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CRITIQUE - Après quatre ans d’attente, Sam Levinson livre la troisième et ultime saison de la série phénomène. Faut-il la regarder (ou pas) ?
Passer la publicité Passer la publicitéC’est visuellement toujours aussi étonnant. Et c’est philosophiquement, psychiquement, symboliquement, toujours aussi puissant. Depuis son lancement, en 2019, Euphoria choque. N’en déplaise à certains. La série pourfend les codes. De ce qu’il reste de la morale petite bourgeoise et de ses conventions. Elle cherche le climax. Elle s’épanche dans le paroxysme. Elle interroge encore et encore la limitation.
En deux saisons, elle s’est érigée pour les uns en manifeste, pour les autres en phénomène. Cette saison 3, dont HBO Max a mis en ligne ce dimanche 12 avril le premier épisode après quatre longues années d’attente, veut aller plus loin encore dans la « manière » élaborée par Sam Levinson pour capter le mal-être des jeunes. Nous avions laissé Rue (Zendaya), Jules (Hunter Schafer), Lexi (Maude Apatow), Cassie (Sydney Sweeney), Nate (Jacob Elordi), Maddy (Alexa Demie) et les autres sur le seuil fatidique du passage à l’âge adulte. La nouvelle salve, qui aurait dû voir le jour bien plus tôt, mais fut retardée pour diverses raisons (agendas des comédiens, du réalisateur, problèmes d’écriture, grève des scénaristes…), les retrouve sans doute un peu tard dans leurs délinéarités. Elle revient, de fait, avec un visage différent. Celui d’une génération qui avance (ou pas), luttant contre ses tempêtes intérieures. Le lycée est loin. Les premières fois aussi. Le rêve américain plus encore. Comme à peu près tous les rêves, d’ailleurs, sinon ceux que procurent à ces antihéros d’à peine 20 ans les paradis artificiels, ultimes échappatoires avant la mort.
Faux airs de western
Drogues, alcool, sexe, angoisse, violence, effondrement. Rue, dès les premières images, réaffirme sa propension à l’autodestruction à travers une scène de fuite en avant absolument délirante. C’est plus fort qu’elle. Dans le chaos du monde, les autres tentent de se frayer un chemin. Le couple formé par Nate et Cassie, devenu trouple bon gré mal gré après les intrusions répétées de Maddy, poursuit son projet de mariage. Si seulement Cassie, pour s’offrir des noces de rêves, n’allait pas lorgner du côté de la plateforme porno Onlyfans… Lexie travaille dans une société de production de feuilletons dont la patronne est incarnée par Sharon Stone. Fez, pilier des saisons précédentes, a disparu. L’acteur Angus Cloud est mort d’une overdose avant le début du tournage. Quant au père tourmenté de Nate, joué par Eric Dane, emporté il y a quelques semaines par la maladie de Charcot, on ne le verra que brièvement. C’est ici la toute dernière apparition du comédien.
Faut-il alors voir ces huit nouveaux épisodes ? Le premier distille d’emblée de faux airs de western. Il est trash, outrancier, illusoire, cru, désespérant, désinhibé. Il emprunte autant à Bret Easton Ellis qu’à John Steinbeck et William Faulkner. Il crie l’absence de joie. Il crie le « trop tard ! », aussi. Les comédiens sont trop grands. La série, qui ne cède rien à sa noirceur d’origine, a perdu de son âme. Le fan de la première heure peut y aller quand même. Au fond, tout y est. Quant à Rue, dont les errements ont tant marqué, il n’est même pas sûr qu’elle trouve un peu de paix dans sa rencontre avec cette famille si pieuse. Sam Levinson l’assume : « Sortis du lycée, ils naviguent dans le vaste monde. Et cette liberté nouvelle est loin d’être sans conséquences. »


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