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Joe Adam George : Les Frères musulmans ont le Canada dans leur ligne de mire

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«Ottawa doit prendre la menace au sérieux»

Joe Adam George est chercheur sur les mouvements islamistes et les enjeux de sécurité liés à l’islamisme au Canada. Il est associé à l’Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy et au Middle East Forum.

Il y a quelque temps, j’ai participé à une rencontre à huis clos avec des responsables du renseignement étranger afin de discuter de l’influence grandissante des Frères musulmans au Canada, ce puissant mouvement islamiste transnational qui constitue la racine idéologique de l’ensemble du terrorisme islamique moderne.

Selon ce qui m’a été expliqué, les objectifs de la confrérie sont doubles : d’une part, paralyser la capacité des décideurs canadiens à agir contre elle; d’autre part, étendre progressivement son influence au Canada. La guerre à Gaza a d’ailleurs mobilisé et enhardi les « djihadistes en col blanc » du mouvement présents au pays, leur permettant de faire avancer leur stratégie de « djihad civilisationnel » — une transformation graduelle des institutions plutôt qu’un renversement violent.

Les responsables ont également révélé que leur analyse de documents internes du Hamas — la branche palestinienne des Frères musulmans — démontrait que le groupe terroriste considère le Canada comme un élément essentiel de ses plans. « Ils vous adorent », a lancé l’un d’eux avec une pointe d’ironie. L’an dernier, une enquête de Global News révélait qu’environ 450 personnes occupant diverses fonctions au sein du Hamas avaient des liens avec le Canada.

Lors d’une autre séance d’information privée à Washington, un haut responsable américain de la sécurité nationale m’a clairement indiqué que les États-Unis étaient eux aussi pleinement conscients du problème croissant que représentent les Frères musulmans au Canada.

Le message était sans équivoque : le gouvernement américain considère les Frères musulmans comme une menace transnationale et s’inquiète profondément du fait que les politiques d’immigration canadiennes compromettent sérieusement les priorités nord-américaines en matière de lutte contre le terrorisme. À cet égard, il a notamment été fait référence à un récent rapport de l’Institut C.D. Howe révélant que 24 599 demandeurs d’asile ont été acceptés au Canada entre janvier 2019 et février 2023 sans qu’une seule question leur soit posée.

Évoquant les désignations terroristes imposées à certaines branches des Frères musulmans en Égypte, au Liban, en Jordanie et au Soudan, ce responsable a également affirmé sans ambiguïté que les organisations et individus affiliés à la confrérie au Canada ne devraient pas présumer qu’ils sont à l’abri de sanctions ou d’une éventuelle désignation comme entité terroriste. Cette position a d’ailleurs été réaffirmée dans la nouvelle Stratégie antiterroriste publiée récemment par l’administration Trump.

« Compte tenu du rôle central joué par les Frères musulmans dans la promotion du terrorisme moderne, nous continuerons à désigner leurs branches au Moyen-Orient et ailleurs comme organisations terroristes étrangères afin d’écraser le mouvement partout où il opère », peut-on lire dans cette stratégie.

Partout en Europe, les gouvernements reconnaissent de plus en plus les Frères musulmans comme un défi sérieux sur les plans politique et sécuritaire. La France a publié un rapport gouvernemental qualifiant le mouvement de « menace pour la nation », tandis que plusieurs parlementaires exhortent l’Union européenne à le classer comme organisation terroriste.

Aux Pays-Bas, des élus ont réclamé l’interdiction du groupe. La Suède a lancé une enquête sur de présumées infiltrations islamistes, tandis que des responsables belges s’inquiètent de ce qu’ils décrivent comme une prise de contrôle de certaines municipalités par des réseaux liés à la confrérie.

Comme l’Europe, les États-Unis considèrent désormais le Canada à la fois comme une cible du terrorisme et comme un incubateur de menaces terroristes. Washington juge inacceptable que son voisin du nord serve de plaque tournante logistique, financière et de recrutement pour des groupes islamistes. Pourtant, contrairement aux pays européens, le Canada semble déterminé à éviter toute discussion sur le sujet, malgré les avertissements du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), qui a qualifié cette menace de « particulièrement préoccupante » dans son plus récent rapport public.

