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Enfin un but pour Larin, enfin un point pour le Canada

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TORONTO – En début d’après-midi, on marchait sur le boulevard Lakeshore, qui mène au stade. Au loin, on pouvait entendre un chant entonné par une vaste foule. Ce chant n’était pas canadien.

Arrivé près de la Princes’ Gate, on regarde vers le nord sur l’Avenue Strachan, et la voilà. Une marée bleue et jaune qui agite des drapeaux, qui chante, qui frappe dans ses mains. Ça y est. La prédiction de Jesse Marsch, le stade rouge, ne se concrétisera pas.

Heureusement pour l’équipe canadienne, il semblerait que bon nombre de ces partisans de la Bosnie-Herzégovine n’avaient pas de billet. Il y avait bien une section remplie de bleu et de jaune, mais le stade était rouge. Et ce stade, à la 78e minute, ne demandait qu’à exploser.

Dès la sixième minute, le jeune Luc de Fougerolles a reçu une ovation après un geste défensif somme toute simple. À la 16e, le public a grondé quand Ismaël Koné a laissé partir une première passe lumineuse. À la 53e, il a retenu son souffle quand Sead Kolasinac a fait dévier une attaque canadienne sur la transversale.

Ce stade ne demandait qu’à exploser.

Cyle Larin l’a exaucé, et avec la manière. Un fort joli but inscrit comme remplaçant pour mettre fin à une pénible disette. Son dernier but avec la sélection remontait à octobre 2024. C’était aussi ici, à Toronto.

Je ne sais pas si vous avez vu la réaction sur le banc quand il a marqué, mais on sait ce que ça veut dire pour lui, et ça veut en dire autant pour nous, a assuré son collègue attaquant Tani Oluwaseyi, titularisé vendredi. Chacun de nous l’adore. On sait que les gens ont été durs avec lui. Mais c’est l’un des plus grands à avoir porté le maillot canadien, sinon le plus grand.

Peut-être Oluwaseyi en met-il un peu, mais Larin a certes écrit l’histoire. Son but a donné au Canada son tout premier point à la Coupe du monde masculine, résultat d’un match nul de 1-1 qui n’a pas fini de satisfaire les Canadiens.

Portés par un public engagé, mais moins coordonné que la section bosnienne, les Canadiens ont amorcé le match avec initiative et rapidité. Dans un moment de lucidité à la 14e, Alistair Johnston a pris tout le bloc de la Bosnie de court en lançant à la vitesse de l’éclair vers Jonathan David, sachant qu’on ne peut pas être hors jeu lors d’une rentrée de touche. Le coup de pied de coin subséquent n’a rien donné, comme bon nombre de phases arrêtées canadiennes.

Celles de la Bosnie? Franchement dangereuses. C’est ainsi que Jovo Lukic a trouvé le fond du filet à la 21e minute. Ça survenait quatre minutes après une occasion glorieuse ratée par Jonathan David, un rappel que la moindre action revêt une gigantesque importance à la Coupe du monde.

En première mi-temps, certains détails nous ont fait mal, a reconnu Ismaël Koné. On perd 1-0, il fallait revenir. Ça montre du caractère. Ça montre de la personnalité.

C’est doux-amer, parce que je crois que nous avons assez bien joué en deuxième mi-temps pour gagner ce match, a ajouté Alistair Johnston. Mais en même temps, nous n’étions pas si bien en première mi-temps, nous avons donné un but de manière un peu molle sur une phase arrêtée. Regarde les statistiques à la Coupe du monde : si tu accordes le premier but, les chances d’aller chercher un simple match nul sont minces. On construit là-dessus. C’est notre premier point à la Coupe du monde.

Cette deuxième mi-temps aura certainement fait le plus grand bien aux Canadiens. Les remplaçants ont revigoré les Rouges – par leur jeu, mais aussi par leur identité : Promise David, Ali Ahmed et Jacob Shaffelburg, trois garçons embêtés par les blessures ces derniers mois, sont montés au jeu les premiers, ensemble, comme pour envoyer promener le destin.

Avec l’autre David, Jonathan, rentré au banc après une journée qu’il ne retiendra pas parmi ses préférées, Promise s’est même permis la passe décisive pour le but de Larin.

J’ai cru que j’allais tomber dans les pommes, a admis Koné, qui a bien fait de garder conscience puisqu’il est entré dans la zone mixte avec le trophée du joueur du match dans les mains.

Un joueur de soccer en rouge se défait d'un adversaire en blanc.

Ismaël Koné évite un joueur adverse.

Photo : AFP / COLE BURSTON

Peut-être y en avait-il d’autres dans les tribunes du stade qui ont failli s’évanouir. Si c’est le cas, ça n’a pas paru. Les supporteurs canadiens ont accompagné les leurs jusqu’à la fin, et ils auraient pu être récompensés une seconde fois.

Les supporteurs ont dépassé toutes mes attentes, a indiqué Oluwaseyi. C’était formidable. Tous ceux qui sont venus, tous ceux qui ont fait du bruit, nous avons senti leur enthousiasme. Nous nous sommes nourris de leur énergie.

Le message est lancé aux supporteurs de Vancouver : appropriez-vous le boulevard du Pacifique avant les Qataris et les Suisses.

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