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« Je suis comme un bon soldat » : la conseillère Annie Faucher de retour après un cancer

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La conseillère municipale du district Lac-Magog est prête à reprendre le travail, après s’être absentée pendant quelques mois pour combattre un cancer du sein agressif. Annie Faucher retrouvera ses fonctions politiques en août, à la fin des vacances estivales. Mais c’est une tout autre femme, plus réaliste et à l’écoute de son corps, qui franchira les portes de l’hôtel de ville de Sherbrooke.

La maladie va avoir remis beaucoup en perspective toutes les aspirations que j'avais à vouloir changer le monde, confie l’élue en riant.

Annie Faucher va mieux. Attablée dans un restaurant de Sherbrooke, elle discute en gesticulant de manière dynamique, le regard vif et brillant. Les traitements de chimiothérapie ont pris fin et ont permis de détruire les cellules cancéreuses qui se logeaient dans son sein droit, raconte-t-elle.

Les effets secondaires, comme les nausées, les maux de tête, sont choses du passé. Ses cheveux ont un peu repoussé, signe que les jours les plus difficiles se sont écoulés.

Annie Faucher sourit à la caméra. Elle se trouve dans un restaurant. Des gens se trouvent derrière elle.

Annie Faucher se porte mieux depuis quelques semaines. Ses traitements de chimiothérapie sont terminés.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Quand tu recommences à retrouver ton énergie, ta soif de vivre et de ne rien manquer, de tout faire en même temps, elle est présente, elle est là. En ce moment, il faut que je la gère de façon plus sage. Si je pars en peur quand j'ai de l'énergie, je vais être fatiguée et je vais en payer le prix pour plusieurs jours.

Car les traitements d’hormonothérapie, qu’elle devra suivre pendant 10 ans pour éviter le retour insidieux du cancer, lui procurent des douleurs intenses qui l’obligent à ralentir.

« Je suis une personne qui s'est toujours fait des to-do lists longues comme ça », indique-t-elle en mimant un large espace de ses deux mains. À la fin de la journée, je disais tout le temps : "je n’ai pas réussi à faire ça, ça et ça. Maintenant, j'essaie de faire l’inverse, de me dire : "aujourd'hui, j'ai fait ça, le reste, ce sera pour demain".

Annie Faucher sourit à la caméra.

La conseillère municipale Annie Faucher

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Annie Faucher n’a pas pu célébrer son élection à titre de conseillère municipale à la Ville de Sherbrooke longtemps. Elle a appris qu’elle était atteinte une seconde fois d’un cancer du sein, maladie qu’elle avait dû affronter 12 ans plus tôt, le lendemain du scrutin, le 3 novembre. Si une telle annonce est un choc pour toutes les femmes, la descente aux enfers de l'élue a été brutale.

Cette fois, on avait affaire à quelque chose de plus agressif : un stade 4. Tout de suite, c'était la mastectomie. Il n’y avait pas de question à se poser. Quand on veut vivre, on prend les moyens qui sont à notre disposition. Ça fait un début de mandat un petit peu rock'n'roll.

Annie Faucher lors de l'assermentation du conseil municipal.

Annie Faucher a été élue sous la bannière de Vision Action Sherbrooke. Elle a quitté la formation politique au moment où le cancer est revenu, laissant le parti sans représentant à l'hôtel de ville. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Daniel Mailloux

« Je suis un bon soldat »

Annie Faucher est restée en poste malgré l’opération et la chimiothérapie. Même si son oncologue lui conseillait de se retirer, elle tenait à honorer le mandat que les électeurs sherbrookois lui avaient confié. Mais en avril, son corps en a décidé autrement.

J'ai été hospitalisée pendant 5 jours, les reins fonctionnaient à 20 %, j'étais déshydratée. Je n’étais pas sur une belle pente. J'ai eu du temps pour réfléchir, comme j'ai été placée en isolement. Le premier appel que j'ai fait, c'est à Marie-Claude Bibeau, la mairesse, pour lui dire que j'étais obligée de prendre une vraie pause. Je pense que ça a été l'appel le plus difficile parce que moi, je suis comme un bon soldat.

Tu ne peux pas te dénaturer. À 56 ans, j'ai toujours été une personne impliquée, active. Quand on me confie quelque chose, j'aime le rendre à terme.

Annie Faucher regarde la journaliste Alexandra Duchaine qui se trouve de dos. Toutes deux sont assises à la table d'un restaurant. Deux limonades se trouvent sur la table.

Annie Faucher représente les citoyens du district du Lac-Magog depuis novembre.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

L'ex-entrepreneure a travaillé pendant deux ans pour remettre sur pied le bar Liverpool, qu’elle a opéré pendant 33 ans avec son conjoint, avant qu’il ne soit endommagé en 2024 par un brasier ayant pris naissance dans l’immeuble voisin. Elle a jeté l’éponge quand son diagnostic est venu s’ajouter aux problèmes liés à la rénovation, notamment avec ses assureurs.

L’incendie, deux cancers… La vie nous envoie plein d’épreuves, ce serait bien qu’elle arrête, souligne-t-elle. Annie Faucher admet sans détour avoir eu peur d’y laisser sa peau. Quand j’étais au plus bas physiquement, j’ai eu une période où j’étais complètement démoralisée.

J’ai eu peur de mourir. Peur de quitter ceux que j’aime. Peur de les laisser tous seuls et que je ne sois plus là pour prendre soin d’eux.

Un édifice très endommagé par un incendie.

L'édifice qui abrite le bar Liverpool, sur le rue Wellington, au lendemain de l'incendie survenu en 2024. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

La grand-mère de deux petits garçons se réjouit aujourd’hui de les voir grandir. Ses moments en famille, le soutien de ses proches, mais aussi des citoyens, l'ont incitée à se battre, avoue-t-elle, les yeux humides.

Des gens du district du Lac-Magog m’écrivaient, m’envoyaient des messages tous les jours et j’en reçois encore. Les journées où tu es plus fatiguée, plus triste, où tu as des craintes, ça aide beaucoup, beaucoup.

Retour au travail

Annie Faucher a rencontré des citoyens dans les dernières semaines et fait le ménage de sa boîte courriel. Elle souhaite retrouver son siège au comité exécutif le 9 août et participer à la prochaine séance du conseil municipal, la semaine suivante.

Elle ne portera ni perruque ni bandeau, juste ses cheveux courts qu’elle arbore fièrement, même si elle ne cache pas sa hâte de les voir tomber sur ses épaules. Perdre un sein et sa crinière est une épreuve qui revient à dire au revoir à une part de sa féminité, admet-elle.

Mais elle veut montrer aux femmes que la vie continue, même quand le corps se transforme. Elle souhaite aussi faire une différence à nouveau, en faisant avancer le dossier qui lui tient le plus à cœur : la redynamisation de la rue Wellington. Être utile à ma société, c'est ce qui me stimule le plus.

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