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Sur l’une des scènes du Théâtre Tarragon, l’actrice Elena Belyea présente des excuses. Les destinataires? Des spectateurs choisis au hasard, qui avaient inscrit l’objet de leurs doléances sur un petit papier avant même le lever du rideau. Mercredi soir, la représentation a pris une tournure poignante lorsqu’elle s'est adressée à une femme dont le père a déserté le foyer durant son enfance.
Le spectacle, intitulé Apology Show, est en chantier. Grâce au festival Greenhouse, Elena Belyea peut tester ces mécaniques interactives en temps réel. Pendant le spectacle, elle sonde les spectateurs pour comprendre comment ils préfèreraient recevoir des excuses et ce qui leur permettrait de pardonner plus facilement à ceux qui les ont blessés.
L'actrice, vêtue d'une combinaison bleue et maquillée d'une ombre à paupières aux teintes similaires, se met aussi à chanter ses propres compositions électro-pop, dont les paroles sont en lien avec le thème du spectacle.
Pour elle, cette étape dans le processus de développement de son spectacle est vitale, car, sans l'avis des spectateurs, impossible de peaufiner le texte ou l’émotion. Je ne sais pas définir ce qu'est Apology Show sans le présenter devant un public, pense-t-elle.
L'artiste puise son inspiration d'un moment où l'une de ses amies lui a finalement présenté des excuses. C'est à ce moment qu'elle a réalisé l'impact du pardon dans sa propre vie et ce qu'elle considère comme un besoin de pardonner dans la société, dans un contexte où beaucoup de gens se sentent éloignés de leurs voisins et n'ont pas forcément le sentiment d'appartenir à une communauté.
Dans la première version de la pièce présentée à Toronto il y a plus d'un an, son équipe a opté pour un modèle où elle ne faisait que raconter des histoires d'excuses de ses proches. Il a fallu tenter cette méthode pour réaliser que l'avis des spectateurs sur ce spectacle était essentiel.
L'idée est qu'ils puissent habiter l'espace avec leur propre vécu et leurs propres histoires d'excuses. En créant ce vide, on offre une occasion de réflexion bien plus percutante que si je me contentais de raconter mes histoires , croit-elle. Une stratégie payante, si l’on en croit le rire généreux et la complicité dans la salle mercredi soir.
Un festival multidisciplinaire

Le spectacle « Pulse», créé par le chorégraphe Eric Miracle et la metteuse en scène Riel Reddick-Stevens, est inspiré des films de danse des années 2000, comme « Honey » ou « Step Up ».
Photo : Radio-Canada
Le festival Greenhouse se veut un programme de résidence axé sur le processus de création, qui met l'accent sur le cheminement artistique plutôt que sur le produit fini. Sa mission est de cultiver des idées théâtrales audacieuses tout en facilitant l'échange entre les créateurs et leur public. Cette édition inclut quatre spectacles principaux, à Apology Show s'ajoutent Pulse, Ramla and the Desert et Love Me Back.
Mabel Wonnacott est la metteuse en scène du spectacle Ramla and the Desert. Pour elle, le festival est une occasion rare d'expérimenter le théâtre d'ombres. De manière générale, cette technique consiste à projeter les silhouettes de marionnettes ou de mains sur un écran éclairé par l'arrière, souvent avec de la musique et des récits. L'équipe de Ramla and the Desert pousse le genre plus loin en intégrant des projections numériques et des jeux d'optique.
L'opinion des spectateurs est aussi vitale pour Mabel Wonnacott : On invite le public à entrer et manipuler les objets. Ce que le public voit sur la scène à Tarragon, ça vient des expérimentations, des moments qui n'existaient pas quand c'était juste nous trois. Il y a toutes sortes de nouvelles images, de nouvelles façons d'utiliser les objets, raconte-t-elle. Cette expérience est très précieuse parce que c'est une place où l'important c'est le processus au lieu du produit final.
Le projet Pulse, créé par le chorégraphe Eric Miracle et la metteuse en scène Riel Reddick-Stevens, est aussi présenté dans le cadre du festival Greenhouse. Inspiré par les films de danse des années 2000 comme Honey ou Step Up, le duo utilise la danse comme principal vecteur narratif, remplaçant les dialogues par une bande-son de messages vocaux. Il explore les thèmes de la famille, de la diversité et du sentiment d'appartenance. Nous voulions vraiment utiliser la danse comme pièce théâtrale pour créer l'histoire en réduisant au minimum les dialogues , explique Eric Miracle.
La persévérance malgré les difficultés

Mike Payette, directeur artistique du théâtre Tarragon, cherche des idées qui ont le potentiel de devenir des productions à grande échelle.
Photo : Rudy Perez
Bien qu'il n'en soit qu'à sa troisième édition, le festival s’impose comme un lieu d'expérimentation essentiel pour les créateurs naviguant dans un écosystème où les coûts de production ne cessent de grimper. Ce mois-ci, deux versions achevées de propositions initialement montrées à Greenhouse — 2021 de Guilty by Association et Benevolence de Kevin Matthew Wong — ont vu leurs versions finales présentées au festival Under the Radar à New York.
Pour Mike Payette, directeur artistique de Tarragon, l'objectif est clair : Nous cherchons des idées qui ont le potentiel de devenir des productions à grande échelle au Canada et même aux États-Unis, dit-il.
Pour assurer la pérennité du festival Greenhouse tout en garantissant son accessibilité aux artistes émergents, l'événement est devenu bisannuel, soutenu par des partenaires comme la Banque de Montréal.
Les succès du festival inspirent d'ailleurs les artistes à vouloir peaufiner leurs projets. Certains ont même déjà une vision pour l'avenir. On pense à la possibilité d'avoir une installation immersive, ou encore une version de cette histoire en animation, conclut Mabel Wonnacott.
Le festival Greenhouse se poursuit jusqu’au 31 janvier au Théâtre Tarragon.


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