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La Couronne au procès du couple accusé d'avoir tué le cinéaste Reeyaz Habib soutient que Khoa Tran avait le mobile et l'occasion de le faire et que son comportement après le meurtre confirme sa culpabilité. L'individu de 36 ans est accusé de meurtre non prémédité, alors que Quynh Nguyen est accusé de complicité après les faits et d'outrage à un cadavre.
La Couronne allègue que l'épouse de Khoa Tran l'a aidé à soulever le corps de la victime de 53 ans pour le jeter aux ordures avant de fabriquer son alibi.
Les audiences ont montré que Reeyaz Habib se plaignait souvent du barbecue des accusés, qui vivaient sous son appartement, et qu'il le faisait savoir à tout le complexe qui se situe dans le quartier Liberty Village.
Le cinéaste croyait à tort que le barbecue était illégal, parce qu'il fonctionnait au propane et non au charbon.

Selon la police, Reeyaz Habib a été tué le 6 juin 2023 dans le quartier Liberty Village de Toronto et son corps a été retrouvé deux jours plus tard dans un compacteur à ordures.
Photo : Service de police de Toronto
Dans ses arguments finaux, la Couronne soutient toutefois que le barbecue n'était pas le seul objet de discorde. M. Habib accusait aussi ses voisins d'héberger illégalement une amie qu'ils faisaient passer pour leur cousine dans le complexe.
Un mobile et une occasion
Au secours, répète trois fois d'entrée de jeu la Couronne pour imiter les cris de la victime dans les dernières minutes de sa vie, vers 3 h du matin, la nuit du 6 juin 2023.
Des cris qui hanteront pour toujours ceux qui les ont entendus dans le complexe, poursuit-elle.
Selon la Couronne, Tran a tué le cinéaste avec un extincteur après l'avoir pourchassé dans son logement dont il avait la clef, parce qu'il l'avait menacé de le faire expulser du complexe pour des infractions aux règlements.
Elle souligne qu'il a nettoyé l'appartement de sa victime après s'être départi de son corps dans le compacteur à déchets dans le garage souterrain.

Reeyaz Habib habitait au 26, rue Western Battery, dans ce complexe de logements en copropriété; Khoa Tran et Quynh Nguyen vivaient dans l'appartement en dessous du sien.
Photo : Google Maps
La Couronne admet que le cinéaste était importuné par la fumée et l'odeur du barbecue et que la locataire des accusés a été témoin d'une dispute à ce sujet entre l'accusé et la victime le 27 mai.
Elle mentionne que Khoa Tran n'a pas aimé que son voisin refuse un ensemble à whisky qu'il lui avait offert en cadeau après avoir brisé son verre, lorsqu'il était assis dans l'escalier de leur résidence superposée.
Khoa Tran n'a pas aimé non plus que Reeyaz Habib lui reproche, le 1er juin, de vivre dans un ménage à trois avec la prétendue cousine et qu'il trempe dans le trafic sexuel de jeunes filles.
La Couronne ajoute qu'il n'existe aucune preuve au sujet de ces allégations, parce qu'elles proviennent seulement de l'accusé.

Les accusés et la victime habitaient dans des logements en rangée semblables à ceux-là, mais aux numéros 217 et 218.
Photo : Google Maps
Elle souligne que Tran avait l'occasion exclusive de tuer la victime en s'absentant de sa résidence en pleine nuit, à l'insu de sa femme, de leur locataire, Linh Hua, et des voisins du complexe.
Il avait par exemple demandé à Mlle Hua d'aller coucher dans la chambre avec sa femme pour qu'elle ne l'entende pas sortir.
Tran connaissait la configuration de l'appartement de la victime, qui l'avait invité chez elle pour s'expliquer ce 1er juin. Il pouvait même s'y déplacer dans le noir sans problème, poursuit la Couronne.
La Couronne ajoute que Tran ne pouvait pas se permettre d'être évincé du complexe, parce qu'il était sans emploi, que sa femme subvenait seule à leurs besoins et qu'il adorait sa résidence.
Il a choisi de confronter son voisin tard dans la nuit, parce qu'il savait qu'il serait somnolent et qu'il vivait seul, déclare-t-elle.

