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L’électricité au Cameroun cumule les contradictions. Le pays possède un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants d’Afrique centrale, estimé à 23 000 MW, mais ne mobilise que 2 000 MW. Pendant ce temps, Eneo facture des abonnés qui ne reçoivent parfois aucun courant, et l’État accumule des dettes colossales envers le secteur. Le tableau est difficile à ignorer.
Un secteur sous perfusion permanente
Les chiffres font mal. En 2024-2025, les impayés de l’État et de ses démembrements envers Eneo atteignaient la seule Hantam Hydro Power Company à hauteur de plusieurs milliards de FCFA. La situation est kafkaïenne : l’État est à la fois actionnaire, régulateur, principal client… et mauvais payeur. Eneo, de son côté, a été sanctionnée par l’ARSEL pour avoir débité les comptes bancaires de clients sans leur consentement, une pratique relevée dans le cadre d’une procédure de recouvrement.
Pourtant le problème de fond reste ailleurs. Sur les quelque 2 000 MW de capacité installée, à peine 77,5 % sont effectivement distribués chaque année, selon les données du ministère. Le déficit touche 40 % des usagers du Littoral et de l’Ouest. Douala, capitale économique, subit des délestages récurrents touchant des quartiers entiers, pendant que des villages comme Nkuméng ou Mbimboum restent dans le noir depuis des années.
Et le barrage de Lom Pangar ? Mis en service vers 2022, il devait réguler les débits saisonniers pour stabiliser la production. Son effet reste limité tant que les infrastructures de transport et de distribution ne suivent pas.
Ce que les experts et la société civile demandent
La question n’est pas nouvelle. Mais elle revient avec une acuité particulière depuis la publication d’un communiqué officiel du ministère de l’Eau et de l’Énergie début juin 2026, actant la mise à l’arrêt partielle des centrales thermiques de Kribi et Dibamba, respectivement de 216 MW et 88 MW.
Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun a interpellé le gouvernement publiquement sur ce dossier. Leur position est tranchée : l’énergie ne peut pas rester un produit géré comme un monopole opaque, sans contrats publics clairs, sans tarification sociale réelle, sans obligation de résultat pour l’opérateur. On ne sait pas encore si cette interpellation débouchera sur une commission parlementaire ou restera lettre morte.
Le débat tarifaire est central. Le prix du kWh reste artificiellement bas, comprimé depuis des décennies par une régulation qui protège politiquement les ménages mais asphyxie les investissements. Résultat : ni les producteurs indépendants ni Eneo ne trouvent les conditions pour engager des projets d’envergure. Le Compact énergétique du Cameroun, signé en 2015, visait 5 000 MW installés à horizon 2030. On est encore très loin du compte.
Ce qui manque n’est pas un diagnostic. Les rapports s’accumulent, les recommandations se répètent. Ce qui manque, c’est une décision politique assumée sur qui paie quoi, à quel prix, et selon quel calendrier réaliste.
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Laurent Diby
Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais.


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