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Si l’annonce d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran a été accueillie avec soulagement, notamment au Liban, le plus difficile reste à faire. Les détails doivent encore être précisés, notamment sur le dossier nucléaire ou la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Jean-Michel Lahire - Hier à 20:10 | mis à jour hier à 21:21 - Temps de lecture :
Du Donald Trump tout craché. Annonçant dimanche la conclusion d’un « deal » avec Téhéran, le président américain n’a pas pu s’empêcher d’affirmer que c’est lui qui « autorisait pleinement » la réouverture du détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran depuis le 28 février. « Bateaux du monde entier, rallumez vos moteurs. Que le pétrole coule à flots ! », s’était réjoui le locataire de la Maison Blanche sur son réseau Truth Social. Le blocus naval imposé au régime par les États-Unis a été levé par la même occasion, et le cessez-le-feu prolongé sur tous les fronts. L’accord a été signé électroniquement par le vice-président américain J. D. Vance et le président du Parlement iranien et principal négociateur, Mohammad Bagher Ghalibaf. La signature officielle est prévue vendredi à Genève. Elle donnera le coup d’envoi d’un nouveau round de négociations de 60 jours afin de parvenir à un règlement définitif.
Conséquence immédiate : le prix du baril est retombé ce lundi aux alentours de 80 dollars. C’est bien une des rares certitudes, tant l’accord (dont le texte n’a pas été publié officiellement) semble susciter des interprétations divergentes. Donald Trump a présenté comme acquis qu’aucune taxe ne sera exigée des navires passant dans le détroit d’Ormuz. Mais selon l’agence Fars, proche des Gardiens de la Révolution, les États-Unis auraient reconnu le droit de l’Iran et d’Oman d’en fixer les modalités d’administration. L’absence de péage ne serait que temporaire. « L’Iran a pris la décision ferme que l’administration du détroit d'Ormuz ne sera plus la même qu’auparavant », a affirmé Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne.
Lors d’une rencontre avec Donald Trump, au G7 à Évian (Haute-Savoie) ce lundi, Emmanuel Macron a réitéré son offre d’une mission franco-britannique afin d’aider à rouvrir et sécuriser le détroit. Le porte-avions Charles-de-Gaulle est déjà dans la région. Le président français a également promis de « tout faire pour qu’il n’y ait pas de péage » dans le détroit.
Le président américain Donald Trump (à gauche) et le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi. Photos Sipa
Le Liban, pierre d’achoppement avec Israël
Dans la liste des autres points à éclaircir, le nucléaire occupe le haut de la pile. Selon les premiers éléments, l’Iran s’engagerait à ne pas développer ou acquérir d’armes nucléaires. En juillet 2015, il avait fallu près de deux ans pour négocier l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), dont Donald Trump avait décidé de retirer la signature américaine trois ans plus tard. Le dossier fera probablement l’objet d’intenses tractations entre Washington et Téhéran, qui réclame la levée des sanctions américaines et internationales. Se posera la question de la gestion du stock d’uranium enrichi de Téhéran, censé avoir été enseveli par les bombardements américains.
L’attitude d’Israël pourrait aussi compliquer les négociations. Il n’apporte aux Israéliens aucune garantie sur les capacités balistiques de l’Iran, son programme de drones ou ses relations avec ses proxies - exclus a priori du champ de l’accord. « Nous ne sommes pas parties à cet accord qui ne garantit pas notre sécurité, et il ne nous lie en aucune façon », a réagi Itamar Ben-Gvir, figure de l’extrême droite et ministre de la Sécurité nationale. Il a également exclu tout retrait des territoires occupés par l’armée israélienne, y compris au Liban.
L’inclusion du Pays du Cèdre dans le périmètre du cessez-le-feu, exigée par l’Iran mais refusée par Israël, est devenue un point de friction majeur avec Washington. Mais à en croire le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, un des principaux médiateurs de l’accord, le sujet a été tranché. « Les deux parties ont déclaré la fin immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban », avait-il annoncé dimanche. Le gouvernement américain n’a pas confirmé. L’armée israélienne occupe depuis le mois mars le sud du Liban, où Benjamin Netanyahou s’est juré d’anéantir les milices du Hezbollah soutenues par l’Iran. Selon le ministère libanais de la Santé, le conflit aurait fait plus de 3 700 morts et plus de 11 000 blessés, principalement des civils. Plus d’un million de Libanais ont été déplacés, et des dizaines de villages rasés par Tsahal.
Netanyahou au pied du mur ?
Paradoxalement, le grand perdant de l’accord est Benjamin Netanyahou, qui se retrouve dans une position difficile : renoncer à neutraliser la menace iranienne et en payer le prix électoral, ou poursuivre ses opérations militaires en prenant le risque d’une rupture avec les États-Unis. Pressé de sortir d’une impasse qui lui coûte beaucoup politiquement, quitte à faire des concessions significatives à l’Iran, Donald Trump dissimule de moins en moins son irritation à l’égard du Premier ministre israélien. « C’est un gars très difficile. Honnêtement, il devrait nous remercier de faire ça. Parce que si l’Iran avait une arme nucléaire, Israël ne serait plus là dans deux heures », avait-il déclaré dimanche au New York Times, peu après l’annonce de l’accord.


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