L'entrée du garage souterrain du complexe de logements en copropriété dans lequel se trouvait le compacteur à ordures dans l'aire réservée aux déchets.
Photo : Google Maps
La Couronne explique que l'autopsie montre que le meurtre a été brutal, même si elle n'a pas été concluante sur la cause exacte de la mort.
Les coups d'extincteur montrent que Reeyaz Habib était encore en vie avant sa mort, si bien que la strangulation a possiblement mis fin à ses douleurs, mentionne-t-elle.
La Couronne suggère que Tran est ensuite retourné dans son appartement et qu'il est entré dans la chambre de son épouse pour lui signaler de la main que le plan avait été exécuté.
Elle ajoute que l'accusé a ensuite transporté le cadavre emmailloté dans des sacs en plastique, drap et couverture pour le jeter aux ordures avant l'arrivée des éboueurs dont il connaissait les horaires.
Il s'est donné beaucoup de trouble pour s'assurer que le corps disparaisse dans un site d'enfouissement, dit-elle.
La conduite après le crime
La Couronne précise que Tran a fait preuve d'un comportement qui l'incrimine dès la commission du meurtre. Il a dit à Linh Hua de ne plus aller porter les déchets de leur appartement au garage à partir du 6 juin.
Une caméra du complexe filme Mlle Hua en train de jeter les ordures dans une poubelle à l'extérieur ce jour-là.
Par ailleurs, les résidents ont reçu une note de l'administration du complexe leur interdisant l'accès au garage le 8 juin à cause d'une enquête policière sur la disparition du réalisateur.
Ils n'avaient pas encore été informés de la découverte d'un cadavre dans le compacteur et le corps n'a été identifié que le 13 juin, parce qu'il était en décomposition.

La procureure Anna Thenhouse demande à son confrère, le procureur Nathaniel Smith, de projeter sur écran un texto de l'accusé à la victime.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
La Couronne ajoute que Tran est entré à cinq reprises dans le garage avec la clef magnétique de la victime entre le 6 et le 8 juin et que la clef n'a plus été utilisée après le 8 juin.
Une caméra de surveillance du garage capte un individu masqué et arborant la casquette de la victime en train de pousser une chaise le 8 juin. Khoa Tran s'est déguisé pour tromper la police, dit-elle.
La Couronne soutient qu'il était en train de se débarrasser de l'une des deux chaises à roulettes qui ont servi à transporter le corps emmailloté.

Khoa Tran, 36 ans, se défend pour la deuxième journée à la barre des témoins à son procès le 25 mai 2026.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Deux notes étaient collées sur l'emballage en forme de momie attaché avec du gros ruban adhésif.
La première disait : Est-ce que quelqu’un peut soulever ce paquet et le mettre aux ordures, c’est très lourd?
La seconde mentionnait : Ne l’ouvrez pas, car il contient de la vitre et des métaux tranchants, mais ne craignez rien, tout est enveloppé dans du tissu.
La Couronne mentionne que des empreintes digitales ont été relevées sur l'une des notes.
Elle ajoute que Tran a jeté par la suite des objets appartenant à la victime, comme sa bicyclette, son ordinateur portable, sa raquette de tennis et son passeport, pour créer l'illusion que le cinéaste était parti en voyage et détourner l'attention de la police.

