C’était la belle époque où Isaac Del Toro dormait sur des lits superposés, à 10 000 kilomètres de chez lui. Le coureur mexicain, 22 ans, coéquipier de Tadej Pogačar et actuellement troisième du Tour de France, s’émerveillait des petits magasins de glaces autour du rocher de Saint-Marin. Une enclave en Italie, un non-lieu qui était devenu le sien, et qu’il aimait beaucoup. Rodolfo Niels Gervasio a connu ces temps joyeux, parmi les jeunes cyclistes mexicains déracinés. L’équipe AR Monex avait posé ses cartons dans ce micro-Etat, sous ce microclimat, pour faire émerger un futur maillot jaune. «C’était un long voyage et Isaac a pu savourer chaque instant de cette beauté», contemple encore Rodolfo Niels Gervasio, 24 ans, ancien et peut-être futur équipier de Del Toro.
Les coureurs italiens lui menaient la vie dure. En cette saison 2023, chaque dimanche, dans les épreuves autour de Saint-Marin, ils s’y mettaient à plusieurs et entre équipes rivales pour faire perdre Isaac Del Toro. Le jeune leader de Monex était précédé par une réputation flatteuse, repérable à son énergie bouillante, et tellement agaçant, avec son anatomie de cycliste déjà parfait, ou de chat, aujourd’hui le plus élégant de la Grande Boucle 2026, un squelette souple qui paraît plus long que son mètre quatre-vingt, et qui n’a pas les flancs trop creusés, signe de bonne santé. «Ces coalitions l’énervaient beaucoup, se souvient celui qui portait le même maillot. Mais je pense que ça lui a donné l’habitude de partir seul en échappée, pour ne pas que les autres jouent avec lui». Rodolfo Niels Gervasio ajoute qu’il y a eu aussi «la chute».


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