Ce décalage est apparu de façon éclatante lorsque le premier ministre Mark Carney, dans son discours très attendu sur la lutte contre l’antisémitisme, a invoqué l’« islamophobie » tout en omettant de reconnaître ce qui constitue, selon moi, le principal moteur de la haine antijuive qui se manifeste actuellement au Canada : l’extrémisme islamiste.

Cette réticence devient de plus en plus difficile à justifier. Les récentes révélations concernant le congrès annuel de l’Association musulmane du Canada (MAC), une organisation qui fait ouvertement l’éloge de la philosophie des Frères musulmans, soulèvent de sérieuses questions.

Selon Melanie Bennet, de Juno News, un atelier destiné aux jeunes présentait l’expression « Jew free » (« sans Juifs ») dans un nuage de mots en réponse à la question : « Quel type de communauté, d’oumma ou de monde souhaitez-vous contribuer à bâtir? » Lors d’une autre séance, un participant aurait demandé comment les jeunes musulmans pouvaient faire leur entrée en politique afin « d’infiltrer les loups occidentaux ».

Au cours de cette même séance, Anas Altikriti, présenté comme un associé des Frères musulmans et dont l’entrée au Canada a été effectivement refusée, mais qui participait virtuellement, a semblé rejeter l’idée même de l’intégration des musulmans dans les sociétés occidentales. Il a qualifié cette intégration d’« outil utilisé pour frapper la communauté musulmane » et soutenu que les musulmans n’avaient qu’à « respecter la loi ».

Malgré la controverse entourant l’événement, Ottawa n’a pratiquement formulé aucune condamnation politique. Ce silence est important puisque l’Association musulmane du Canada bénéficie du statut d’organisme de bienfaisance soutenu par les contribuables et que, selon les dossiers de l’Agence du revenu du Canada, elle a reçu plus de 38 millions de dollars en financement public entre 2020 et 2024.

Les Canadiens sont en droit de se demander si des organisations qui offrent chaque année une tribune à des idéologues islamistes — y compris à des individus à qui l’entrée au pays a été refusée — et qui diffusent une rhétorique profondément divisive devraient continuer à recevoir des fonds publics.

La question devient encore plus pressante lorsqu’on la compare à la décision de l’Agence du revenu du Canada de révoquer le statut d’organisme de bienfaisance de huit organismes juifs au cours des trois dernières années. Le double standard est difficile à ignorer.

Rien de tout cela ne signifie que les musulmans canadiens devraient être regardés avec suspicion, ni que l’expression légitime de la foi devrait être ciblée. Toutefois, les sociétés démocratiques doivent être capables de distinguer entre la liberté de religion et les mouvements idéologiques qui cherchent à exploiter les libertés démocratiques afin de faire progresser des projets politiques illibéraux.

Le problème au Canada n’est pas seulement l’islam politique lui-même. Il réside également dans le refus persistant des dirigeants politiques, des institutions médiatiques et des responsables publics de discuter honnêtement de cette question. La peur d’être accusé de racisme ou d’islamophobie a créé un climat où les préoccupations légitimes liées à la sécurité nationale sont trop souvent écartées avant même d’avoir pu être débattues.

Une démocratie saine ne peut se permettre d’entretenir des tabous politiques autour des questions d’extrémisme, d’influence idéologique étrangère ou d’infiltration institutionnelle. Les Canadiens méritent de la transparence concernant les réseaux islamistes présents au pays, leurs sources de financement, leurs relations politiques et leur degré d’influence au sein des institutions publiques.

Le gouvernement Carney a la responsabilité d’affronter cette menace avec détermination plutôt que de la nier. Plus le Canada tarde à reconnaître les dangers que représentent les Frères musulmans, plus leurs réseaux s’enracinent — et plus il sera difficile d’en corriger les conséquences.

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