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«Je reconnais au regard de la mère si le veau va bien»

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Publié le 13 juin 2026 à 01:00. 5 min. de lecture

Au cœur de la vieille ville de Berthoud (BE), Natascha Eberhart gère depuis trois mois le 101g Eberharts, un magasin de produits régionaux de saison et de spécialités de la ferme. Ces derniers proviennent de sa propre exploitation, quelques mètres au-dessus de la ville. Agée de 29 ans et mère de deux enfants en bas âge, Natascha Eberhart est aujourd’hui doublement indépendante.

Devenir agricultrice et responsable d’une exploitation de taille moyenne (selon les critères suisses) n’était pourtant pas inscrit à son programme. Aujourd’hui, sa ferme compte 41 bovins, dont 23 vaches allaitantes, ses «mamans» comme elle les appelle affectueusement, ainsi que des truies d’engraissement, quelques poules pondeuses, trois moutons – ses «tondeuses à gazon» –, un grand jardin et un magasin.

Il y a 6 ans, cette constructrice métallique et cheffe de montage en atelier qualifiée a épousé un agriculteur qui avait repris la ferme de sa famille. Lorsqu’il est décédé deux ans plus tard, un an après la naissance de leur fille, la jeune veuve a décidé de poursuivre son activité, notamment pour leur enfant.

Là où les vaches peuvent rester mères

Il y a plus de 10 ans, son mari avait transformé l’exploitation pour passer des vaches laitières aux vaches allaitantes. Pour Natascha Eberhart, ce choix est le meilleur. «Le bien-être animal est ma priorité absolue.» Dans ce cadre, les veaux restent dix mois avec leur mère et boivent son lait, et la porte de l’étable donnant sur l’extérieur est toujours ouverte. Par beau temps, les bêtes sont dehors 24h/24. En été, lorsqu’il fait chaud, le troupeau passe la nuit à l’extérieur et reste à l’intérieur pendant la journée. Les animaux peuvent sortir dans l’aire de promenade à tout moment, même en hiver. Les veaux sont par ailleurs dans une pièce séparée: ils sont toujours libres d’aller voir leur mère, mais l’inverse n’est pas vrai. «C’est en quelque sorte leur terrain de jeu, avec une surface recouverte de litière pour dormir et un endroit où manger.»

Le bien-être animal est ma priorité absolue.

La vache Babsi, une race brune originale, est sur le point de vêler. Natascha Eberhart l’a donc gardée dans l’étable, pour qu’elle ait plus de calme et de place. Les autres bêtes pâturent à quelques centaines de mètres seulement. L’agricultrice a opté pour la diversité dans la composition de son troupeau. «Chez moi, c’est multicolore; je me laisse un peu guider par l’esthétique.» Certaines vaches affichent ainsi une robe blanc et brun. Le groupe comprend par ailleurs une cheffe, deux «nounous» qui s’occupent de tout le monde et la Blüemli («Petite Fleur»), qui ferme le convoi et veille toujours à ce que le troupeau soit au complet. C’est particulièrement important sur le chemin du pâturage et au retour. «Les veaux sont comme des enfants, ils courent partout.»

Lorsque les bêtes sont à l’extérieur, elles accomplissent accessoirement une tâche indispensable: elles entretiennent les paysages montagneux et valorisent des prairies sur lesquelles il serait impossible de cultiver des denrées alimentaires. «Nous produisons nous-mêmes tout ce que mangent nos vaches et nos veaux.» La principale source de nourriture est l’herbe, séchée ou en balles enrubannées en hiver, consommée fraîche dans les pâturages en été. Le terrain étant vallonné, il n’est pas possible d’y planter des légumes en grande quantité. «Les bêtes se moquent que ce soit raide – elles sont plus tout-terrain qu’un tracteur.»

