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En vacances ou en balade, marcher dix mètres devant sa partenaire n’est pas anodin, c’est du « micromachisme »

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Life 29/07/2026 07:30 Actualisé le 29/07/2026 09:15

Qualifié de « red flag » sur TikTok, ce comportement très masculin révèle surtout que femmes et hommes n’accordent pas la même attention au ressenti d’autrui.

Rearview shot of a mature couple hiking through the mountains

shapecharge / Getty Images

Rearview shot of a mature couple hiking through the mountains

Camille l’assure, cet homme qu’elle a fréquenté il y a quelques mois était « très poli » et même « assez galant ». Mais il y a quelque chose qui l’a interpellée dès leur premier date : il marchait systématiquement devant elle. « Ça m’a vraiment frappée lors de notre troisième date, se souvient-elle. Je marchais plus lentement car je n’étais pas très en forme, et à aucun moment il ne s’est retourné ni ne m’a attendue. »

Même si ce n’est pas à cause de cette attitude qu’elle a arrêté de le voir, elle considère avec le recul qu’elle a conforté son ressenti. « C’était quelqu’un qui parlait énormément de lui. Et le fait qu’il marche devant moi m’a surtout donné l’impression qu’il marchait seul et qu’il ne pensait pas aux autres », lâche la trentenaire.

Camille est loin d’être la seule à avoir eu cette impression. Sur TikTok, ce phénomène a même un nom : la « Man Walking Ahead Theory », soit « la théorie de l’homme qui marche devant ». Sur le réseau social, ainsi que sur Instagram, des centaines de vidéos attestent de son ampleur. Ce sont des femmes qui les postent pour prouver qu’en randonnée ou lors de simples déplacements, leur compagnon marche toujours dix bons mètres devant elles alors qu’ils étaient censés passer du « temps de qualité » ensemble.

« Purée, vous aussi vous vivez ça ? Tu sais pas s’il t’aime ou s’il veut te semer », postait récemment la stand-uppeuse suisse Cinzia Cattaneo, tout en précisant qu’il s’agissait avant tout d’une vidéo humoristique.

Pas seulement une différence de taille

Car même si ces vidéos prêtent à sourire, elles révèlent un schéma récurrent : des hommes qui marchent souvent devant, seuls, tandis que les personnes qui les accompagnent les suivent.

Comment expliquer cette divergence de rythme ? En 2024, le média catholique Aleteia avançait plusieurs pistes, dont une étonnante :  en « passant devant », l’homme s’assurerait ainsi que le chemin est sûr. Il y a aussi l’argument de la taille : les hommes mesurant en moyenne 13 cm de plus que les femmes, leur foulée est forcément plus grande.

Au-delà du genre, il faut aussi prendre en compte le niveau de forme physique, souligne auprès du HuffPost la sociologue urbaniste Marie-Dominique de Suremain : une personne sportive aura tendance à marcher plus vite qu’une autre qui ne l’est pas. « Je me suis fait la remarque à moi-même récemment en balade avec des amies moins en forme que moi. J’ai réussi à marcher avec elles, à leur pas, en faisait un effort conscient pour être ensemble », explique-t-elle.

Un acte de « micromachisme »

Pour Marie-Dominique de Suremain, c’est justement cet effort conscient qui fait toute la différence : parce qu’ils tracent leur route sans se soucier du tempo des personnes qui les accompagnent, ces hommes ne font pas cet effort de « care », de soin aux autres auquel sont au contraire conditionnées les femmes. « Ils préfèrent marcher vite, de façon sportive, alors que les autres membres du groupe attendent plutôt de la conversation, de la flânerie… », résume la sociologue, qui considère que cette manière d’imposer son rythme dans un moment de détente s’apparente à un « micromachisme ».

Créé par le psychothérapeute et chercheur argentin Luis Bonino Méndez en 1990, ce terme désigne « tous ces petits gestes qui ne sont pas de la violence, mais qui relèvent de la même dynamique de domination, explicite Marie-Dominique de Suremain : les petites blagues, le mansplaining… »

Dans la sphère publique aussi, ces petits gestes contribuent à asseoir cet ascendant des hommes sur les femmes : ce sont les premiers qui écartent les jambes dans les transports, eux encore qui ne dévient pas de leur trajectoire quand ils croisent quelqu’un sur le trottoir… Or, tous ces comportements, dont le fait de marcher devant, déterminent la place qu’occupent femmes et hommes dans la rue, dans la ville. « Les femmes n’ont pas la même détermination ni la même aisance à circuler dans la rue. La société nous a appris que la ville était utilisée par les hommes pour flâner, qu’elle leur appartenait, tandis qu’elle était un danger pour la femme, qui y devient une proie », confirmait en 2017 auprès de Slate la chercheuse à l’Université de Caen Normandie Lucie Roussel-Richard.

Un continuum de violences

Sur TikTok, Instagram et même Reddit, les hommes qui marchent en tête n’ont en tout cas pas bonne réputation, et sont soupçonnés d’être, au mieux des narcissiques, au pire des personnes manipulatrices et possessives.

« Je pense personnellement que les hommes qui marchent devant vous quand vous êtes ensemble manquent de considération », lâche ainsi une internaute sur Reddit qui considère ce comportement comme un vrai « red flag », c’est-à-dire une attitude toxique.

Certes, le fait de marcher devant les autres n’est pas une violence en soi, mais cela s’inscrit néanmoins dans un continuum de domination, surtout si ce comportement s’accompagne d’autres attitudes négatives, insiste Marie-Dominique de Suremain. À l’extrémité du spectre, on trouverait alors le « divorce alpin », cette forme de violence conjugale qui consiste à marcher tellement loin devant sa compagne pendant une randonnée qu’on finit par l’abandonner en milieu hostile. En février dernier, un alpiniste autrichien a ainsi été condamné pour avoir provoqué la mort de sa compagne par hypothermie. Il l’avait abandonnée sur le plus haut sommet du pays.

Que faire alors pour savoir si le fait de marcher devant fait ou non partie d’une stratégie de domination de la part de son compagnon ? Il faut lui faire remarquer son attitude, estime Marie-Dominique de Suremain. « S’il hausse les épaules et ne ralentit pas, cela révèle un manque d’empathie criant. Or, peut-on vraiment vivre ensemble quand on est traité de façon infériorisante ? », interroge-t-elle. Et d’ajouter : « Il faut demander aux hommes de questionner leur place. Certains râleront, mais ils le feront. Il faut oser souligner ces petits comportements pour que ça bouge un peu. »

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