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Justin Rousseau prêt à relever une montagne de défis

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SPORTS. Seize ans après avoir vu son frère dévaler les pentes olympiques, c’est au tour de Justin Rousseau de débarquer dans l’environnement des Jeux. C’est à titre de gestionnaire principal de la logistique pour le Comité olympique canadien (COC) que le Drummondvillois agira pendant les Jeux de Milan et Cortina d’Ampezzo.

C’est notamment grâce à son expérience en tant que directeur principal des opérations de tournée du prestigieux Cirque du Soleil que Justin Rousseau a été embauché par le COC en septembre dernier. Il s’agit d’un mandat permanent qui se prolongera au-delà de 2026.

Sous sa gouverne, Justin Rousseau chapeaute tout ce qui concerne le transport, l’hébergement, l’habillement, la sécurité ainsi que les technologies de l’information de l’équipe canadienne.

«Au début, j’étais beaucoup en mode observation, explique Justin Rousseau, attablé avec le journaliste de L’Express au café Morgane du centre-ville. Évidemment, des Jeux, ça ne se planifie pas six mois d’avance. L’équipe en place avait déjà un bon plan. On m’a amené dans l’équipe avec mon bassin de connaissances, mon expérience et mon background en opérations logistiques.»

Les sports de patin se dérouleront à Milan tandis que les disciplines de montagne seront basées dans les communes de Cortina et de Livigno. (Photo : Depositphotos)

Se joignant au COC dans le but d’optimiser les opérations et de mieux supporter les athlètes sur le long terme, Justin Rousseau est fébrile à l’idée de vivre son baptême de feu en Italie. Alors que son équipe sera basée à Milan, d’autres cellules de soutien s’établiront à Cortina et à Livigno.

«J’ai hâte d’être là! Il y a la planification, mais il y a aussi vivre l’expérience, exprime le gestionnaire de 48 ans. Il y a des choses que tu as planifiées : tu as un plan A, B et C, mais c’est seulement rendu sur le terrain que tu vas voir la réalité.»

«Aussi, c’est l’Italie! Il y a des choses qui n’iront pas exactement comme on veut, mais il faut se garder la liberté, poursuit-il. L’Italie, ce n’est pas l’Amérique du Nord. C’est un pays magnifique. Ils ont déjà livré des Jeux; ils vont encore les livrer, mais il faut laisser une place à la réalité. On va y arriver, je n’en ai aucun doute.»

S’il s’attend à 17 journées mouvementées sur le terrain, Justin Rousseau estime que son expérience au Cirque du Soleil, où son équipe devait livrer un spectacle pratiquement chaque jour, lui sera très utile.

«C’est go time, lance-t-il en claquant des doigts. C’est le temps, on y arrive! Ça va être intense, mais ça va être un beau moment. Il va y avoir des balles courbes : ça fait partie de la vie! Quelqu’un a déjà dit que la tour de Pise, ça n’existerait pas en Allemagne! Soyons donc ouverts : on est en Italie. Acceptons-le et soyons ouverts d’esprit! Ça va être une belle expérience.»

Un casse-tête logistique

Justin Rousseau fait observer que dans l’histoire olympique, jamais les sites de compétitions n’auront été aussi éloignés les uns des autres. Alors que les sports de patin se dérouleront à Milan, les disciplines de montagne seront basées dans les communes de Cortina et de Livigno. Séparées par près de 600 kilomètres, ces zones ne sont accessibles que par des routes de montagne.

«Il n’y a pas d’autres solutions. Ça ajoute au casse-tête logistique. Ce sont toutes des particularités de ces Jeux-ci, mais j’ai mon expérience qui est précieuse dans tous ces mouvements-là.»

En termes de décentralisation, ces Jeux paveront la voie aux Olympiques de 2030, qui se dérouleront dans les Alpes françaises.

«C’est le modèle préconisé pour le futur : on veut des Jeux plus soutenables environnementalement sur le long terme, indique Justin Rousseau. On veut que l’empreinte soit moins intense. Au lieu de construire des infrastructures qui ne serviront pas, on va décentraliser sur des sites qui sont déjà utilisés à chaque année. Ça ajoute des dimensions de logistique intéressantes.»

Au chapitre de l’hébergement, le mandat du COC consiste à loger tous les membres de l’équipe ne résidant pas au village olympique. Au total, la délégation canadienne comptera plus de 600 personnes, dont près de 210 athlètes.

