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ANALYSE - La leçon de rugby prise à Édimbourg a surpris par son ampleur. Certains choix du sélectionneur et de son staff ont contribué à ce revers qui prive les Bleus de Grand Chelem.
Une équipe en manque d’identité de jeu
Des anciens (Berbizier, Magne…) se sont publiquement interrogés. Quelle est l’identité de jeu de ce XV de France ? Se poser la question suffit à deviner qu’il y a un hic. En écoutant Fabien Galthié et son staff, on comprend que les Bleus misent sur une grosse défense pour des ballons de récupération exploités en contre grâce aux talents individuels. On peut ajouter du jeu au pied pour servir un ailier supersonique (Louis Bielle-Biarrey) et quelques lancements en première main qui, parfois, font mouche. Un bric-à-brac donc, avec l’instinct en ADN. Mais pas une identité claire et définie. L’Écosse, c’est la vitesse et le jeu à la main à outrance. L’Angleterre, le jeu au pied de l’ouvreur et des tanks. Mais la France, elle, est toujours au milieu du gué. Un peu de puissance devant, mais pas trop. Un ouvreur (Jalibert) qui n’a pas la main sur le jeu, coincé entre le boss Dupont et l’arrière Ramos, lequel évolue comme un second ouvreur. Des approches multiples qui ne forment pas un tout.
La Dupont dépendance
Elle est revenue très vite. Absent pendant neuf mois, le capitaine est de retour et il est de nouveau attendu comme la solution à tous les problèmes. Avoir le meilleur joueur du monde dans ses rangs, ça pousse parfois à céder à la facilité. On peut compter sur Antoine pour débloquer la situation. On peut compter sur un coup de génie de Dupont pour inverser la tendance. On peut, oui. Mais c’est oublier que le Toulousain, après une longue convalescence, va forcément connaître des coups de mou. C’est oublier aussi qu’il peut être muselé par l’adversaire. Ce fut le cas face à l’Écosse : dans un jour sans et asphyxié par ses gardes du corps écossais. Mais comme il s’agit de Dupont, il reste sur le terrain tandis que Baptiste Serin piaffe d’entrée sur le terrain. Comme avant sa blessure, son temps de jeu oscille entre 70 et 75 minutes. C’est trop.
Pas d’abonné au numéro 8
C’est bien beau d’avoir mis à l’écart Grégory Alldritt, inamovible titulaire pendant des années au centre de la troisième ligne, mais quelle est l’alternative ? Anthony Jelonch est un numéro 8 de substitution. Il n’occupe pas ce poste à Toulouse et le système du XV de France s’adapte à ses qualités : plus défenseur féroce que relanceur puissant. Il manque donc une corde à l’arc du jeu tricolore. Dans les 42, peuvent prétendre à ce poste Mickaël Guillard (qui est plus utilisé par le LOU et par Galthié comme deuxième-ligne) ou un autre Toulousain, Alexandre Roumat. Qui manque lui aussi de puissance. Les Bleus sont donc orphelins d’Alldritt et ça finit par peser sur tout l’édifice.
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Cherche pilier droit désespérément
Uini Atonio était la cale de la mêlée française. Le pilier droit costaud et expérimenté. À tel point que Fabien Galthié et ses adjoints lui avaient demandé de renoncer à prendre sa retraite internationale à l’issue de la Coupe du monde 2023. Leur plan ? Le ménager un peu pour qu’il tienne jusqu’à l’édition 2027, à 37 ans. Un plan tombé à l’eau avec le grave accident cardiaque dont le Rochelais a été victime fin janvier. Carrière terminée. Et pas de doublure. À force de compter sur Atonio, le sélectionneur n’a donné sa chance à personne depuis dix ans. Le Palois Thomas Laclayat est dans le groupe depuis quelques années mais n’a eu droit qu’à trois bouts de sélection. Sipili Falatea, Emerick Setiano ou encore Demba Bamba sont passés. Sans rester. Georges-Henri Colombe avait le profil. Mais il déçoit. Le Clermontois Régis Montagne a été lancé l’été dernier. Sans convaincre pleinement. William Servat, en charge de la mêlée, croit beaucoup en Tevita Tatafu. Mais le pilier droit de l’Aviron bayonnais est d’une fragilité de cristal. Il joue un match ou deux en Top 14 et se blesse. Quand il ne se reblesse pas à l’entraînement. À force d’épuiser les candidats, il ne restait que Dorian Aldegheri. Mais le Toulousain manque de foncier dans le jeu courant et de solidité en mêlée fermée. Accumulant les pénalités dans ce secteur. Alors ? À force de repousser la succession d’Atonio, il n’y a pas de successeur...
Une préparation trop allégée
Depuis le début de l’ère Galthié, la consigne était claire : du travail, du travail et encore du travail. Avec des entraînements à haute intensité jugés plus durs que les matchs. Mais, pour éviter que les joueurs ne finissent la compétition sur les rotules, le staff a modifié son credo, accordant beaucoup de jours de repos. Plus d’une quinzaine depuis le début de ce Tournoi, entre deux périodes de quatre jours off, puis une semaine de régénération à domicile avant de préparer le rendez-vous de l’Écosse. Pour, selon les comptes de Midi Olympique, seulement neuf jours d’entraînement. En priorisant la fraîcheur, les Bleus ont perdu en rythme et en intensité. Pris de vitesse par des Écossais, dont le sélectionneur avait accordé moins de repos à ses troupes en s’entraînant même pendant la semaine off.
Mauvais choix au centre
Titulaires lors du premier match du Tournoi contre l’Irlande, les Bordelais Yoram Moefana et Nicolas Depoortere, blessés (respectivement au genou et au mollet) avaient cédé leur place aux Palois Fabien Brau-Boirie et Émilien Gailleton. Qui avaient largement fait le job au pays de Galles et contre l’Italie. Fabien Galthié a pourtant fait le choix de les écarter pour remettre les champions d’Europe de l’UBB. Mais, le duo, après un mois de convalescence, a manqué de rythme et de repères. Moefana s’est particulièrement troué en défense avec 7 plaquages manqués face aux vifs Écossais. Pari sportif perdant donc. Sans parler du signal négatif envoyé quant aux règles de la concurrence. On peut donc enchaîner les bonnes performances et être sorti du XV de départ...
Des cadres perdus pour longtemps
Avant le Tournoi, Fabien Galthié a frappé fort, écartant Gaël Fickou, Damian Penaud et Grégory Alldritt. On pensait à un avertissement. L’absence s’est prolongée jusqu’à la fin du Tournoi. Dès lors, comment imaginer qu’ils reviendront en courant si le sélectionneur les rappelait ? La confiance est durablement ébréchée. L’amertume sera au rendez-vous. Et pourtant, il est difficilement imaginable qu’en ce qui concerne au moins Penaud, meilleur marqueur d’essais (40) de l’histoire du XV de France, voire Alldritt, on ne les revoit plus jamais sous le maillot bleu... Il faudra se montrer persuasif pour les récupérer à 100% de motivation.


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