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Droits de scolarité : nous avons comparé le coût des études au pays

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« C’est insoutenable », dit le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, défendant sa décision de mettre fin au gel des droits de scolarité. Pourtant, les frais en Ontario sont déjà deux fois plus élevés qu’au Québec et le tiers de plus qu’en Colombie-Britannique. Qu’en est-il de l’aide financière? Voici nos constats.

Quels étudiants paient le plus?

L'Ontario a déjà des droits de scolarité parmi les plus élevés au pays, en dépit du gel en vigueur depuis 2019.

Or, à partir de septembre, les universités et les collèges ontariens pourront augmenter ces frais de 2 % par année, et ce, pendant les trois prochaines années. Cela signifie :

  • Une hausse moyenne de 170 $ l'an prochain pour un étudiant universitaire de 1er cycle ;
  • Une hausse moyenne de 66 $ l'an prochain pour un étudiant du collégial.

Après les trois prochaines années de hausses annuelles de 2 %, l'augmentation sera de jusqu’à 2 % par an ou au taux moyen d’inflation des trois années précédentes, précise le gouvernement Ford.

Droits de scolarité moyens des étudiants à temps plein du 1er cycle (2025-2026)

Étudiants canadiensÉtudiants étrangers
Canada7734 $41 746 $
Terre-Neuve-et-Labrador3746 $18 867 $
Île-du-Prince-Édouard8191 $21 157 $
Nouvelle-Écosse9988 $29 893 $
Nouveau-Brunswick9938 $19 278 $
Québec3963 $36 279 $
Ontario8958 $49 802 $
Manitoba5993 $21 424 $
Saskatchewan9863 $33 064 $
Alberta8067 $34 880 $
Colombie-Britannique6862 $39 851 $
Yukon4470 $-

À noter que certains programmes spécialisés en Ontario, comme le droit, le génie et la médecine, coûtent souvent beaucoup plus que la moyenne. Par exemple, les droits de scolarité à l'Université de Toronto en droit dépassent 33 000 $ pour 2025-2026.

Qu'en est-il de l'aide financière?

Le dégel des droits de scolarité en Ontario s'accompagne d'une réforme du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants (RAFEO).

À l'automne, la proportion maximale des bourses offertes aux étudiants universitaires, par rapport aux prêts, passera de 85 % actuellement à 25 %.

Nouveaux maximums pour les prêts et bourses en Ontario

ProvinceBourses (actuellement)Prêts (actuellement)Bourses (dès sept. 2026)Prêts (dès sept. 2026)
Ontario85 %15 %25 %75 %
Terre-Neuve-et-Labrador50 %50 %50 %50 %
Nouveau-Brunswick43 %57 %43 %57 %
Nouvelle-Écosse40 %60 %40 %60 %
Manitoba28 %72 %28 %72 %
Saskatchewan25 %75 %25 %75 %
Colombie-Britannique20 %80 %20 %80 %
Alberta15 %85 %15 %85 %

Le gouvernement ontarien affirme que cette réduction marquée de la proportion des bourses offertes est essentielle pour assurer la viabilité à long terme du RAFEO. Le premier ministre Ford dit que l'Ontario sera désormais dans la moyenne canadienne.

Combien les étudiants toucheront-ils exactement en prêts et bourses à partir de septembre prochain? Le ministère des Collèges et Universités n'a pas de détails pour l'instant, promettant des projections ce printemps.

Combien coûtent les études actuellement? Estimation pour un étudiant de 1re année en psychologie habitant chez ses parents (famille avec deux enfants, dont un est à l’université)

2025-2026Université York (Toronto)Université Laval (Québec)
Droits de scolarité et frais afférents7389 $4134 $
Revenus des parents100 000 $100 000 $
Prêts*6600 $3080 $
Bourses*3500 $1565 $

Notons que nombre d'universités offrent leurs propres bourses d'études. Nous n'avons pas tenu compte de cette possibilité dans nos calculs, étant donné que la situation peut varier d'une université et d'un étudiant à un autre.

Quel impact aura la réforme ontarienne?

Cyrielle Ngeleka, étudiante au Collège universitaire Glendon à Toronto et présidente de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants-Ontario, soutient que le dégel des droits de scolarité, jumelé à la réforme de l'aide financière, risquent de miner l'accessibilité aux études postsecondaires en Ontario.

Il y a de nombreux étudiants qui terminent à l'école secondaire, qui commencent à douter si ça vaut vraiment la peine de continuer avec leur application postsecondaire.

Ceux qui poursuivent leurs études postsecondaires se retrouveront avec des milliers de dollars en prêts à rembourser, dénonce la chef du NPD ontarien, Marit Stiles.

