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Il y a environ 70 000 ans, Homo sapiens entamait une grande migration hors de son territoire natal, l'Afrique. De cette grande dispersion, et des rencontres avec d'autres espèces humaines que Sapiens va faire en cours de route, va découler l'ensemble des peuples qui parsèment aujourd'hui le globe.
Cette migration représente donc une étape cruciale dans l'histoire de l'Humanité. Pourtant, elle reste encore très mal comprise. Si l'on sait que Sapiens a quitté l'Afrique en traversant la péninsule arabique, la chronologie précise de sa dispersion à travers l'Eurasie et les routes empruntées restent floues, notamment concernant la Nouvelle-Guinée et l'Australie.
Sahul, le grand continent accessible uniquement par la mer
Durant le Pléistocène, ces deux territoires ne formaient qu'un vaste ensemble émergé nommé Sahul. En raison du climat froid de l'époque, le niveau des océans est en effet bien plus bas qu'actuellement et la mer d'Arafura, qui sépare aujourd'hui les deux pays, n'existait pas.
Pour accéder à l'immense territoire de Sahul, Sapiens a toutefois dû franchir plusieurs bras de mer depuis l'Asie du Sud-Est, ce qui implique des capacités de navigation intentionnelle dès cette époque reculée. La colonisation de Sahul représente donc une étape notable dans l'histoire humaine, comme étant l'une des premières grandes migrations maritimes.
Carte présentant l'extension des terres émergées de Sahul lors du dernier maximum glaciaire. © Maximilian Dörrbecker (Chumwa), Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0
Des traces archéologiques datant d'environ 50 000 à 45 000 ans ont ainsi été découvertes dans le nord de l'Australie et en Nouvelle-Guinée, indiquant que Sapiens était déjà présent sur le territoire de Sahul à cette date. Mais certaines découvertes laissent penser que la colonisation pourrait être bien plus ancienne et remonter jusqu'à 60 000 ans.
Une hypothèse qui est cependant loin de faire consensus au sein de la communauté scientifique. Les sites archéologiques les plus anciens sont en effet mal conservés et difficiles à dater avec certitude. Pour tenter de clore le débat, une équipe de chercheurs a donc utilisé une autre approche, celle de la génétique.
Remonter le temps grâce à l’ADN
L'ADN mitochondrial de nos cellules constitue en effet un outil précieux pour remonter le temps. Le génome mitochondrial (noté ADNmt) se distingue de l'ADN contenu dans le noyau des cellules par son mode de transmission : il est en effet exclusivement hérité de la mère. Or, comme tout génome, l'ADN mitochondrial accumule des mutations au fil des générations. Un processus qui peut être utilisé comme une sorte d'horloge moléculaire permettant d'estimer l'âge des lignées maternelles en fonction du nombre de mutations observées.
Les scientifiques ont ainsi analysé près de 2 500 génomes mitochondriaux provenant des populations aborigènes d'Australie et de Nouvelle-Guinée, mais aussi de peuples de l'ouest du Pacifique et du sud-est de l’Asie.
Deux routes migratoires pour coloniser Sahul
Les résultats, publiés dans la revue Science Advances, révèlent que les plus anciennes lignées observées dans les populations aborigènes d'Australie et de Nouvelle-Guinée remontent à environ 60 000 ans, soutenant l'hypothèse d'une colonisation très précoce de Sahul.
Les deux grandes routes migratoires qui ont permis à Homo sapiens de coloniser Sahul il y a 60 000 ans. © Helen Farr et Erich Fisher
En retraçant ces lignées à travers l'Asie du Sud-Est, les chercheurs ont d'ailleurs identifié deux routes migratoires distinctes : la principale passerait par le nord de l'Indonésie et les Philippines, tandis qu'une seconde emprunterait le sud de l'Indonésie et la Malaisie. Ces deux itinéraires auraient conduit Homo sapiens jusqu'à Sahul à des périodes proches.
Les actuels Aborigènes d'Australie et de Nouvelle-Guinée seraient donc les descendants directs de ces tous premiers groupes humains ayant atteint Sahul il y a 60 000 ans !


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