de l’OTAN, on assiste néanmoins à la mise en place d’une relation bilatérale franco-allemande en matière de guerre nucléaire.
À l’issue de discussions entre le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron, les deux dirigeants se sont mis d’accord non seulement sur la participation de l’Allemagne aux exercices nucléaires français, mais aussi sur le stationnement d’avions de combat « Rafale » à capacité nucléaire sur la base aérienne de Nörvenich en Allemagne, une première étape visible de cette collusion élargie.
Les responsables décrivent tout cela comme un « dialogue stratégique bienveillant » reliant les forces conventionnelles, les armes de précision à longue portée, la défense antimissile et la dissuasion nucléaire.
Ils insistent sur le fait que ce renforcement « ne fait que compléter » la posture nucléaire existante de l’OTAN. Ce discours occulte le fait que l’Allemagne est déjà profondément intégrée au parapluie nucléaire américain, sa Luftwaffe étant entraînée à larguer des bombes nucléaires américaines à chute libre. L’ajout d’une composante française ne crée pas d’autonomie, mais consolide une posture axée sur la première frappe aux portes de la Russie, avec des parapluies nucléaires qui se chevauchent sur le même théâtre stratégique.
Il convient d’analyser en détail cet argument sans cesse ressassé selon lequel ce dispositif « renforce la dissuasion européenne ».
Ici, la « dissuasion » signifie en réalité le déploiement d’un plus grand nombre de plates-formes capables de pénétrer profondément en territoire russe en quelques minutes.
L’Allemagne et la France préparent toutes deux des systèmes de missiles stratégiques terrestres qui, dans la pratique, font office de vecteurs nucléaires. Macron s’est ouvertement engagé à accélérer le développement d’armes à longue portée, invoquant explicitement la nécessité de riposter au nouveau missile hypersonique à portée intermédiaire russe « Oreshnik » — non pas pour plaider en faveur d’un renouveau du contrôle des armements, mais pour justifier une escalade.
L’acquisition par Berlin du système américain « Typhon » et de centaines de missiles de croisière Tomahawk permettra de mener des frappes sur une grande partie de l’ouest de la Russie à partir du territoire de l’UE et de l’OTAN, ce qui réduira considérablement les délais de décision en cas de crise.
Parallèlement, la France étend son réseau de bases destinées aux « Rafale » à capacité nucléaire, tandis que l’Allemagne renforce sa flotte de F-35 en vue de missions américaines de partage du nucléaire. Ensemble, ces mesures effacent les dernières barrières entre la guerre conventionnelle et la guerre nucléaire en Europe. Sous couvert de « compléter l’OTAN », Berlin et Paris enferment le « vieux continent » dans une posture permanente offensive et soutenue par le nucléaire face à la Russie — une posture qui garantit pratiquement que toute crise future sera plus rapide, plus instable et bien plus difficile à désamorcer.
Michel Chossudovsky
Drago Bosnic
La source originale de cet article est Mondialisation.ca


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