L’Iran a pris pour cible des installations militaires françaises et britanniques, entraînant les Européens dans le conflit. La guerre s’étend aussi au Liban. Allié de Téhéran, le Hezbollah a lancé des missiles et des drones sur Israël qui a riposté en bombardant Beyrouth et le Sud-Liban.

Luc Chaillot - Aujourd'hui à 19:17 | mis à jour aujourd'hui à 19:55 - Temps de lecture :

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La France et les pays européens sont entraînés malgré eux dans un conflit dont ils souhaitaient rester éloignés. L’Iran fait en sorte de les impliquer afin de donner un écho encore plus large à sa riposte aux frappes américano-israéliennes et à la mort du guide suprême Ali Khamenei. Emmanuel Macron a évoqué ce lundi « un embrasement possible à nos frontières » dans un discours consacré à l’avenir de la dissuasion nucléaire française prononcé depuis la base de l'île Longue (Finistère).

Ce week-end, la France a vivement réagi après une attaque menée dimanche par deux drones iraniens Shahed contre la base navale française d’Abou Dhabi, où sont stationnés en permanence des militaires et une frégate de la marine nationale. La frappe a causé des dégâts limités dans un hangar sans faire de blessé. « Cela nous conduit à rehausser notre posture et notre accompagnement défensif pour être aux côtés de ceux avec lesquels nous avons des traités de défense et pouvoir adapter la posture à l’évolution des dernières heures », a expliqué Emmanuel Macron dimanche soir avant de tenir le deuxième conseil de défense et de sécurité nationale du week-end consacré à la crise au Moyen-Orient.

Infographie Visactu

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900 militaires français aux Émirats arabes unis

Les Émirats arabes unis (EAU) qui sont liés à la France par un accord de défense, tout comme le Koweït et le Qatar, accueillent 900 militaires et civils de défense français sur trois bases. En première ligne dans la lutte contre le terrorisme djihadiste, les forces françaises aux EAU sont la deuxième implantation militaire la plus importante à l’étranger après la base française de Djibouti. Emmanuel Macron leur avait rendu visite en décembre dernier pour ses vœux aux soldats en opération extérieure.

Le Royaume-Uni a été pris pour cible à son tour dans la nuit de dimanche à lundi. Une base aérienne britannique sur l’île de Chypre a été frappée par un drone iranien puis deux autres ont été interceptés. Ces attaques qui n’ont fait que des dégâts matériels sont doublement symboliques car elles visaient à la fois la Grande-Bretagne et Chypre, un pays membre de l’Union européenne. Elles ont été lancées quelques heures après l’annonce par le Premier ministre britannique Keir Starmer que le Royaume-Uni autorisait les États-Unis à utiliser ses bases pour lancer des frappes contre l’Iran, à condition qu’elles soient à vocation « défensive ».

Les dirigeants européens ont haussé le ton vis-à-vis de l’Iran après avoir observé une certaine retenue sur une guerre dont ils n’avaient pas été avertis. Le président français, le chancelier allemand et le Premier ministre britannique ont dénoncé les représailles de l’Iran en critiquant « des attaques indiscriminées et disproportionnées » et en se déclarant prêts à mener des « actions défensives nécessaires et proportionnées pour détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones à leur source ».

Israël a riposté à des frappes du Hezbollah en bombardant la banlieue de Beyrouth et le sud du Liban, les fiefs de la milice armée chiite proche de l’Iran. Photo Sipa/Abdul Kader Al Bay

Israël a riposté à des frappes du Hezbollah en bombardant la banlieue de Beyrouth et le sud du Liban, les fiefs de la milice armée chiite proche de l’Iran. Photo Sipa/Abdul Kader Al Bay

Des Rafale français neutralisent des drones

Jusqu’à présent, les pays européens n’ont pas frappé de cible en Iran mais un avion de chasse britannique a abattu un drone iranien qui se dirigeait vers le Qatar en utilisant un missile air-air. Des avions Rafale français stationnés aux EAU sont également intervenus ce week-end pour neutraliser des drones iraniens, selon Le Monde. Face à l’escalade militaire, le Premier ministre espagnol adopte une position qui tranche avec celle de ses homologues européens. Pedro Sanchez critique l’offensive américano-israélienne en Iran au nom du respect du droit international. « On peut être contre un régime odieux et, en même temps, contre une intervention militaire injustifiée et dangereuse », explique le dirigeant espagnol qui a interdit aux États-Unis d’utiliser leurs bases en Espagne pour la guerre contre l’Iran.

La stratégie du régime iranien passe aussi par la régionalisation du conflit et son extension au Liban où le fragile cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah a été rompu ce lundi. Soutenu par l’Iran, le parti chiite qui avait promis de venger la mort d’Ali Khamenei a précipité le Liban dans une nouvelle guerre en tirant une salve de missiles et de drones sur le nord d’Israël dans la nuit de dimanche à lundi.

L’État hébreu qui n’avait plus été attaqué depuis novembre 2024 après avoir porté des coups sévères aux protégés du régime iranien a immédiatement riposté en bombardant la banlieue de Beyrouth et le sud du Liban. Les frappes massives sur les bastions du Hezbollah ont fait au moins 52 morts et entraîné un nouvel exode des habitants. L’embrasement du pays est un coup dur pour le gouvernement libanais qui a échoué dans ses tentatives pour désarmer un mouvement chiite pourtant très affaibli par Israël.

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