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Alors que plus de 30 000 participants provenant de plus d’une centaine de pays se réunissent cette semaine à Calgary dans le cadre du Global Energy Show, le gouvernement fédéral tente de projeter une image de confiance et d’ouverture envers le secteur énergétique canadien. Mais derrière les déclarations optimistes du ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, plusieurs acteurs majeurs de l’industrie continuent de dénoncer un environnement réglementaire qui décourage l’investissement et compromet les grands projets d’infrastructures.
Selon Lauren Krugel de La Presse Canadienne, le ministre Hodgson a profité de la séance d’ouverture du sommet pour présenter le Canada comme un fournisseur énergétique fiable dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et l’instabilité des marchés.
« Le Canada peut être le fournisseur dont vous avez besoin dans un monde volatile », a-t-il déclaré devant les délégués internationaux.
Le ministre a également affirmé que le Canada était désormais « de nouveau ouvert aux affaires » et que le gouvernement fédéral entendait accélérer le développement de grands projets liés à l’énergie, aux ressources naturelles, aux ports et aux corridors commerciaux.
Selon Global News, Hodgson a insisté sur le fait que « le monde n’attendra pas le Canada », ajoutant que le pays devait saisir l’occasion de devenir une véritable superpuissance énergétique.
Le message est clair : Ottawa souhaite convaincre les investisseurs étrangers que le Canada est prêt à redevenir un acteur majeur du marché mondial de l’énergie.
Or, à peine quelques minutes après ce discours, l’un des principaux dirigeants de l’industrie pétrolière canadienne est venu jeter une douche froide sur cet optimisme gouvernemental.
Le PDG de Cenovus lance un avertissement
Jon McKenzie, président-directeur général de Cenovus Energy, l’un des plus importants producteurs des sables bitumineux du pays, a livré un constat beaucoup plus sévère de la réalité canadienne.
Selon Reuters, McKenzie a déclaré que le projet de nouvel oléoduc vers la côte Pacifique actuellement envisagé par l’Alberta est tout simplement « impossible à financer » dans les conditions réglementaires actuelles.
« Unfinanceable », a-t-il résumé.
Cette déclaration frappe particulièrement fort puisque le projet de pipeline de un million de barils par jour constitue l’une des principales ambitions énergétiques mises de l’avant par le gouvernement de Danielle Smith afin d’accroître les exportations canadiennes vers les marchés asiatiques.
Or, selon le dirigeant de Cenovus, les producteurs pétroliers n’ont aucune raison économique d’investir les dizaines de milliards de dollars nécessaires pour rendre le projet viable.
La taxe carbone industrielle dans la ligne de mire
Le principal obstacle identifié par McKenzie demeure la taxe carbone industrielle maintenue par Ottawa.
Selon La Presse Canadienne, le dirigeant a qualifié cette taxe d’« insidieuse », estimant qu’elle réduit la compétitivité du pétrole canadien tout en décourageant les investissements.
« Tout comme la taxe carbone imposée aux consommateurs a rendu la vie moins abordable pour les Canadiens, la taxe carbone industrielle rend les investissements dans l’énergie canadienne moins compétitifs et chasse les capitaux », a-t-il affirmé.
Le dirigeant soutient que les producteurs canadiens doivent désormais composer avec une accumulation de réglementations, de délais d’approbation et de coûts supplémentaires alors que leurs concurrents américains ou moyen-orientaux bénéficient de conditions beaucoup plus favorables.
Selon le Western Standard, McKenzie a rappelé que la demande mondiale de pétrole ne montre aucun signe de ralentissement.
« Le monde n’a pas demandé un seul baril de pétrole de moins », a-t-il déclaré.
Pour lui, le problème n’est donc pas la demande mondiale, mais la capacité du Canada à demeurer compétitif.
Le projet Pathways : 30 milliards de dollars sans revenus
L’autre cible majeure de McKenzie concerne le projet Pathways Alliance, gigantesque projet de captation et de séquestration du carbone que le gouvernement fédéral et l’Alberta ont intégré à leur récente entente énergétique.
L’accord conclu entre Ottawa et Edmonton lie désormais l’avancement du pipeline à la réalisation du projet Pathways, lequel vise à réduire de 16 mégatonnes les émissions des sables bitumineux d’ici 2045.
Le coût estimé du projet varie entre 20 et 30 milliards de dollars.
Selon La Presse Canadienne, McKenzie a remis en question la logique économique de l’initiative.
« La réalité est qu’il s’agit d’un projet qui ne génère aucun revenu », a-t-il affirmé.
Toujours selon le dirigeant, les bénéfices climatiques demeurent extrêmement limités à l’échelle mondiale alors que les coûts seraient assumés conjointement par l’industrie et les contribuables.
Le PDG de Cenovus a souligné que les réductions d’émissions prévues représenteraient une fraction infinitésimale des émissions mondiales totales, ce qui l’amène à s’interroger sur la pertinence d’un investissement aussi colossal.
Le retour d’un vieux problème canadien
L’échange survenu à Calgary illustre finalement un problème récurrent du secteur énergétique canadien.
Depuis plusieurs années, les gouvernements fédéraux successifs tentent simultanément de promouvoir les exportations énergétiques canadiennes tout en imposant des exigences climatiques de plus en plus coûteuses aux producteurs.
Le résultat est une contradiction de plus en plus difficile à ignorer.
D’un côté, Ottawa affirme vouloir faire du Canada un fournisseur énergétique incontournable dans un contexte mondial marqué par l’instabilité géopolitique, les tensions au Moyen-Orient et la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement par les alliés occidentaux.
De l’autre, plusieurs dirigeants de l’industrie soutiennent que les politiques fédérales rendent précisément ces projets non rentables.
Le sommet de Calgary devait envoyer au monde le message que le Canada est « ouvert aux affaires ». Les commentaires du PDG de Cenovus ont plutôt rappelé que, malgré les changements de ton à Ottawa, une grande partie du secteur énergétique demeure convaincue que les obstacles réglementaires hérités des dernières années continuent de freiner le développement des projets dont le pays aurait pourtant besoin pour devenir la puissance énergétique que ses dirigeants prétendent vouloir bâtir.


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