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La Belgique vient de poser un geste rare : regarder la réalité en face. En décidant d'instaurer enfin une véritable norme énergétique, le gouvernement belge sort de l'incantation pour entrer dans l'action. Ce n'est ni spectaculaire ni idéologique. C'était nécessaire.
Depuis des années, le pays vit sur un paradoxe : une économie industrielle ouverte, relativement performante, mais branchée sur une prise électrique étrangère. En 2025, près d'un cinquième de notre électricité a été importée, essentiellement de France, pendant que trois réacteurs nucléaires belges s'éteignaient. Nous consommons autant, mais nous produisons moins. Résultat : nous subissons les prix du marché européen, souvent fixés par les centrales les plus chères, tout en payant des coûts de réseau de plus en plus élevés pour faire circuler des électrons venus d'ailleurs.
Dans ce contexte, parler de compétitivité sans agir sur l'énergie relevait de la fiction. La norme énergétique change la donne. Elle ne se contente plus de constater que l'électricité est plus chère en Belgique qu'ailleurs : elle corrige, en ciblant les industries les plus exposées. Pas par idéologie pro-industrielle, mais par réalisme économique. Car laisser partir la chimie ou la métallurgie, par exemples, ce serait perdre bien plus qu'un débat budgétaire : ce serait perdre des emplois, des savoir-faire, une base fiscale.
La mesure a le mérite de la clarté : environ 200 millions d'euros par an, financés par le budget fédéral, sans alourdir la facture des ménages. Mieux : l'aide est conditionnée. La moitié devra être réinvestie dans la décarbonation. Pour une fois, compétitivité et transition avancent ensemble.
Rien n'est parfait, bien sûr. Le financement devra tenir dans un État déjà sous pression. La mécanique sera complexe. Et il faudra veiller à ce que l'effort consenti pour les grands industriels ne devienne pas, demain, une charge indirecte pour les PME ou les citoyens.
TVA, indexation des salaires, norme "énergie" : l'Arizona désserre ses derniers gros nœuds budgétairesMais l'essentiel est ailleurs. En instaurant cette norme, la Belgique admet une vérité inconfortable : tant que nous dépendrons des électrons des autres, il faudra protéger ceux qui produisent chez nous. La norme énergétique n'est pas un renoncement. C'est un pont. À condition, désormais, de construire l'autre rive : plus de production locale encore, plus de flexibilité, plus de souveraineté énergétique. Sans quoi ce bouclier, aussi utile soit-il, ne restera qu'un pansement sur une dépendance chronique.
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