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On a sans doute parfois encore l'impression que pour faire des découvertes spectaculaires et nombreuses concernant les dinosaures, il faut partir explorer les Badlands de l'Alberta au Canada ou les territoires du Dinosaur National Monument aux États-Unis.
Il ne semble pas possible de trouver des fossiles de dinosaures en France ou en Europe. Et pourtant, le concept même de dinosaure en biologie et en paléontologie a été défini en 1842 par le paléontologue britannique Richard Owen à partir de fossiles européens et, dès la fin du XIXe siècle, les Iguanodons de Bernissart en Belgique étaient déjà associés à un gisement fossilifère de grande envergure.
En fait, depuis des décennies, les paléontologues explorent avec bonheur le sud de la France et l'Espagne où les sites découverts n'ont pas à rougir devant ceux de l'Amérique du Nord ni même ceux de l'Amérique du Sud, de l'Argentine à la Patagonie (où l'on a découvert certains des plus anciens et des plus grands dinosaures du monde au point qu'on y parle d'un véritable parc du Crétacé pour la Patagonie).
Une découverte exceptionnelle a été faite sur le site paléontologique de Mèze, dans l'Hérault. Des centaines d'œufs de dinosaures ont été mis au jour. Ils auraient été pondus il y a 70 millions d'années ! Reportage : D. de Barros, C. Metairon, S. Janneau, F. Rinauro © France 3 Occitanie
Une concentration d'œufs de dinosaures record
La dernière découverte en date a été faite dans la région de Mèze, située dans le département de l'Hérault, entre Montpellier et Béziers. Futura a été prévenu par le paléontologue et géologue Alain Cabot. Il en est à l'origine avec sa fille Marina lors de nouvelles fouilles qui ont débuté au mois d'octobre 2025.
Fondateur du musée-parc des dinosaures à Mèze, suite à la découverte déjà en 1996 d'œufs de dinosaures sur ce qui allait se révéler ensuite l'un des plus importants gisements paléontologiques d'Europe, avec de nombreux nids d'œufs fossiles et d'ossements appartenant à diverses espèces de dinosaures, Alain Cabot n'a pas caché son étonnement lors d'une interview qu'il nous a accordée.
« Jusqu'à présent, on ne trouvait que des nids de pontes espacés de plusieurs dizaines de mètres et contenant en moyenne de 4 à 6 œufs, parfois une dizaine d'œufs maximum, mais une centaine... je n'avais jamais vu ça ! » s'exclame-t-il. Pour lui, cette découverte ne fait que confirmer ce qu'il pense déjà depuis un moment, à savoir que le site de pontes fossiles de la région qui s'étend sur une bande de 50 km2 datant du Crétacé supérieur, plus précisément d'il y a 74 à 65 millions d'années, doit être classé troisième au niveau mondial, juste après ceux du désert de Gobi, en Chine, et de l'État du Montana, aux États-Unis.
Un des œufs nouvellement découverts. © Marina Cabot
Alain Cabot a expliqué à Futura que les analyses des œufs trouvés sur le site de Mèze depuis des décennies laissent fortement penser que la majorité de ceux qui composent les nids ont été pondus par des dinosaures herbivores, très similaires à ceux trouvés en Argentine et que l'on appelle des titanosaures. Ces sauropodes quadrupèdes pouvaient atteindre 12 mètres de long.
Au cours des années, toujours dans la région de Mèze et notamment en association avec le laboratoire de paléontologie de l'université de Montpellier, des fouilles ont révélé des restes de ce type de dinosaures, ainsi que ceux d'autres espèces comme celles des rabdodons ornithopodes (un herbivore à bec corné de 5 à 6 mètres de long) et des dromaeosaures (un petit dinosaure carnivore de 2,50 mètres de long), comme on peut le lire sur le site en ligne du musée-parc.
Un titanosaure juste avant de naître. © Musée-parc des dinosaures de Mèze (Hérault)
Une pièce aux débats sur la disparition des dinosaures
Alain Cabot nous a aussi expliqué qu'il fallait être prudent en ce qui concerne les œufs découverts, qui témoignent d'une dizaine d'espèces différentes. Environ 95 % de ces œufs sont éclos et dans l'idéal, il faudrait pouvoir trouver des embryons ou des restes de bébés fossilisés après éclosion pour pouvoir attribuer avec certitude un œuf à une espère de dinosaures. Cela n'a pas été le cas jusqu'à présent, contrairement à ce qui s'est passé pour un site fossilifère similaire au Portugal.
Alain Cabot est aussi prudent quant à l'interprétation d'une curieuse découverte sur le site et qui le rend perplexe. On y trouve la trace de la fameuse limite Crétacé-Paléogène, qui marque l'extinction des dinosaures non aviens il y a 66 millions d'années.