Justin Rousseau (Photo : Jonathan Habashi)

«Un village olympique, c’est fait pour accueillir les athlètes et une partie du staff. Au cours des dernières années, les besoins de support des équipes techniques ont explosé, fait remarquer Justin Rousseau. Avant, c’était relativement limité. Maintenant, en plus des entraîneurs, tu as des préparateurs mentaux, des préparateurs physiques et des nutritionnistes. Le support pour les athlètes est incroyable, mais ça demande beaucoup de ressources supplémentaires.»

À tout ce beau monde, il faut ajouter les responsables de la logistique et du marketing du COC, une véritable petite armée travaillant sans relâche en coulisses afin de créer le meilleur environnement possible pour le succès des olympiens.

«Il faut s’assurer d’avoir assez d’endroits pour loger chacun afin de soutenir les performances des athlètes. Et pour les Jeux d’été, la délégation est doublée, souligne Justin Rousseau. On m’a d’ailleurs dit que je suis chanceux de commencer avec les Jeux d’hiver. C’est une belle intro, car les Jeux d’été, c’est autre chose!»

La question de l’habillement des athlètes et du personnel de soutien occupe également une partie importante dans les nouvelles fonctions de Justin Rousseau.

«C’est un gros morceau! C’est ma grosse surprise des Jeux : tout l’effort, toute l’énergie et la logistique complexe que ça nécessite pour s’assurer que tout le monde ait le kit de l’équipe canadienne. C’est nous qui faisons littéralement des pieds et des mains pour y arriver, parce que les règles sont très strictes. Il faut savoir que dans un environnement olympique, les commanditaires sont exclusifs.»

Les vêtements et les équipements de l’équipe canadienne ont d’ailleurs été expédiés en Italie par cargo il y a plusieurs semaines.

«C’est complexe : tu as 600 personnes que tu dois habiller, poursuit Justin Rousseau. Ce sont des Jeux d’hiver, alors tu as des manteaux, des bottes, des pantalons et tout le reste. C’est un ensemble de produits qui doit arriver à temps dès le jour 1. Et évidemment, il faut que ça leur fasse très bien : ce sont eux, les stars! On veut s’assurer que les athlètes soient à leur mieux sur le podium ou devant les médias.»

Tandis que les cérémonies d’ouverture seront décentralisées, avec une scène principale au stade de Milan, le spectacle de fermeture se déroulera au majestueux amphithéâtre de Vérone.

«C’est un colisée historique, très beau, très porteur. C’est un bel environnement, mais c’est de l’inclure dans la logistique des Jeux qui va être intéressant. Ça risque d’être un beau défi. J’ai hâte de voir comment ça va s’opérationnaliser. C’est ce qui va me garder sur le bout de mon siège jusqu’à la fin!»

Les détours de la vie

En 2010, Justin Rousseau était aux premières loges pour voir son frère Pierre-Alexandre participer aux Jeux de Vancouver. Après les rendez-vous manqués de 2002 et de 2006, le skieur acrobatique avait livré la performance de sa vie en décrochant une cinquième position.

Le skieur acrobatique Pierre-Alexandre Rousseau avait célébré sa prestation avec émotion aux Jeux olympiques de Vancouver, en 2010. (Photo d’archives, Stéphane Jobin)

«En ayant vu mon frère, je sais à quel point c’est difficile de se rendre aux Jeux, raconte celui dont les parents, Maurice et Raymonde, demeurent toujours à Drummondville. C’est un moment très précis dans le temps. C’est une compétition parmi tant d’autres, mais c’est celle où toute l’attention médiatique de la planète est tournée. Tu as beau avoir toute la préparation mentale qu’il faut, ça reste que c’est le plus gros stage au monde. Si je peux amener ma petite contribution et partager mon expertise pour aider les athlètes à performer, je me sens choyé de le faire.»

Ayant amorcé sa carrière à billetterie du centre culturel de Drummondville, aujourd’hui devenu la Maison des arts, Justin Rousseau a ensuite fait des détours professionnels par le groupe Cavalia, la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Cirque du Soleil et Amazon. Au bout de ce parcours atypique, le diplômé en sciences économiques n’aurait jamais cru se retrouver aux Jeux.

«Ce n’était pas dans les cartes, mais ça démontre que tout est possible! Il faut avoir l’esprit ouvert : tu ne sais pas ce qui t’attend! Dans la vie, on n’a pas beaucoup de contrôle, mais la vie a toujours le don de t’amener ailleurs. Si tu ne prends pas de décision, elle va en prendre pour toi. J’ai toujours un plan A, B et C, mais la vie t’amène parfois là où tu ne t’y attends pas», conclut celui qui a été désigné citoyen d’honneur de sa ville natale il y a quelques années et qui se dit toujours aussi fier de ses racines.

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