Trois semaines pour le goût

Le fourrage naturel présente un autre avantage: «Il soutient le système immunitaire des bêtes, ce qui influe à son tour sur la qualité de la viande.» Se déplaçant principalement dans les pâturages, les animaux de Natascha Eberhart développent une musculature solide et peu de graisse. Pour reprendre l’image de l’agricultrice, «une salade cultivée dans une serre n’a pas le même goût qu’une salade de plein champ». En tant que productrice de viande, elle se félicite également que ses clientes et clients fassent preuve de modération dans leur consommation de viande. «Mieux vaut ne manger de la viande qu’une ou deux fois par semaine, mais la choisir de bonne qualité», considère-t-elle. Une partie de son Natura-Beef va à la commercialisation centralisée et est disponible chez le détaillant Coop. La viande qu’elle vend directement dans son magasin de ferme en libre-service sur le Friesenberg et dans son magasin de Berthoud, elle la laisse reposer au moins trois semaines. Si la perte d’eau en réduit le poids, ce qui se traduit par un gain moindre, la productrice s’en accommode: «La qualité est plus importante pour moi que le fait de gagner deux francs de plus.»

Natascha Eberhart renonce délibérément à la certification bio; peut-être parce que sa viande ne pourrait être plus biologique – après tout, elle est produite exclusivement à partir d’eau et d’herbe. «En tant que cliente, je préfère aussi savoir que la viande est régionale et qu’elle est produite dans le respect du bien-être animal», déclare l’agricultrice, qui est par ailleurs convaincue que les prescriptions de Natura-Beef à cet égard figurent parmi les plus élevées en matière de labels de viande.

Vache heureuse = veau heureux

Pour Natascha Eberhart, le bien-être animal, c’est aussi savoir quand il manque quelque chose à l’une de ses vaches ou à l’un de ses veaux. Elle le reconnaît à la manière dont l’animal marche, mange et se comporte au sein du groupe, ou même simplement à sa position. Et lorsqu’un petit ne se porte pas bien, l’agricultrice remarque souvent que quelque chose cloche en observant sa mère.

Dans la production Natura-Beef, le veau reste environ dix mois avec sa mère. — © Markus Bolliger Dans la production Natura-Beef, le veau reste environ dix mois avec sa mère. — © Markus Bolliger

D’autres agricultrices et agriculteurs qui visitent son exploitation lui font souvent la remarque que ses animaux sont très calmes. «Je ne peux pas dire si cela est dû à l’élevage de vaches mères ou à la manière dont je m’occupe d’eux.» La proximité avec les bêtes, le fait qu’elle sache ce qui fait du bien à chacune d’elles, voilà ce qui ravit la jeune femme dans son travail avec des vaches mères. Pour elle, le plus beau moment de l’année arrive au printemps, lorsqu’elle peut leur remettre leurs cloches. Leurs tintements sonores et variés remplissent alors toute l’étable, ce qui provoque en elle «un véritable sentiment de bien-être».

Autrefois, Natascha Eberhart pratiquait son métier de constructrice métallique avec passion. Elle n’aurait jamais pensé qu’elle serait un jour indépendante – encore moins dans l’agriculture. Elle ne le regrette pas un seul instant: «Voir les yeux de mes enfants briller devant un veau tout juste né qui se lève au bout de quelques minutes et tète sa mère… C’est incroyablement beau.» Sans sa fille, elle n’aurait probablement pas repris l’entreprise: «Je n’aurais pas osé le faire.» Avec son nouveau partenaire, qui l’assiste dans la conduite des machines et la maintenance, elle a maintenant un fils. Elle veut montrer aux deux enfants que tout est possible, fidèle à la devise de sa mère: «Gring ache u hü» (dialecte bernois que l’on peut traduire par «Accroche-toi et fonce»).

L’entrepreneuse, agricultrice et mère de deux enfants semble y parvenir sans peine. Pour citer ses propres mots: «J’ai 365 jours de vacances par an, mais sous certaines conditions.»


Natura-Beef: une valeur ajoutée pour l’homme, la bête et la nature

L’élevage de vaches mères est considéré comme la forme la plus naturelle de l’élevage bovin et le mode de production de viande le plus durable. Le label Natura-Beef de l’association «Vache mère Suisse» garantit donc un niveau maximal de bien-être et de santé aux animaux et une qualité optimale de la viande. Les produits sont disponibles dans le commerce de détail chez Coop ou directement dans plus de 750 exploitations agricoles.

www.natura-beef.ch

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