Mais au cours des millions d'années la précédant, avant donc les éruptions du Deccan en Inde et l'impact du petit corps céleste à l'origine de l'astroblème de Chicxulub (tout deux censés être conjointement responsables de la disparition des dinosaures), les couches sédimentaires de la région de Mèze ont enregistré une lente diminution du nombre d'espèces différentes à l'origine des pontes. Certes, on ne retrouve pas encore ce même phénomène sur d'autres sites de pontes similaires sur notre Planète Miracle mais c'est à se demander si l'extinction des dinosaures n'avait pas en réalité déjà commencé avant le dépôt de la fameuse couche KT censée marquer la fin des dinosaures.
L'un des plus grands gisements d'œufs de dinosaures découvert dans l'Hérault. © Midi LibreDonnons un peu plus de contexte à la découverte faite en octobre 2025.
Alain Cabot nous a raconté, et on peut en avoir un écho dans la vidéo donnée juste ci-dessus, qu'en 1996 il travaillait comme géologue prospecteur à un moment où l'on suspectait qu'il devait y avoir entre la Provence et le sud des Pyrénées des terrains fossilifères intéressants pour découvrir des dinosaures. C'est par hasard, attiré par un affleurement de couches d'argiles « ocre jaune », qu'il a fait la découverte de ces premiers œufs.
La découverte s'est rapidement révélée importante, mais sa médiatisation a rapidement aussi, malheureusement, entraîné un début de pillage du site, faisant courir le risque de la perte d'informations importantes sur les dinosaures de la fin du Crétacé.
C'est pour cette raison qu'il va s'employer à partir de 1997 à protéger le site en créant et développant sur six hectares de pinède et de garrigue un musée en plein air qui va permettre de le surveiller toute l'année.
Une île Franco-Ibérique avec des troupeaux de dinosaures
Le géologue et paléontologue nous a expliqué également que des données magnétostratigraphiques ont été employées pour étudier le site. Rappelons qu'au cours des millions d'années, de façon plutôt chaotique, le champ magnétique dipolaire de la Terre s’inverse à répétition, le pôle Nord devenant pôle Sud et inversement pour une boussole.
Des roches sédimentaires et des laves se refroidissant et contenant des particules ferreuses semblables à de petits aimants peuvent alors non seulement enregistrer l'orientation du champ magnétique, mais aussi son inclinaison par rapport à la surface du lieu où elles ont constitué, à une date donnée, un enregistrement paléomagnétique.
Dans certaines régions, on peut dater avec des isotopes les enregistrements caractéristiques d'une série d'inversions pour une période de l'histoire de la Terre, de sorte qu'en retrouvant la même séquence d'inversion ailleurs sur Terre une datation peut être fournie. L'inclinaison elle-même du champ magnétique dépend de la latitude du lieu à un moment donné de l'histoire de la dérive des continents.
Une reconstitution de la paléographie du Crétacé il y a 66 millions d'années. On voit l’île Franco-Ibérique. © C.R. Scotese Ian Webster
C'est de cette manière que l'on peut notamment dater et déterminer les effets de la tectonique des plaques sur cette dérive des continents. Jointe à des études de paléogéographie fondées sur des dépôts de roches, on a pu en déduire que vers la fin du Crétacé et en raison de transgression marine, une bonne partie de l'Europe était sous l'eau, avec un archipel et sous une latitude tropicale, à l'emplacement actuel du Tchad ou de la République centrafricaine.
L'orogenèse des montagnes des Pyrénées va débuter il y a environ 80 à 70 millions d'années lors de la collision entre le bloc ibérique et l'Eurasie. Mais un peu avant cela, on constate qu'une partie de l'Espagne et du sud de la France constituait ce que les paléogéographes ont appelé « l'île Franco-Ibérique », la plus grande des îles de l'archipel.
On connaît des pistes fossiles de migrations de dinosaures en troupeaux et c'est très probablement ce que devait faire notamment ceux constitués de titanosaures dans les plaines alluviales parcourues par de grands fleuves à l'époque. Pour Alain Cabot, à l'instar des tortues, ces dinosaures revenaient périodiquement sur des sites de pontes qui allaient devenir plus tard les fossiles trouvés dans la région de Mèze.
Lors de son interview pour Futura, il a ajouté à ce sujet que le BRGM avait fait des sondages dans les couches fossilifères de la fin du Crétacé. Les couches sédimentaires qui se sont déposées en une dizaine de millions d'années ont presque 1 000 mètres d'épaisseur et c'est la surrection des Pyrénées qui a fait resurgir certaines des couches où l'on trouve aujourd'hui des fossiles de dinosaures du Crétacé, mais aussi ceux de plusieurs espèces de crocodiles, tortues, varans et même de végétaux.
Tout reste donc encore à découvrir...
Comment on extrait des œufs de dinosaures à Mèze. © Musée parc des dinosaures de Mèze (Hérault)


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