L’effervescence artistique, des volumes sculpturaux, l’or qui cesse d’être un simple écrin pour devenir une matière d’expression, les associations de pierres chatoyantes… Sans nul doute, les années 1960 et 1970 ont représenté un tournant majeur pour la haute joaillerie. C’est dans ce contexte que Piaget affirme le style qui fait toujours sa singularité aujourd’hui. Durant cette période, la maison de La Côte-aux-Fées s’affranchit des codes traditionnels en adoptant des formes audacieuses inspirées de l’art contemporain mais aussi en travaillant l’or de manière très texturée. Rendue possible par le développement, en 1957, du calibre extra-plat 9P, cette liberté créative ouvre la voie à des montres qui offrent autant une dimension joaillière qu’une fonction de garde-temps.
Cette vision atteint son apogée en 1969 avec la collection «21st Century», dévoilée au salon de Bâle. Piaget y présente notamment des manchettes sculpturales et des montres sautoirs aux maillons torsadés, les célèbres Swinging Sautoirs. A une époque où la haute joaillerie est souvent dominée par les pierres précieuses, la manufacture propose une approche qui intègre des pierres ornementales comme la turquoise, la cornaline, l’œil-de-tigre, le lapis-lazuli ou encore la malachite. La couleur devient une matière d’expression à part entière.
Lire aussi: Dans les bijoux Piaget, toutes les couleurs que gemme«C’est le moment où le bijou s’extrait de l’esprit de classe pour conquérir une nouvelle clientèle qui se déplace de ville en ville en avion privé et que l’on appelle la jet-set, retrace Jean-Bernard Forot, directeur du patrimoine chez Piaget. A cette époque, les grands couturiers présentent certaines de leurs créations signatures, les femmes osent porter de nouvelles silhouettes et cela donne l’envie de se parer de bijoux novateurs. La créativité des manchettes en est un exemple manifeste. Elles ont été conçues à une période où les femmes commençaient à aller en société, à participer à des cocktails où l’on pouvait voir leur poignet. Piaget a donné aux femmes un côté souverain avec ce style, une avant-garde d’élégance que l’on ne trouvait pas ailleurs.»
Montre sautoir de la collection «21st Century» de Piaget.
Une forme de continuité
Plus d’un demi-siècle plus tard, avec le troisième volet de la collection «Colours of Extraleganza» présenté en juin à Menton, dans le sud de la France, Piaget continue à donner corps à cet héritage, à travers 65 créations intégrant cette liberté esthétique. On y retrouve notamment l’iconique Swinging Sautoir, proposé dans une version où l’or rose dialogue avec l’œil-de-tigre. Un retour assumé aux années 1970, qui marque la dernière fois où la manufacture avait fait le choix d’entremêler des maillons d’or à de la pierre ornementale.
Lire aussi: Stéphanie Sivrière, directrice artistique chez Piaget: «Une chaîne, c’est le lien entre le passé et le présent»Forte d’un important patrimoine, Piaget nourrit toujours ses pièces actuelles de ses anciens dessins, dans une forme de continuité. «Le studio de création peut venir puiser dans les archives des combinaisons de couleurs, de formes, des textures d’or particulières ou même des façons de porter le temps, explique Jean-Bernard Forot. Le plus important c’est de toujours se demander quelle était l’idée derrière les modèles de l’époque pour savoir comment la réinterpréter aujourd’hui.»
Montre sautoir en or rose et œil-de-tigre de la collection «Colours of Extraleganza», présentée en 2026.
Loin de figer la création, le patrimoine constitue ainsi un langage commun permettant de préserver l’identité de Piaget au fil des générations. «Une maison a besoin de son histoire parce que c’est dans cette dernière que se trouvent les éléments qui racontent son récit», poursuit Jean-Bernard Forot.
Derrière cette recherche formelle s’exprime aussi une certaine idée du bijou. «Chez Piaget, on parlait beaucoup de «pièces de conversation». L’idée, c’était de dire que lorsque vous arboriez une pièce Piaget, vous deveniez le centre des discussions. Vous ne portiez pas seulement de l’or ou des pierres, mais aussi toute une culture, une inspiration et des savoir-faire. C’était une façon de vous faire rayonner culturellement et pas uniquement par la valeur des métaux», conclut le directeur du patrimoine. Une philosophie qui résume l’ambition de la maison: faire de son héritage non pas un répertoire de formes à reproduire, mais un langage vivant capable de traverser les époques.
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