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Trois semaines d’interruption suffisent à vous faire oublier le plus simple des concepts. Prenez la foule, qui, dans toute son enthousiaste confusion, a lancé une vague humaine en sens antihoraire, c’est dire le genre de soirée qui se tramait au Centre Bell.
Le Canadien, cette équipe de hockey qu’on avait un peu oublié récemment, a eu le contrôle du match pendant la grande majorité de la rencontre pour finalement échapper des avances de 2-0 et 3-2 face aux Islanders, un problème récurrent cette saison, pour s’incliner 4-3 en prolongation.
Après une si longue pause, ce n’était pas un grand cru de part et d’autre. Des erreurs d’exécution, des passes un peu brouillonnes, de la rouille, rien d’inquiétant, a cependant assuré Samuel Montembeault.
Ce point bêtement perdu est frustrant pour les joueurs, évidemment, mais l’entraîneur semblait davantage agacé par la manière. Notre homme n'a pas aimé ces jeux insouciants, cette passivité en fin de rencontre.
Quand on a marqué pour faire 3-2, on aurait pu mieux gérer la rondelle pour passer plus de temps dans leur zone. Ce sont juste eux qui ont attaqué. Il a fallu trop se défendre et on n’a pas fermé ça à la fin, a laissé tomber Martin St-Louis.
Les dix dernières minutes de la rencontre lui ont particulièrement déplu, période pendant laquelle on les a trop laissés jouer avec la rondelle. La gestion de la rondelle fut à nouveau déficiente.
C’est un point sur lequel St-Louis a mis l’accent dans les dernières semaines. Qui plus est, le CH a repris le collier le 17 février pendant que tout amateur de hockey avait le regard tourné vers Milan et s’est attelé principalement à corriger ses lacunes défensives. Ce qu’une équipe n’a pas l’occasion de faire durant une saison en raison des matchs qui s’enchaînent à une vitesse folle, St-Louis avait l’impression d’avoir pu s’y attaquer efficacement.
Il ne faisait pas que pallier le plus urgent, a-t-il dit, mais pouvait se permettre du travail de fond. Il a été question des replis, de l’échec avant en zone neutre et du système en zone défensive. Il a même été question du jeu à cinq contre six…
Comble de malheur, les Islanders ont créé l’égalité en toute fin de match en retirant leur gardien. Samuel Montembeault semblait attribuer ce but à un peu de malchance, St-Louis s’est inscrit en faux.
Il faut que les cinq (joueurs) fassent leur job et ce n’est pas ça qui est arrivé, a-t-il lancé.
Plusieurs secondes avant que le but soit marqué par Anders Lee, Juraj Slafkovsky récupère une rondelle dans son territoire et ne parvient pas à la dégager. S’en est suivie une longue séquence des Islanders qui s’est terminée comme on le sait.
Le jeu du grand Slovaque a été la cerise sur le gâteau d’une troisième période particulièrement difficile pour lui, coupable d’au moins deux autres revirements sur des passes transversales à l’aveuglette près des deux lignes bleues.
Non, vraiment, cette fin de match n’avait rien d’un Picasso. Ou, plus justement, tout d’un Picasso : désordonné et inconstant.
Un prodige nommé Matthew
À mi-chemin dans la rencontre, Noah Dobson menait 2 à 0 contre son ancienne équipe et ce papier se serait écrit de lui-même.
Matthew Schaefer, le bambin de 18 ans au regard et à l’éloquence d’un grand vizir, en a décidé autrement. Le défenseur de Hamilton a inscrit deux buts en 55 secondes, un à cinq contre trois et un autre à forces égales, pour transformer en peu de temps un match terne contrôlé par le CH en une possibilité de victoire pour son équipe.
Franchement, ce jeune homme est fort impressionnant et il est facile de comprendre pourquoi Mathieu Darche, le directeur général des Islanders, s’est permis d’échanger Dobson pour renflouer ses coffres ailleurs dans l’organigramme, sachant qu’il allait pouvoir compter sur ce prodige.
Il ne pouvait savoir à quel point il dominerait cela dit, Darche l’a déjà admis. Avec ses deux réussites de la soirée, Schaefer en compte 18 et vient de dépasser Phil Housley par une longueur pour le nombre de buts marqués par un arrière de 18 ans. Le record de tous les temps pour un défenseur recrue est de 25 et appartient à Brian Leetch. C’est jouable.
Les frères d’armes d’hier, les ennemis de demain
Nick Suzuki et Bo Horvat se sont retrouvés sur une patinoire à peine quatre jours après la défaite crève-cœur de l’équipe canadienne en finale olympique. Alors coéquipiers, les deux hommes portaient des couleurs de maillot différentes jeudi soir et ont passé 12 minutes à s’affronter à cinq contre cinq, faisant essentiellement jeu égal.
Décalage horaire ou non, leurs entraîneurs ne les ont pas ménagés pour autant : Suzuki a joué 24 min 38 s, tandis que Horvat a passé 23 min 48 s sur la patinoire, de loin les attaquants les plus utilisés, et les plus menaçants dans la rencontre.
Le capitaine du Canadien n’a montré aucun signe de ralentissement malgré la fatigue.
Son équipe a joué, a-t-il estimé, un match solide dans l’ensemble. Il aura le temps de s’accorder avec son entraîneur, plus critique du travail de ses joueurs, surtout en fin de rencontre.
Il y a de ces apprentissages qui prennent plus de temps à intégrer pour une jeune équipe. Suzuki, lui, a démontré aux JO, encore une fois, qu’il sait parfaitement gérer les fins de match. Maintenant qu’il est de retour, il pourra aider St-Louis à marteler le message.


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