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Raconté par Elsa Lepoivre, de la Comédie-Française, ce documentaire exceptionnel dresse le constat, accablant, de la catastrophe annoncée.
Le 28 mai 2025, le glacier du Birch, en Suisse, s’effondrait, ensevelissant à jamais le fond de la vallée, ses maisons et ses infrastructures, heureusement évacuées à temps. Le 3 juillet 2022, le glacier de la Marmolada, en Italie, s’écroulait, déversant des milliers de tonnes de glace, de roche et de boue à plus de 300 km/h vers Courmayeur et semant la mort sur son passage. En quelques décennies, la si majestueuse mer de Glace, à Chamonix, a reculé de plusieurs kilomètres et continue de perdre 30 à 40 mètres par an.
Par endroits, le sublime a fait place au vide, un néant pavé de caillasse poussiéreuse. Loin des affiches touristiques harangueuses des compagnies de chemins de fer des années 1930. Quid des autres glaciers du monde ? « Ils sont peu ou prou tous dans le même état », répond la glaciologue française Heïdi Sevestre, ambassadrice, avec quelques autres, de ces géants de glace et protagoniste de cet exceptionnel documentaire d’Arte. On en compte 275 000, répartis sur tous les continents, plus ou moins gros, plus ou moins vieux, plus ou moins accessibles.
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Fragiles écosystèmes
Autant de fragiles écosystèmes qui souffrent chaque année un peu plus du dérèglement du climat, mettant en péril, à plus ou moins long terme, les paysages et les populations. « Il faut avoir à l’esprit que 2 milliards d’individus dépendent, directement ou indirectement, de l’immense réserve d’eau douce que constituent les glaciers. Leur disparition aura un impact écologique, mais aussi économique et géopolitique. Mettre tout en œuvre pour tenter de ralentir le désastre est donc plus que nécessaire. C’est impératif », précise la scientifique, dont le travail consiste aussi à parcourir le monde afin de convaincre les gouvernances – certaines, on le sait, très sceptiques – de prendre la mesure de la catastrophe et d’agir. Outre la question de l’eau douce et des GLOF meurtriers (« glacial lake outburst floods », soient les « inondations provoquées par des lacs glaciaires »), toujours plus fréquents, ce sont en effet les glaciers et calottes glaciaires qui réfléchissent la majeure partie des rayons du soleil et contribuent à la régulation du climat. Ce sont encore eux qui garantissent le niveau et la température de nos océans. Sans parler de la trajectoire des courants marins.
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Avec beaucoup de soin, le recours à de nombreuses cartes - les deux réalisateurs font partie de l’équipe de l’émission d’Arte « Le Dessous des cartes » -, des animations 3D, des images somptueuses et les éclairages clairs, concis, imparables, Glaciers : enquête sur une disparition dresse l’état des lieux. Il ne cherche pas à rassurer le téléspectateur. Ce serait contraire à son objectif. Il montre et démontre. Le constat est accablant. Le commentaire martèle que « le changement climatique ne prend pas de pause » et que chaque jour perdu ne peut être rattrapé. Il rappelle toutefois que cette course folle vers des bouleversements dont les chercheurs eux-mêmes confessent avoir peine à envisager l’ampleur véritable n’est pas tout à fait inéluctable. « Le phénomène, à moins d’un gigantesque et bien improbable caprice de la nature, n’est pas réversible, mais on peut le ralentir. Au prix de décisions certes drastiques, accompagnées d’efforts certes considérables. Certains, pour autant, ne sont pas insurmontables. Cela peut sembler vain, mais si tout le monde s’y met, si tout le monde réduit sa consommation d’énergie et donc sa production de monoxyde de carbone, nous gagnerions du temps. À tout le moins quelques centaines ou milliers d’années », conclut Heïdi Sevestre. Rapporté aux données strictement statistiques, parcourir 250 mètres en voiture à une vitesse normale entraîne la fonte de 1 kilo de glace. « Avoir conscience de cela, assène-t-elle, devrait suffire à changer les mentalités. »


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