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Le matin du 28 mars, il fait « beau soleil » sur les monts Groulx. Le couvert de neige est épais, tout pour plaire à François Champagne et à ses amis, en voyage de motoneige à travers les montagnes et les vallées du territoire sauvage. L’absence de nuage dans le ciel ne laisse pas présager que la journée s'apprête à mal tourner.
Dans leurs sacs, des réserves de nourriture, des pelles, des sciottes, des scies, des trousses de premiers soins, des couteaux, des allumettes, des couvertures d’aluminium, tout ce qu’il faut pour faire un feu.

Les quatre habitués se donnent rendez-vous chaque année depuis 15 ans. « Le décor est majestueux, il y a une énergie qui sort de là. On en ressort grandi, avec une force intérieure impressionnante », mentionne François Champagne. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle
C’est leur compagnon Francis Leboeuf-Blais qui donne les directives et les conseils liés à la sécurité.
Dans les débuts, je trouvais qu’il en mettait trop, avoue François Champagne. Avec le temps, j’ai appris à l’écouter.
Après une dernière vérification que les radios sont chargées, que le téléphone satellite est bien en place et que tout le monde a son matériel, c’est avec enthousiasme que le groupe se lance dans l'arrière-pays.
Plus ils montent la montagne, plus il y a de la neige. C’est le paradis, mais ça prend une certaine expérience.
Mais vers 13 heures, le paradis s'effondre. Sa motoneige défonce la glace d’une rivière sous la couche de neige.
J’ai donné du gaz pour lever le devant de la motoneige, j’ai réussi à passer à travers, mais ça m’a projeté, raconte-t-il.
Son corps vole au-dessus de l’engin, il atterrit plus loin, et se blesse sérieusement le genou, qu’il a frappé contre une barre d’acier cassée.
Ses amis agissent avec la rapidité que la situation nécessite. Ils restent calmes; ils savent ce qu’ils ont à faire.
Leur sang froid, la chaleur humaine qu’ils m’ont donnée, leur professionnalisme m’ont beaucoup aidé.
Alexandre Malot, pompier volontaire, utilise ses connaissances pour faire des points de pression afin d’arrêter l'hémorragie. Vincent Landry le garde au chaud.

Ses amis ont réussi à arrêter son hémorragie, à contacter les services d'urgence ainsi qu'à le maintenir au chaud en attendant l'hélicoptère.
Photo : Courtoisie François Champagne
Ils le couvrent de couvertures d’aluminium, coupent du bois, allument un feu, entrent en contact avec la Sûreté du Québec pour obtenir un hélicoptère, identifient un lieu où l'appareil pourra atterrir sécuritairement. Ils préparent aussi un plan B, dans l’éventualité où l’hélicoptère ne vienne pas.
Malgré les efforts de ses compagnons pour cacher leur inquiétude, François Champagne a peur.
Quand je me suis fermé les yeux, c’est devenu blanc. Est-ce que c’est ça, mourir?
Je me suis raisonné, je suis resté conscient. J’ai texté ma conjointe par satellite, pour l’avertir. Elle m’a beaucoup aidé, elle m’a envoyé des ondes positives.
Les heures passent. Un appareil d’Hélicoptères canadiens, contacté par la Sûreté du Québec, récupère deux sauveteurs d’ArcelorMittal au camp Love, non loin de là, qui vont secourir François Champagne.
La Sûreté du Québec a fait appel à nous, puisqu’eux-mêmes n’étaient pas en mesure de mener cette opération de sauvetage périlleuse, écrit ArcelorMittal sur ses réseaux sociaux.
Une porte-parole de la minière précise que, depuis les dernières années, la minière intervient environ une fois par an. Nos brigades d’intervention d’urgence collaborent régulièrement avec les villes de Fermont et de Port-Cartier, avec qui nous avons des ententes d’entraide en cas d’urgence. Notre objectif est de contribuer à la sécurité de la population, écrit Annie Paré.
Quand l’hélicoptère atterrit enfin près du lieu de l’accident, François Champagne combat la douleur et le froid depuis quatre heures. Quand je les ai vus arriver, ç'a été une sensation indescriptible.
Il vole jusqu’à Sept-Îles, où il est opéré d’urgence.
Lorsqu’il replonge dans ses souvenirs, les émotions l’envahissent encore.
Par chance, j’étais avec des gens qui savaient quoi faire. Même pour eux, c’est une expérience qui les a fait vieillir de 10 ans.
Ne pas partir sans préparation
François Champagne comprend mieux que jamais l’importance d’être bien préparé lors des sorties, que l’on soit débutant, ou un vieux routier. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il choisit de raconter sa mésaventure.
Ne fais pas l’erreur que j’ai faite, de croire qu’on n’a pas besoin de tout apporter. Si un accident arrive, tu vas être l’homme le plus heureux de la terre d’avoir quelque chose à manger, d’avoir une couverture d’aluminium.
Le guide d'aventure qui habite les monts Groulx, Guy Boudreau, rappelle que les conditions peuvent être extrêmes en hiver, et qu'elles peuvent parfois compliquer les évacuations. C’est pourquoi il ne faut jamais sous-estimer la météo, et être totalement autonome.

Les monts Groulx sont d'une grande beauté, mais dangereux, selon Guy Boudreau. Il n'y a ni route ni sentier balisé pour accéder aux sommets. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle
Le délai minimal moyen est de cinq à six heures à partir du moment où ils reçoivent l’appel, si les conditions sont favorables. Sinon, il faut être prêt à attendre 24 à 48 heures, prévient-il.
Il faut aussi savoir bien gérer son énergie, son alimentation, sa chaleur et surtout son humidité. Il conseille aussi de bien maîtriser l’orientation, puisqu’on peut facilement se perdre, ainsi que suivre une formation sur les avalanches.
Une douzaine de jours plus tard, François Champagne prend du mieux chez lui, à Nicolet. Entouré de sa conjointe et de ses enfants, il se concentre sur sa guérison. Il a hâte de sortir du lit pour reprendre le travail, mais pas de retrouver les montagnes de la Côte-Nord.
Mon cœur voudrait y retourner, ma tête, non.


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