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En attendant Héros

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Figure-toi que cette semaine, j’ai installé moi-même une corde à linge. Voilà qui mérite d’être écrit dans le journal. Mon plus vieux fils a eu 17 ans aussi. Ça doit être normal tout ça, même si y a pas deux secondes, il avait l’air d’une cacahuète. Parfaitement, oui, il avait l’air d’une cacahuète avec un chapeau. Tu sais comment sont les bébés quand ils naissent ? Nus avec une tuque. On leur installe quelques millisecondes après la naissance. Je ne sais pas si c’est pour leur annoncer qu’ils sont nés dans un coin du monde où il fait froid huit mois par année. Je regardais mes bonnets et mes foulards justement, il y a quelques jours. Je voulais les ranger dans un sac hermétique, je me disais « Tiens, pourquoi on a autant de vêtements chauds ? C’est bizarre, j’entends les cigales chanter. » Mieux vaut tout remiser au sous-sol.

T’as déjà regardé ton manteau d’hiver en plein juillet ? On dirait un anachronisme. Une montre au poignet d’un acteur au VIe siècle avant Jésus-Christ. Pareil. « Ça doit pas être à moi, ce truc. » Pourtant, si y a bien une affaire qui est à un Québécois, c’est son christie de manteau d’hiver. On le porte comme deuxième peau. On est tellement habitués à en voir sur les passants que lorsque viennent les beaux jours, on ne se dit pas qu’ils les ont enlevés, mais plutôt que nos yeux ont dû développer le talent de voir à travers ! Ça paraît plus plausible. Mais les terrasses reviennent et les parasols aussi et on lape tout ça comme du petit-lait.

Il était tout bleu, mon fils, quand il est né. Très fatigué. Tout mou. On me l’a enlevé aux premières minutes de sa vie. Tu t’imagines bien que ça m’a paru une éternité. Ils étaient tous partis avec. La médecin avait dit : « Le papa, on vient avec moi », et pouf! ils avaient disparu. Je revois encore le derrière des jaquettes stériles des internes. Un médecin qui court, c’est rarement une bonne nouvelle. Moi, je pouvais pas bouger, j’étais attachée de partout à des étriers et des fils et des machines qui font bip. À moitié entre une créature fantastique et une championne hippique. J’avais perdu l’utilisation de mes jambes en plus, par la magie de l’épidurale.

Mais je me serais traînée à terre, tu t’imagines bien. J’aurais rampé et mordu le monde pour qu’on me redonne mon bébé. Me laisser seule, moi ! Moi ! Vous imaginez !? L’enfanteuse ! La matrice ! Celle qui venait de passer 14 heures à souffrir dans la peur et l’inconnu pour continuer la race humaine et propulser dans ce monde le fruit de mon plus bel effort. Déjà qu’il ressemblait seulement à son père, c’était bien le boutte qu’on me l’arrache !

Il avait besoin d’oxygène, pauvre chaton. L’oxygène, ça fait passer les gens du bleu au rose. Tout beau qu’il était, mon petit rôti, quand ENFIN, ils me l’ont mis sur la poitrine. « Bonjour, bonjour, bonjour ! » Voilà bien la première chose que j’ai dite à mes bébés, les trois fois où j’ai eu la chance de vivre ce miracle. Je ne veux pas me vanter, mais à l’époque, j’avais eu la chance de me faire accoucher par la cheffe du département de natalité de l’hôpital. Il se trouve en plus que c’est une bonne amie de ma mère. « Je pense que vous ne pouvez pas séparer la maman de son nouveau-né comme ça pendant que vous lui donnez de l’oxygène. C’est traumatisant. » Eh bien, figure-toi qu’ils avaient changé le protocole ! Je ne devais pas être la première à le dire. On s’améliore, mais les violences obstétriques, c’est malheureusement monnaie courante.

Parlant de manquer d’air à la naissance, t’as vu Donald Trump essayer d’être dans la photo des gagnants de la Coupe du monde ? La honte. Non, mais qu’est-ce qu’on vit ? Ce qu’on ne vit pas en tout cas, c’est 100 % de tous les films que les Américains ont pondu depuis l’invention du cinéma. Sais-tu combien de fois j’ai vu un héros yankee sortir d’un buisson, d’une navette spatiale, d’un avion, d’un taxi jaune ou d’un couloir de la Maison-Blanche depuis que j’ai l’âge de regarder des films hollywoodiens ? Au-delà de deux cent mille. Bon, j’exagère, bien sûr, mais en vrai, combien de fois ils nous ont rabâché les oreilles avec leur « I’ll be back » et autre « With great power comes great responsability », bla bla bla ? Je sais, je sais, je suis en train de te citer Spider-Man pour essayer de comprendre la réalité mondiale. Je suis simplement époustouflée par l’écart entre l’histoire qu’ils se sont racontée et ce qu’ils font vraiment une fois que le fascisme et le gangstérisme s’expriment depuis la plus haute marche du podium.

Oh hé ! Les extraterrestres, ça y est, ils sont là ! La navette, elle s’est posée. C’est là que vous vous défendez. Vous êtes infiltrés de l’intérieur. Toutes les sphères du pouvoir sont corrompues, la contamination est en cours, vos institutions sont toutes atteintes. Le virus s’est répandu et vous pourrissez de l’intérieur. Et vous faites quoi ? (Vérifie ses notes.) Ah, vous chignez sur Instagram et vous inventez un spectacle de mi-temps qui existe même pas au soccer pendant que toute la planète rit de vous… Grand bien vous en fasse.

Je ne sais pas vraiment à quoi je m’attendais. C’est sûrement ma moitié française qui pensait voir retentir les tambours de la révolte. J’imagine qu’il faut la leur souhaiter quand même, cette révolution. On les aime encore, les voisins, on les a connus à peu près fonctionnels, il reste souvent des bouts de leur culture et surtout de leurs citoyens qu’on aperçoit et qui font plaisir à voir. Mais je ne pensais jamais qu’ils se laisseraient faire autant. Ils sont amorphes. C’est difficile de réaliser à quel point ils ne se défendent pas et n’investissent pas la rue. On a casserolé pour bien moins que ça, nous, et pour mettre le gouvernement dehors ! Mais qu’est-ce qu’ils attendent ?! Sûrement leur fameux héros.

Les rouages d’une société, ça doit être comme les poulies d’une corde à linge. Pas si facile à comprendre.

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