Le chômage chez les jeunes atteint des sommets, le coût de la vie est hors de contrôle, et maintenant, ce gouvernement s'assure que les étudiants soient criblés de dettes de plusieurs milliers de dollars avant même d'avoir pu décrocher leur premier emploi, affirmait-elle dans un communiqué récemment.

Marie-Eve Sylvestre.

Marie-Eve Sylvestre, rectrice de l’Université d’Ottawa, promet plus d’aide financière pour les étudiants. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Olivier Plante

La rectrice de l'Université d'Ottawa, Marie-Eve Sylvestre, fait valoir que l'établissement a son propre programme d'aide financière, dont la valeur passera de 20 millions de dollars cette année à 21 millions l'an prochain. Particulièrement en ce qui concerne les francophones, on a un programme très généreux, dit-elle.

Les universités, on est très conscients de maintenir l'accessibilité à nos programmes et aux études. On va vouloir bonifier notre aide financière.

Elle ajoute qu'une grande partie de l'aide financière offerte aux étudiants provient du fédéral, et que cette portion ne changera pas avec la réforme ontarienne.

Le gel des droits de scolarité en Ontario a placé les universités dans un contexte financier extrêmement difficile dans les dernières années, explique la rectrice Sylvestre, qui accueille la fin de ce gel avec un grand soulagement.

Le gouvernement Ford promet aussi 6,4 milliards supplémentaires sur quatre ans pour les établissements postsecondaires, écorchés également par le plafonnement par Ottawa du nombre d'étudiants étrangers.

L'économiste politique et chercheur principal au Centre canadien de politiques alternatives, Ricardo Tranjan.

L’Ontario se tire dans le pied avec sa réforme de l’éducation postsecondaire, selon Ricardo Tranjan du Centre canadien de politiques alternatives. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Reno Patry

L'Université de l'Ontario français (UOF) offre des bourses d'études de 12 000 $ à 18 000 $ sur quatre ans aux élèves du secondaire de la province. L’UOF continue de suivre l’évolution des politiques publiques et d’en analyser les impacts éventuels, dans le respect de son cadre de fonctionnement et au bénéfice de sa communauté étudiante, indique une porte-parole par courriel.

Les universités de Toronto et de Waterloo et les collèges Sheridan et St. Clair affirment eux aussi qu'il est trop tôt pour déterminer l'impact de la réforme ontarienne.

Fini le tressage de panier?

Face aux critiques, le premier ministre ontarien, Doug Ford, a renvoyé la balle aux étudiants, leur disant de miser sur des secteurs en demande comme le génie, le nucléaire et la santé. Vous ne trouverez pas un emploi en suivant des cours de tressage de panier, leur a-t-il dit.

C'est vrai qu'il y a beaucoup de demandes du côté des sciences, du génie, des sciences de la santé et de l'éducation présentement, raconte Mme Sylvestre. Mais je peux vous dire qu'en parlant avec des employeurs, avec des gens de l'industrie, ils sont aussi à la recherche de gens qui ont des bacs en philosophie, en études internationales, [...] en science politique.

La réforme provinciale risque d'avoir un impact global pour l'économie de l'Ontario, dénonce Ricardo Tranjan, directeur de recherche du bureau de l'Ontario du Centre canadien de politiques alternatives.

Ce qu'on est en train de faire ici, c'est de priver une partie de la population de l'accès à l'éducation dans un contexte où l'économie change, les technologies changent, on a des menaces de Donald Trump.

Même dans des domaines prisés par M. Ford comme la santé, le pourcentage des étudiants nécessitant des prêts actuellement frôle 50 %, indique M. Tranjan. Pour lui, la refonte provinciale, en réduisant l'accessibilité, risque d'empirer les graves problèmes de recrutement dans le domaine de la santé.

Le véritable problème est que les progressistes-conservateurs sous-financent l'éducation postsecondaire depuis des années, selon lui.

Il cite un rapport publié en 2025 par le Bureau de la responsabilité financière de l'Ontario, selon lequel l’Ontario était la province offrant le plus faible niveau de financement provincial des universités par étudiant canadien équivalent temps plein en 2022-2023, soit 10 246 $ (6511 $ de moins que la moyenne nationale).

En guise de comparaison, le Québec offrait durant la même année un financement de 26 254 $ par étudiant, la Colombie-Britannique, 21 651 $ et l’Alberta, 15 911 $.

La hausse de financement promise par le gouvernement Ford (6,4 milliards sur quatre ans) ne suffira pas à combler cet écart, affirme M. Tranjan.

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