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FIGAROVOX/TRIBUNE - Érigé par La France insoumise comme l’un de ses principaux ressorts de mobilisation, l’antifascisme sert surtout, selon l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel Jean-Éric Schoettl, à légitimer l’intimidation de tous les adversaires du camp mélenchoniste.
Jean-Éric Schoettl est ancien directeur général du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et ex-secrétaire général du Conseil constitutionnel.
Reposant sur un pacte de discrétion des croyances et des origines dans l’espace public, la culture laïque et républicaine a longtemps été conçue – et vécue - comme la clé de l’intégration des nouveaux venus dans la nation française. La France disait aux arrivants : ce sont vos talents et vos vertus qui m’intéressent et non la couleur de votre peau ; votre personne et non votre provenance. Et les nouveaux venus avaient à cœur de gommer la visibilité de celle-ci, notamment par la non-ostentation des appartenances communautaires.
Ce faisant, ils se sentaient affranchis des assignations auxquelles les vouaient leurs sociétés d’origine. Par ce droit d’être différents de leur différence, par ce droit à l’indifférence, ils se sentaient promus à la dignité de citoyens autonomes. C’est encore, en grande partie, le cas aujourd’hui, malgré le vacarme orchestré par la France insoumise sur le thème de la «créolisation». En témoigne la magnifique cohorte de ces amoureux de la langue et de la culture françaises, aux patronymes non hexagonaux, qui rejettent l’idéologie victimaire et la racialisation : Tahar Ben Jelloun, Sonia Mabrouk, Rachel Kahn, Fatiah Agag-Boudjahlat, Zineb El Rhazoui, Souâd Ayada, Ismaël Saïdi, Kamel Daoud, Razika Adnani, Lydia Guirous, Tarik Yildiz, Boualem Sansal, Mohamed Sifaoui, Abdennour Bidar, Ghaleb Bencheikh, Sarah El Haïry, Claire Koç, Naïma M’Faddel, Ferghane Azihari, Sabrina Medjebeur, Abdoulaye Kanté et tant d’autres, notamment dans le monde de l’entreprise, des arts, du sport et de l’administration.
Toutefois, cette éthique républicaine, vécue comme libératrice par des générations entières d’immigrants, est désormais affaiblie avec les nouvelles vagues migratoires. Affaiblissement qui résulte, inexorablement, de la conjonction de trois phénomènes objectifs : l’intensification des flux, propice à la ghettoïsation ; l’écart culturel entre les nouveaux arrivants et la société d’accueil ; le grippage des facteurs traditionnels d’intégration (école, église, emploi industriel, service militaire, cohabitation urbaine, mariages mixtes).
Face au fascisme, mal absolu, tout n’est-il pas permis ? Censure, ostracisme, intimidation et violence physique ne seront donc que des instruments de légitime défense.
Excellente occasion, pour l’extrême gauche, d’enfoncer un coin entre Français musulmans et Français «de souche» en convainquant les premiers qu’ils sont discriminés et qu’ils doivent désormais exiger des seconds contrition et réparation. Là où l’universalisme républicain pratiquait l’indifférence aux origines et la primauté des vertus et des talents, l’extrême-gauche «décoloniale» essentialise les «racisés» et creuse une balafre tribale dans la citoyenneté.
Plus généralement, LFI fait son miel de tous les conflits clivant la société. Il s’y infiltre pour faire avancer son agenda déconstructeur. Il en est ainsi du conflit israélo-arabe, dans lequel LFI épouse les vues «antisionistes» les plus radicales et surfe sur un antisémitisme d’importation. Cette cause emblématique lui permet de faire d’une pierre deux coups : fidéliser une clientèle communautaire et pourfendre l’Occident au travers de sa projection israélienne.
Appeler à la révolte générale contre le système consiste à ouvrir partout des fronts contre ses figures multiformes, tant celles antérieurement conspuées (capitalisme, impérialisme américain, colonialisme européen, tradition chrétienne, appareil d’État répressif, légalisme) que celles nouvellement honnies (sionisme, «racisme systémique», patriarcat, islamophobie, suprémacisme blanc, hétéro-normativité).
D’où le florilège des actions promues par la France insoumise : zadification des assemblées délibératives où elle est minoritaire, mise en coupe réglée des universités, brutalisation des rapports politiques et sociaux, destruction d’équipements jugés préjudiciables à l’environnement, agit prop wokiste, imposition de codes langagiers (comme l’écriture inclusive). Orpheline du grand soir et désertée par la classe ouvrière, l’extrême gauche se cherche de nouveaux prolétariats en coalisant contre le système, par convergence intersectionnelle des luttes, les «dominés» modernes : travailleurs intellectuels précaires, jeunes citadins, minorités ethnico-religieuses et sexuelles.
Problème : l’intersectionnalité se heurte à d’évidentes contradictions : difficile par exemple de concilier féminisme et charia ; difficile de jeter un pont entre la fluidité sexuelle revendiquée par le mouvement LGBT et le rigorisme imposé par l’islam en matière de mœurs. Il faut donc proposer aux diverses haines que l’on aspire à coaguler un dénominateur commun de détestation. Et placer ce dénominateur commun le plus loin possible des sujets quotidiens de friction entre conjurés. Il faut cimenter les passions insurrectionnelles des factions rebelles par un manichéisme transcendant leurs divisions. Selon la vieille recette bolchevique, elle-même reprise des chasses aux sorcières du Moyen-Âge, c’est dans la diabolisation que l’on trouvera le ressort de ce manichéisme fédérateur.
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Le diable, ici, c’est le fascisme. Il est postulé chez tous ceux qui ne partagent pas des vues progressistes. Peu importe qu’il s’agisse d’un fascisme fantasmatique au regard de ce que fut le fascisme réel et que les méthodes qu’on utilise pour le combattre empruntent autant au fascisme historique. L’essentiel est que militants et sympathisants s’accordent à nommer fasciste l’ennemi commun. Ce fascisme-là étant partout et incarnant la menace par excellence, la guerre finale que lui a déclarée le parti porteur de la bannière antifasciste pourra légitimement recourir à tous les moyens de la guerre. Face au fascisme, mal absolu, tout n’est-il pas permis ? Censure, ostracisme, intimidation et violence physique ne seront donc que des instruments de légitime défense. De même, pour conjurer le retour de la bête, est-il justifié de fermer Cnews, d’interdire les banquets du Canon français, de passer à tabac les militants adverses (forcément des fascistes) et, au soir des victoires électorales, d’humilier les opposants dans les villes conquises. Comme le dit Jean Szlamovicz, hyperboliser le danger représenté par l’adversaire, c’est se faire passer pour victime et gagner ainsi le droit d’exercer la violence.
Sus aux suppôts de Satan, c’est-à-dire aux électeurs du RN, de l’UDR, de LR et du bloc central : deux Français sur trois sont promis à la géhenne. Mais pas de pitié non plus pour ceux qui, à gauche (PS, SOS racisme), ont la main qui tremble au moment d’épurer. Ils méritent d’être traités de «bourgeois visqueux» par le grand chef et d’être hués par ses troupes. Le vieux personnage du social-traître ne demande qu’à reprendre du service. L’antifascisme est la grande cause de la gauche et LFI a le monopole de la marque. L’arme fatale contre le fascisme, l’exorcisme suprême, c’est donc Mélenchon à tous les tours de scrutin. Ne laissons pas commettre ce hold-up.


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