Le juge Kenneth Campbell a souvent regardé l'accusé avec un air d'incompréhension durant ses deux jours de témoignage.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
La Couronne rappelle que Tran a seulement avoué au procès qu'il avait jeté la bicyclette par vengeance pour les insultes du cinéaste au sujet du barbecue et qu'il s'est même reconnu dans la vidéo de la caméra de surveillance qui a capté la scène.
Elle mentionne que Tran a ensuite trop bien nettoyé le logement de la victime pendant deux jours, en retirant les draps du lit et en se servant d'un drap pour couvrir la fenêtre à travers laquelle les passants le voyaient travailler à l'ordinateur de l'extérieur.
C'était sans compter sur le sens de l'observation de son neveu, qui a raconté au procès que son oncle n'était pas connu pour être un homme ordonné.
Le plan tourne au vinaigre
La Couronne assure que le plan des accusés a échoué pour deux raisons : le corps a été découvert par un éboueur avant que le contenu du compacteur ne soit envoyé dans un site d'enfouissement.
Elle explique que Tran avait laissé le corps dans l'une des pièces à déchets du garage qui abritent des bennes sur roulettes dont le contenu est vidé dans le compacteur par des éboueurs.
Il espérait que quelqu'un de plus fort que lui se chargerait de jeter le cadavre dans une benne, déclare-t-elle.
Il a toutefois réalisé un jour plus tard que personne ne l'avait fait et il a demandé à sa femme de l'aider à soulever le corps pour le faire ensemble, poursuit-elle.
La Couronne précise que l'ADN de sa femme a été retrouvé sur le ruban adhésif qui avait été enroulé autour du paquet de façon à créer deux poignées pour faciliter le transport du corps.
Seul un meurtrier se débarrasse du corps de sa victime, ce qui n'aurait pas été le cas dans un accident, dit-elle.
La Couronne mentionne qu'une voisine qui faisait marcher ses chiens le matin du 8 juin a vu l'accusé sortir de l'appartement du cinéaste.
Il s'agit de la même voisine qui a appelé la police lorsque la victime n'a pas répondu à son texto dans lequel elle avait écrit : Bonjour Reeyaz, je viens de voir ton voisin sortir de chez toi, est-ce que tu vas bien?
La Couronne admet que Tran a expliqué au jury que ce n'était pas lui sur la vidéo de surveillance qui avait capté la rencontre avec la voisine, mais elle soutient que la vidéo le montre en train de retirer la casquette de la victime et de se gratter la tête, mais qu'il ne s'agit que d'une tactique pour éviter d'être reconnu.
Duperie envers les policiers
La Couronne suggère ensuite que Khoa Tran a tenté de tromper la police le 9 juin après que sa femme lui a révélé la conversation qu'elle avait eue avec un policier à leur domicile.
La caméra de l'uniforme de l'agent a filmé la rencontre : on y voit Quynh Nguyen souriante en train de lui répondre que son conjoint s'est absenté.
On aperçoit aussi derrière elle Linh Hua que le policier n'a pu immédiatement interroger parce que Mme Nguyen avait déjà fermé la porte, dit la Couronne.
Khoa Tran a eu deux heures pour se préparer à répondre au policier, dit-elle en ajoutant qu'il est logique qu'une épouse cherche à protéger son mari.

L'avocat Liam O'Connor interroge son client, Khoa Tran, sous le regard du juge Kenneth Campbell de la Cour supérieure de l'Ontario. Quynh Nguyen est assise à gauche à côté de son avocat, Tyler Smith.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Tran a révélé au policier qu'il avait entendu des bruits cette nuit, comme quelqu'un qui tombe dans un escalier, mais qu'il ne savait pas que c'était lié avec la disparition du cinéaste.
La Couronne cite ensuite une autre conversation, le même jour, entre Tran et son voisin d'en face dans laquelle il lui a confié qu'il espérait que la police ne le soupçonnera pas dans la disparition du cinéaste.
Elle rappelle ensuite la conversation étrange que l'accusé a eue avec l'inspectrice de police Fernandez le 12 juin à qui il n'a jamais admis qu'il avait jeté la bicyclette de la victime, parce qu'il ne savait pas encore qu'il avait été filmé.
La Couronne ajoute que Tran y parle de la victime au passé alors que personne ne sait encore que le corps dans le compacteur est bien celui du cinéaste, puisque le corps ne sera identifié que le 13 juin.
Elle précise qu'il a également menti en disant qu'il avait réglé ses différends avec M. Habib au sujet du barbecue.
Témoignage de la « cousine »
La Couronne souligne que Linh Hua a expliqué au procès qu'elle avait été très mal à l'aise à l'idée d'aller dormir dans la chambre de ses amis la nuit du meurtre pour faire croire que Tran n'avait pas quitté leur appartement.
Tran avait dit à la police que sa femme et leur locataire pouvaient certifier qu'il était avec elles cette nuit-là.
Mlle Hua a affirmé qu'elle avait entendu du bruit, des pas de course et des cris dans le logement du dessus, mais que le couple lui avait dit que c'était probablement le cinéaste en train de tourner un film pour la rassurer.

L'avocat Liam O'Connor a souvent dit à son client de prendre son temps pour répondre à ses questions, parce qu'il parlait trop vite.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
La jeune Vietnamienne était dépendante du couple, parce qu'elle était récemment arrivée au Canada, selon la Couronne qui ajoute que Mme Nguyen lui avait dit de ne pas parler à la police, mais que, si elle devait le faire, elle devait raconter qu'elle dormait cette nuit-là dans la chambre des accusés.
La Couronne précise que Tran a déclaré qu'il avait accepté l'invitation du cinéaste de prendre un café chez lui le 1er juin, mais qu'il était blême, maladif, troublé mentalement et qu'il avait bu cinq cafés à la suite sur le comptoir.
Il est le seul à avoir dit cela, mais la caméra du gymnase où s'entraînait le cinéaste le montre en forme, dit-elle.

L'avocat Tyler Smkith a décidé de ne pas appeler sa cliente Quynh Nguyen à la barre des témoins.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
La Couronne rappelle le témoignage de l'accusé au procès, lorsqu'il a dit qu'il croyait que la victime était en train de tourner un film pour expliquer le bruit et les cris cette nuit-là, alors que c'était l'explication qu'il avait donnée à sa locataire pour la rassurer.
Il ne fait aucun doute que Khoa Tran a tué Reeyaz Habib et que Quynh Nguyen a été sa complice en lui offrant un alibi et en l'aidant à se débarrasser du corps de la victime, conclut-elle.
Arguments finaux des défenses
La défense de Khoa Tran suggère que le cinéaste était atteint de troubles mentaux, qu'il prenait des comprimés contre l'anxiété, comme l'a révélé l'autopsie, et qu'il est tombé dans l'escalier de son logement, comme en fait foi le trou dans le mur.
Elle ajoute que la police a manqué de s'assurer que le trou ne comportait pas des cheveux de la victime. Le neveu du cinéaste avait toutefois affirmé que le trou était déjà là avant la mort de son oncle.
La défense mentionne en outre que la Couronne n'a pas réussi à prouver que l'individu capté par une caméra de surveillance dans le garage est bien son client.
Elle n'a toutefois pas pu expliquer elle-même comment le cadavre a été retrouvé dans le compacteur au sous-sol si le cinéaste était réellement tombé dans les escaliers.
S'il y a eu meurtre, le crime a alors été commis par un amateur, déclare-t-elle.

Khoa Tran est accusé de meurtre non prémédité et sa femme, Quynh Nguyen, de complicité après les faits et d'outrage à un cadavre.
Photo : Facebook
La défense de Quynh Nguyen affirme que sa cliente est innocente, parce qu'il n'existe aucune certitude que ses empreintes ont été relevées sur le ruban adhésif qui a servi à empaqueter le cadavre.
Elle avance à ce sujet que les tests d'ADN sont peu concluants et que le ruban aurait pu être contaminé dans le compacteur à déchets.
Elle ajoute que sa cliente ne pouvait savoir que Reeyaz Habib était mort lorsqu'elle a rassuré leur colocataire qui avait entendu des cris la nuit du meurtre.
La Couronne n'a en outre pas réussi à prouver, selon elle, que Quynh Nguyen était au courant que son mari avait l'intention d'éliminer leur voisin.
Elle ne peut donc pas être coupable d'avoir été sa complice, conclut-elle.
Le juge commencera à donner ses instructions au jury vendredi.


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